Manuscrits des D.imes de Sahu-Cijr
414 C0RRESP0^'DA^•cï: gé>"érale.
prennent des millions de conversions ^ Madame de Montchevreuii a une joie plus mélancolique que la tristesse des autres, quelques sujets qu'elle ait eus depuis peu de se réjouir. Je me porte forl bien et j'ai pour vous beaucoup d'estime et d'amitié; je crois que voilà à peu près les personnes et les choses où vous prenez le plus d'intérêt à Ghambord.
LETTRE XXXYIII
A M. JASSAULT, MISSIONNAIRE 2, A VERSAILLES 3.
A Chanibord, ce 17 septembre 1685.
Vous m'avez fait grand plaisir d'aller à iS^oisy et je suis ravie que vous en soyez content. Je crains bien, à vous parler confidemment, que l'on ne s^• relâche un peu pendant mon absence et comme il est plus aisé de bien dire que de bien faire, il est certain que
1 . On lit dans le Journal du Dangeaii, '2 septembre : a On apprit que tous les huguenots de la ville de ilonlauban s'étoient convertis par une délibération prise en îa maison de ville. » — G septembre : « Le roi apprit qu'il y avoit plus de 50,000 huguenots convertis dans la généralité de Bordeaux. » — Le 5 octobre : « On apprit que Montpellier el tout son diocèse s'étoient convertis. » — De même pour Nîmes, Uzès, Lyon, etc., etc. Ce sont ces conversions en masses qui décidèrent le roi à signer la révocation de l'Édit de Nantes. On croyait que le calvinisme n'existait plus.
2. Autographe communiqué par M. Fouque (de Chalon-sur- Saône) au Comité de la langue, de l'hisloire et des arts de la France, et publié dans leButletiu de ce comilé.
3. Nous n'avons point de renseignements sur ce missionnaire, qui fut consulté souvent par madame de Maintenon, à défaut de Tabbé Gobelin. D'ailleurs elle demanda, avant de fonder Saint- Cyr, des Instructions de tous les colés.
A M. j.\<SALLï (1G85). ilo
l'on m'y craint beaucoup et que j'y veux un i^^rand 01 cire, fluoique je ne lasse pas de même pour moi.
J'ai lu avec beaucoup d'attention le projet ciue vous m'envoyez-, je n'y vois rien que je n'approuve, sans avoir même besoin de la déférence que j'aurois pour vos conseils.
Je suis tout à fait de voire avis sur la douceur de leur état; mais je ne sais comment disposer leur journée, car toute la dévotion se révoltera contre moi si je ne leur donne un otEce à dire, une oraison à faire, des jeûnes, des coulpes, un chapitre, des retraites et en un mot tout ce qui se pratique à peu près dans les communautés ^
Envoyez-moi, je vous prie, un projet de la manière dont vous voudriez que leur journée se passât. Vous entendez bien que tout ce que je vous dis est pour celles qui feront des vœux, car pour les enfants je les réglerai bien et je n'ai de talent que pour
eux.
Madame de Brinoa a fait des constitutions; je vous If s montrerai pour avoir votre avis.
En continuant de lire votre dessein, j'ai trouvé que vous leur marcmez tout ce qui ce qui se peut faire dans un couvent; ainsi je ne vous dem.ande plus que la règle de leur journée.
Le roi fondera la maison solidement et magniiiquement.
Je suis de votre avis encore sur les habillements : je voudrois c^ue les dames fussent en noir, comme les
1. Madame de Mainîenon n'avait pas d'abord rinlention de faire de la maison de Saint-Louis une cominunaulé régulière.
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demoiselles sont en gris, el que les unes et les autres s'accommodassent à Tusage du temps, en y gardant la simplicité et la modestie.
Je suis bien fâchée de ce que vous ne m'écrivez pas là-dessus tout ce que vous pensez; mon temps ne peut être mieux employé qu'à chercher tout ce qui pourra rendre cet élablissement agréable à Dieu, et puisqu'il paroît que sa volonté est que je m'en mêle, je regarde cette affaire-là comme celle qui doit le plus m'occuper.
Madame de Brinon m"a sacrifié madame de Saint- Pierre, j'espère qu'elle en sera plus occupée de ses obligations; elle a tous les défauts que vous avez remarqués, mais elle veut faire son salut. Elle nous est absolument nécessaire dans les commencements, et si elle ne fait dans la suite ce que Dieu demande d'elle, il faudra chercher autre chose, car je suis persuadée que je dois uniquement chercher le bien de la maison •.
Examinez bien les personnes dont vous me parlez, pour me les faire voir dés queje serai à Versailles. Mais quoi qu'il arrive d'elles, il ne faut pas que madame de Brinon sache jamais qu'elles viennent de vous. Elle appréhende tout autre esprit que le sien et ne veut aucun commerce de directeur. Elle est sujette à se prévenir et me donnera de la peine à la réception des filles, mais j'espère que Dieu m'assistera dans les bonnes intentions que j'ai et dans la soumission
1. Madame de Maintenon prévoyait les embarras que lui causerait le caractère de madame de Brinon.
A M. [."Aiîlii: tii)lîIi:LlN (IG80). A\l
(jiie j'aiii-;ii (oujuurs pour les avis des gens qui ont plus de vertu et d'expérienee que moi.
Songez donc, je vous conjure, à m'aider de vos lumières. Dieu a permis que je vous aie consulté ; vous entendez les communautés ; la nôtre est toute nouvelle; nous ne sommes obligés à aucune imitation : il la faut par rapport à Tinstruction des jeunes filles, les autres ne sont que pour elles; il ne faut jamais ni charger cet institut, ni rien ajouter; c'est Tintention du roi et mon avis est de se renfermer à une seule obligation pour s'en mieux acquitter.
Je vous conjure de prier Dieu pour moi et de lui demander que je sois plus occupée de mon salut, car je me partage en tant de différentes choses que j'en ai du scrupule, quoiqu'il n'y en ait pas une de mauvaise.
Je ne vous dis rien, monsieur, sur l'estime que j'ai pour vous, croyant vous l'avoir prouvée par ma confiance.