La lettre du 28 fj^vrier
les petits présents que vous et moi lui ferons, que nous réglerons selon qu'elle fera bien ou mal. C'est un enfant : il faut la gouverner en enfant, etles moindres choses que nous lui donnerons lui feront plaisir, quand elle aura son argent à gouverner, au lieu qu'elle sera toujours mal contente quand elle croira n'avoir qu'à désirer. Je suis fort de votre avis sur votre séjour à Paris, et si vous vous mettez sur le pied de ne pas donner à manger tous les jours, vous y vivrez pour beaucoup moins qu'à Coignac. Promenez-vous un peu cet été pour épargner; laissez votre femme avec une fille et un laquais à madame de Miossens; cela ne l'incommodera nullement. Quand vous voudrez revenir, mandez-le-moi, je vous chercherai une maison, et en payerai la moitié. Dites franchement le quartier que vous voudriez; car ils me sont assez indifférents. Si vous vivez avec règle, je vous ferai plaisir en tout ce que je pourrai; je donnerai mon carrosse à votre femme; il ne vous faudroit garder que quatre chevaux, un cocher et un postillon qui sût mener et qui serviroit de portier, quand elle ne sortiroit pas. Il faut lui mettre l'ouvrage en tête, et qu'elle ne s'accoutume point à courir les rues et h voir mauvaise compagnie. Enfin tout dépend de bien enfourner dès le commencement. Il n'y a qu'une chose qui m'embarrasse qui sont les meubles. Il ne faut pas que vous comptiez d'abandonner Coignac, on vous l'ôterait petit à petit; on comrnenceroit par le logement, et on viendroit aux appointements ; vous y avez des profits qu'il ne faut pas perdre : il faut y laisser vos meubles. C'est une
A M. d'aubigné (1678\ 33
ruine d'aller et venir, et que Deslandcs ou la Yalléo V allassent dans les temps, ramasser voire chauffage, votre foin, votre vin, qui vous serviroit bien dans les suites, ou le vendre si le temps étoit bon. Il faut passer un an ici ou dix-huit mois, aller passer là un été ou un hiver, afin d'en demeurer maître. Il ne faut pas grands meubles ici, une antichambre, une chambre et une garde-robe suffisent avec des lits de valets. Je vous aiderai surtout ce que je pourrai. Je vous conseille pourtant d'apporter votre vaisselle, si vous le pouvez sans grands frais, ou du moins une partie; il en faut peu quand on mange tout seul, et aux occasions je vous en prêterois. Je vous parle sur tout ce détail, parce que j'ai plus de temps à cette heure que lorsque la cour sera ici ^ Mandez-moi de votre côté tous les desseins pour votre ménage, et vous verrez que j'y entrerai avec amitié et plaisir. Que je sache ce que vous voulez mettre pour votre part à une maison, et surtout mettons-nous bien dans l'esprit que nous ne sommes tous incommodés dans nos affaires, que par notre vanité. Il y a peu de gens qui n'eussent de quoi fournir à manger pour la nécessité, à s'habiller chaudement en hiver et légèrement en été, et à avoir assez de valets pour nous servir dans nos besoins^ Croyez que tous les prônes que je vous fais ne sont que pour vous rendre heureux, et vous ne le serez jamais que vous ne soyez réglé. Je