‹ Correspondance générale de madame de MaintenonChapitre 329 sur 337 · Manuscrits des Dames de Saint-Cijr · texte numérisé non relu

Manuscrits des Dames de Saint-Cijr

2. Madame de la Maisonfort, qui était cbanoinesse de Poussay. (Voir Madame de Maintenon et la maison royale de Saint-Cyj , ch. X.)

A M. l'adbî: gobelin (IG85). 423

ne recevrons à l'aven ir que des demoiselles; il est vraisemblalde que l'on en trouvera suffisamment dans la maison.

Quand vous irez, je vous prie de faire quelques »^xhorlations familières à toute la communauté.

J'approuve comme vous que les filles fassent un an d'épreuve; mais il me semble qu'elle seroit bien plus ulile, si, aulieu de les enfermer dans le noviciat à s'instruire de leur règle et à ne savoir leurs obligations qu'en spéculation, elles passoient cette année en fonction des charges qu'elles auront, et surtout dans le gouvernement et l'instruction des enfants, qui est le fondement de leur institut.

Je sais bien qu'il ne faudroit pas aussi les y assujettir si entièrement qu'elles n'eussent le temps des prières, oraisons, silence, actes et conférences; mais on pourroit faire un mélange qui feroit connoître et aux autres et à elles-mêmes de quoi elles sont capables. Occupez-vous de cette affaire-là, je vous prie, puisque vous espérez qu'elle pourra être utile, et que Dieu et le roi m'en ayant chargée, vous devez m'aider à m'en bien acquitter.

Vous ne pouvez trop en public et en particulier prêcher à nos postulantes l'humilité, car je crains que madame de Brinon ne leur inspire une certaine grandeur qu'elle a; et que le voisinage de la cour, celte fondation royale, les visites du roi, et même les miennes, ne leur donnent une idée de chanoinesses, ou de dames importantes qui ne laisse pas d'entier le cœur et qui s'opposeroit fort au bien que nous voulons faire. Le reste va, ce me semble, fort bien,

et il y a une très-solide piété dans cette maison-là ; mais nous avons à prendre un milieu, entre la superbe de notre dévotion et les misères et petitesses des couvents que nous avons voulu éviter. Je ne sais encore de quel nom on les appellera. Si vous avez lu les constitutions, vous aurez vu que madame de Brinon les appelle les Dames de Saint-Louis^ ce qui ne peut être, car le roi ne se canonisera pas luimême, el c'est lui qui les nomme en les fondant *. Il me paroît aussi qu'elle les veut appeler les Dames pour les distinguer des demoiselles; mandez-moi vos avis là-dessus.

Quant à leurs habits, ils seront noirs, de la forme approchant de l'usage, et sans cheveux, ni aucun ajustement, et tels, je crois, que saint Paul les demande aux veuves chrétiennes.

Adieu, écrivez-moi, je vous prie, quand vous le pourrez sans vous incommoder.

LETTRE XLIII (La B.)

NOTE PRÉLIMINAIRE

Celte lettre ne se trouve que dans la collection de La Beauraelle (édit. de Nancy, 1. 1, p. 223 ; édit. d'Amsterdam, t. IL p. 121). Louis Racine l'annote ainsi au commencement: m'est inconnue et me paroît fausse; et à la fin : cette lettre paraît composée par l'éditeur, qui est calviniste.

L'ordonnance de révocation de l'Édit de Nantes est du

1 . Ce nom resta, et avec raison, quoi qu'en dise madame de Maintenon, puisque saint Louis fut donné pour patron à la maison.

A MADA.Mt: Di: 5:AINï-CiKRAN [IG80). 42Ô

is oclobre 1<^) On ne trouve rien dans les lettres de maeiaine de Muintenon qui se ra()i)orleà cette révocation; mais La Beaumelle ne pouvait laisser passer en silence un événement aussi important, et il a inventé cette lettre où les faits sont vrais ou vraisemblables, mais où ils prennent dans la bouche de madame de 3Iaintenon une solennité et un intérêt contraires à la vérité. Comment imaginer qu'elle puisse écrire sur des matières si délicates de pareils détails, de telles réflexions, et qu'elle les adresse à madame de Saint- Géran. qui est auprès d'elle à Fontainebleau? Nous lisons en eliet dans le Journal de Danrjeau, à la date du lo octobre : « Le roi monta dans sa calèche avec madame et mademoiselle de Bourbon, mesdames de Maintenon et Samt-Géran. » Et pourtant tout ce roman est devenu de l'histoire! Dans quel ouvrage ne voit-on pas ces lignes qui restent stigmatisées sur la figure de madame de Maintenon :

« Je crois bien, avec vous, que toutes ces conversions ne sont pas également sincères : mais Dieu se sert de toute?', voies pour ramener à lui les hérétiques. Leurs enfants seroiu du moins catholiques si les pères sont hypocrites, leur réunion extérieure les approche du moins de la vérité : ils en ont les signes de commun avec les fidèles. »

Nous verrons tout à l'heure à qui La Beaumelle a emprunté cette phrase ou ce raisonnement; mais il n'est jamais sorti de la bouche de madame de 3Iaintenon. On lit, en effet, tout le contraire dans une de ses lettres authentiques (4 septembre 16S7) : a Je suis indignée contre de pareilles conversions : l'état de ceux qui abjurent sans être véritablement catholiques est infâme. »

Gomme nous n'avons pas de lettre de madame de Maintenon sur la révocation de l'Édit de Nantes, nous allons emprunter une page des Notes des Dames de Saint-.Cyr, où son opinion sur cet acte si funeste à la France et sa conduite dans les tristes événements qui le suivirent sont nettement exprimées.

