LETTRE XLV
A M. JASSAULT, MISSIONNAIRE, A VERSAILLES 2.
Fontainebleau, ce 29 octobre 1685.
Ne doutez pas que vous ne me faites un fort grand plaisir enm'envoyant tout ce que yous écrivez qui pourra être utile à l'établissement de Saint-Cyr.
L'impatience que madame de Brinon a de voir quelque chose de commencé l'a obligée de faire faire une retraite; je ne m'y suis pas opposée, parce que cela ne peut faire que du bien et que j'ai été bien aise qu'elle fît connoissance avec M. l'abbé Gobelin que je voudrois que nous eussions pour supé-
1. De la dévotion. On a pu voir que madame de Maintenon emploie souvent celte forme de langage.
2. Autographe publié par M, Fouquedans le Bulletin du comité de la langue, de l'histoire et des arts de la France.
A M. JASSAULT (lG8o). 431
rieur : c'esl un Itou liomuie, saviiiit, pieux et sans cabale.
Je n'ose établir une grande communauté sur mes seules lumières; je consulte de tous les côtés et je trouve une diiïérence d'avis qui jusqu'à celte heure ne sert qu'à m'embarrasser. Les uns ne veulent point de vœux; les autres prétendent qu'il en faut de simples; les uns disent qu'ils engagent comme les autres ; les autres soutiennent que l'évèque en peut dispenser; les uns veulent que la clôture soit établie, les autres n'en veulent point. Il y en a qui veulent que les dames ne renoncent point à leurs biens, et je voudrois c^u'elles n'eussent point celte raison de tourner encore les yeux vers le monde. Les uns veulent douze années d'épreuve, les autres six, les autres deux; les uns veulent qu'elles ne puissent faire des vœux qu'à vingt ans, les autres à dix-huit, M. Gobelin à seize. Enfin je ne sais plus où j'en suis, sans compter les contradictions du dedans, car madame de Brinon a aussi ses volontés et veut que Ton y défère. Elle a dans la tète de former une communauté de filles de quinze ans, pour n'en avoir pas une seule qm n"ait été formée par elle: je lui ai mandé que je voulois absolument en mettre deux de dehors et cela dans la vue d'essayer de celles que vous m'avez proposées; mais il ne faul pas qu'elle sache qu'elles viennent de vous; mandez-niui ce que c'est et si je les aurai quand je voudrai.
J'ai fait dire à mademoiselle de Brinon, qui est gouvernante de la pelite princesse d'Harcourl', que
1. Fille de Hoari-Charles de Lorraine, prince dTlaroourl, et de
432 CORRESPONDA^"CE GÉNÉRALE.
je lui conseillois de se confesser à vous; je vous la recommande; c'est, je crois, une bonne fille, mais toutes ces parentes de madame de Brinon m'ont donné de la peine en voulant des distinctions que je n'admets point dans celte maison et que je refuse à celles qui me sont proches.
Yoilà les constitutions que je vous envoie; lisezles, je vous prie, avec attention, pour m'en dire votre avis; j'y vais joindre les régies des journées et la manière dont je voudrois les charges et tout l'ordre de la maison.
Dites-moi voire avis librement sur tout; j'ai gardé ce que vous m'avez écrit à Chambord, pour m'en servir en temps et lieu.
Je crois que nous serons à Versailles le 14 de novembre; en attendant, priez Dieu pour moi, je vous prie, je n'en eus jamais autant de besoin.
LETTRE XLYI
A M. JASSAULT, MISSIONNAIRE, A VERSAILLES i.
Le jour de la Toussaint 1685.
Vous m'avez fait grand plaisir de m'écrire et je recevrai toujours tout ce qui viendra de vous avec beaucoup de soumission et de reconnoissance. Je conviens avec vous qne Dieu a fait beaucoup pour
Françoise de Brancas ; sa mère était l'une des amies de madame de Maintenon.
1. AïKcfjraphe publié dans le Bulletin du comité de la langue, etc.
A MAltAMK rti: MAlNTr.NON (1685 . A[<^
moi et que je n'ai encore rien fait pour lui; mais jai Ifien envie de lui donner loul le temps qui me reste, et tout ce que \ous croyez que je dois faire pour cela sera fait moyennant sa grâce, pourvu que ce soient des clioses possibles. Il y en a bien qui ne me le sont pas et je ne puis donner que des maximes générales. Quand vous voudrez vous expliquer plus clairement, je vous dirai mes raisons, et quoi qu'il arrive, je vous serai toute ma vie obligée de l'attention que vous avez pour mon salut. Comme c'est la plus importante de mes affaires, ou plutôt la seule importante, ma reconnoissance est proporlionnée à la grandeur de l'obligation.
Je suis, monsieur, votre très-liumble ci Irès-oLéissantc servante.
LETTRE XLYII
LE DUC DU MAINE A MADAME DE MALXTENOX
Je suis bien aise, madame, de voir que ma réputation ne vous est pas indifférente; ayant une personne d'un aussi extraordinaire mérite que vous dans ma confidence, j'espère que je ne pourrai jamais faire de fautes, pourvu que vous ayez les mêmes sentiments que vous avez toujours eus pourinûi, et que votre lettre me témoigne. Je ne pouirni jamais manquer tant que vous me conduirez, cir j'ai déjà
1. Aniographc tiré do? oroliive? du cl,àleaii de MoikIiv. — Le duc du Maine avait alors quinze ans,