LA COMTESSE DE BRÉGY A MADAME DE MALNTENON
En vérité, madame, l'on rachète si bien par l'ennui de votre absence le plaisir de vous avoir vue, que je ne puis vous être obligée de la visite que vous m'avez faite ici par la peine qu'elle me laisse. Et le monde se montre en vous d'un si beau côté, que j'ai pensé quitter ma solitude pour m'y en retourner, si je ne m'étois souvenue que de tous ceux qui le composent, il n'en est presque point qui vous ressemble. Cela m'a fait rentrer de bon cœur dans mon ermitage, avec dessein de me servir de la liberté de la solitude , pour penser souvent à vous , mais sans prétendre d'en être récompensée par la même chose, la cour ayant trop de personnes présentes, pour que les absents s'attendent à quelque place. Mais s'il m'arrivoit d'en avoir quelquefois dans votre souvenir, que ce ne soit jamais, madame, sans penser à moi, comme à la personne qui est le plus à vous.
L'année 1679 renferme dix-huit lettres authentiques, la plupart écrites à d'Aubigné. Elles ne sont relatives qu'au ménage de ce seigneur et à sa conduite. Une seule renferme une allusion aux amours de Louis XIV; et cependant cette année est remarquable par le règne éphémère de mademoiselle de Fontanges.
La Beaumelle a rempli cette lacune dans la correspondance de madame de Mainlenon, par ?ieM/ prétendues lettres à madame de Saint-Géran, lettres animées, pleines d'anecdotes dramatiques, faites pour exciter la curiosité, où tous les historiens ont puisé à plaisir, et qui portent pourtant des traces évidentes de fabrication. Elles sont entièrement romanesques ; Louis Racine les déclare toutes fausses; les détails qu'elles renferment sont tout à fait de l'invention de La Beaumelle, et il n'y en a trace dans aucun écrit du temps ; enfin il n'en est pas qui aient nui davantage à la mémoire de madame de Maintenon et qui aient donné à cette femme tant calomniée une apparence plus éloignée de son caractère et de sa conduite. Jai mis ces neuf lettres à part, en les accompagnant de quelques notes qui démontrent leur fausseté.