‹ Correspondance générale de madame de MaintenonChapitre 28 sur 337 · Œuvres d'un auteur de sept ans · texte numérisé non relu

Œuvres d'un auteur de sept ans

qu'on ne veuillo qu'efneiirer : cependant on loue jusqu'au vif et on va bien loin en peu de paroles. »

MADAME DE MAIXTENOX A MADAME DE MOXTESPAX.

Madame, voici le plus jeune des auteurs qui vient vous demander votre protection pour ses ouvrages. Il auroit bien voulu attendre, pour les mettre au jour, qu'il eul huit ans accomplis : mais il a eu peur qu'on ne le soupçonnât d'ingratitude, s'il étoit plus de sept ans au monde sans vous donner des marques publiques de sa reconnoissance. En effet, madame, il vous doit une bonne partie de tout ce qu'il est. Quoiqu'il ait eu une naissance assez heureuse, et qu'il y ait peu d'auteurs que le ciel ait regardés aussi favorablement que lui, il avoue que votre conversation a beaucoup aidé à perfectionner en sa personne ce que la nature avoit commencé. S'il pense avec quelque justesse, s'il s'exprime avec quelque grâce, et s'il sait déjà faire un assez juste discernement des hommes, ce sont autant de qualités qu'il a tâché de vous dérober. Pour moi, madame, qui connois ses plus secrètes pensées, je sais avec quelle admiration il vous écoute : et je puis vous assurer avec vérité qu'il vous étudie beaucoup plus volontiers que tous ses livres. Vous trouverez dans l'ouvrage que je vous présente quelques traits assez beaux de l'histoire ancienne : mais il craint que dans la foule des événements merveilleux qui sont arrivés de nos jours, vous ne soyez guère touchée de tout ce qu'il pourra vous apprendre des siècles passés : il craint cela avec d'autant plus de raison qu'il a éprouvé la même

chose en lisant les livres. Il trouve quelquefois étrange que les hommes se soient fait une nécessité d'apprendre par cœur des auteurs qui nous disent des choses si fort au-dessous de ce que nous voyons. Gomment pourroit-il être frappé des victoires des Grecs et des Romains, et de tout ce que Florus et Justin lui racontent? Ses nourrices dès le berceau ont accoutumé ses oreilles à de plus grandes choses. On lui parle comme d'un prodige d'une ville que les Grecs prirent en dix ans : il n'a que sept ans, et il a déjà vu chanter en France des Te Deiim pour la prise de plus de cent villes. Tout cela, madame, le dégoûte un peu de l'antiquité. Il est fier naturellement : je vois bien qu'il se croit de bonne maison; et avec quelques éloges qu'on lui parle d'Alexandre et de Gésar, je ne sais s'il voudroit faire aucune comparaison avec les enfants de ces grands hommes. Je m'assure que vous ne désapprouverez pas en lui cette petite fierté, et que vous trouverez qu'il ne se connoît pas mal en héros. Mais vous avouerez aussi que je ne m'entends pas mal à faire des présents, et que dans le dessein que j'avois de vous dédier un livre, je ne pouvois choisir un auteur qui vous fût plus agréable , à qui vous prissiez plus d'intérêt qu'à celui-ci. Je suis, madame, votre très-humble et trèsobéissante servante.

A M. D'AuniGM'; ;iG78). 20

LETTRE GLXVII

A M. DAUBIGNÉ, A PARIS i.

Ce mercredi matin, mars lOTS.

Ne parlez guère d'affaires avec les parents de madame d'Aubigné; on s'aigrit et ce n'est pas ce qui les avance; mais pressez Yielte, et servez-vous du temps que j'ai du crédit pour les mettre à la raison, et pour vous tirer de leurs mains. Pourquoi dites-vous que vous êtes réduit à dix mille livres de rente? Quand cela seroit, comptez que l'argent que vous touchez du roi vous doit faire plus de profit que quinze mille livres de renie, et que je n'ai encore pu voir deuxmille francs ensemble de Maintenon ; mais ne faut-il pas que vous touchiez le revenu de votre femme tôt ou tard? Ne vous chagrinez point, je vous eii conjure; vous avez une femme dévote, jeune, douce et qui vous aime; une plus riche vous auroit été moins soumise. Ouvrez-moi votre cceur avec plus de liberté sur son sujet, afin que je la traite plus ou moins bien, selon que vous en êtes plus ou moins content, et comme vous la connoissez mieux que moi, il faut que vous m'appreniez à quoi elle est sensible, afin de la punir ou de la récompenser comme un enfant. Vous croyez bien, je pense, que tous les petits plaisirs que je lui fais sont sur votre compte, et dans l'espérance qu'ils vous épargnei'ont ce que je lui donne. Regardez tous les bons endroits de voire

Page 1