« En ce temps le roi crut qu'il ne manquoit à sa gloire que l'extirpation d'une hérésie qui avoil fait tant de ravages

426 CORRESPO>'DAXCE GÉNÉRALE.

dans son royaume. Les moyens que l'on prit furent un peu rigoureux, auxquels madame de Maintenon n'eut nulle part, quoique les huguenots se soient imaginé le contraire ; car en désirant de tout son cœur leur réunion à l'Église, elle auroit voulu que ce fût plutôt par la voie de la persuasion et de la douceur que par la rigueur; et elle nous a dit que le roi, qui avoit beaucoup de zèle, auroit voulu la voir plus animée qu'elle ne lui paraissoit, et lui disoit à cause de cela : « Je crains, madame, que le ménagement que vous voudriez que l'on eût pour les huguenots ne vienne de quelque reste de prévention pour votre ancienne religion. » Elle en étoit bien éloignée, car on peut dire que personne ne pouvoit être plus ferme qu'elle dans les sentiments de la foi catholique, et qu'elle avoit une extrême aversion de tout ce qui lui étoit contraire. Mais à l'égard de la persécution que l'on faisoit aux huguenots, elle eût souhaité plus de modération, pensant que ç'auroit été plus conforme à l'esprit de Dieu pour les ramener. Le roi, par ses dispositions naturelles, étoit assez porté à la douceur, mais on lui avoit fait entendre que pour extirper cette hérésie, il falloit de la violence; et qu'après tout si cette violence ne faisoit pas de bons catholique^, elle feroit au moins que les enfants des pères que l'on auroit ainsi forcés le deviendroient de bonne foi ^. 11 consentit donc que l'on fît passer dans les villes les plus huguenotes un régim.ent de dragons; l'ayant assuré que la vue seule de ces troupes porteroit les esprits à écouter plus volontiers la voix des pasteurs qu'on leur enverroit. On passa ses ordres; on fît à son insu des cruautés qu'il auroit punies si elles étoient venues à sa connaissance, etc. »

On voit par cet extrait quelle conflance on doit avoir dans la lettre du 25 octobre lP8o, donnée par La Beaumelle. Nous allons avoir d'autres preuves de sa fausseté.

1. On reconnaît ici le raisonnement que La Beaumelle amis dans la bouche de madame de Maintenon, et qu'on lui a tant reproché.

A MADAME DE SAINT-GKRAN [IGSo). -127

Ce 2o octobre IGSd.

Il est vrai nue madame la Dauphine préteml d'être grosse; mais c'est saus preuves^ M. Fagon l'a dit au roi. La manse de Saint-Denis produisoit au cardinal de Retz cent mille livres-. On nous a donné quelque chose sur le domaine de la généralité deParis; cela est^églé^ l'expédition portera exemption de tous droits. Je suis accablée de sollicitations. Il nous Tient de tous côtés des sujets, mais peu de bons^ Le roi veut que je sois fort difficile dans les commencements, parce que la communauté une fois bien établie, les choses iront d'ellesmêmes. M. Le Tellierest à Textiémité; depuis qu'il avoit scellé l'édit, il se portoit mieux. La fièvre La repris avec violence; on en désespères Le roi est fort content d'avoir mis la dernière main au grand ouvrage «le la réunion des hérétiques à l'Église. Le père de la Chaise

-1. Ceci est une invention de La Beaumelle. Madame la Dauphine ne pouvait prétendre, le 25 octobre, qu'elle était grosse. car le 4 du même mois elle avait fait une fausse couche. {}oit le Journal de Dangeati, t. 1, p. 227 .)

2. La mause de Saint-Denis ne fut donnée à la maison de Saint-Cyr que le 2 mai 1G86.

3. Non, et madame de Maintenon ne peut pas le dire, car ceia ne fut fait que six mois après. Voici la vérité que La Beaumelle dénature et tnmsforme. On donna à la maison de Saint-Cyr en dotation : 1« la terre de Saint-Cyr, rapportant seulement l ,G00 iiv. de revenu ; 2° une somme de 50.000 liv. assignée sur les domaines de la aénéralilé de Paris, et qui dut être employée en fonds de terres; 3° la manse abbatiale de Saint-Denis, rapportant 124,000 liv. .

4. Cela n'est pas vrai. Voir : la mcihon royale de Saird-Lyr,

chap. VA.

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