‹ Correspondance générale de madame de MaintenonChapitre 44 sur 337 · Autographe du cabinet de M. Feuillet de Conches · texte numérisé non relu

Autographe du cabinet de M. Feuillet de Conches

A M. d'aubigné (1679). 45

rant d'envie de lui en faire en tout, tant qu'elle en aura d'aussi honnêtes que ceux qu'elle prend.

J'ai dit à M. Bon de vous montrer tout ce que j'ai loué pour vous meubler un appartement, aiin que vous vous serviez de ce que vous avez plutôt que de me dépenser de l'argent. J'ai prié madame de Lencosme de me faire faire un miroir; dès qu'il sera achevé, je vous prierai de le payer et de me le garder, jusqu'à ce que je vous le paye, et que j'en aie affaire. Songez donc à une maison pour le terme de Pâques; je n'avois emprunté celle où vous êtes que pour Noël ; mais puisque vous n'en avez pu trouver, songez du moins à en avoir pour le temps que je vous marque ; il ne faut point s'y rendre fort difficile, et pourvu qu'elle soit un peu sur ma route, c'est-àdire vers le quartier de Richelieu, de Saint-Roch, des Petits-Champs, rue Traversière, rue Fromenteau, rue Saint-Thomas du Louvre \ tout le tour du Louvre, et toutes les petites rues qui aboutissent de côté ou d'autre à la rue Saint-Honoré. Vous pourriez encore, si le pont Rouge est rétabli-, vous étendre sur les quais, de côté ou d'autre. Vous aurez toujours assez de logement dans une maison, où il faut deux remises de carrosse et une écurie pour huit ou dix chevaux. J'ai reçu des nouvelles de M. de Mont-

1. Les rues Fromentcaii et Saint-TIiomas du Louvre n'existent plus. ConsuUez un plan tic Paris avant 18 52.

2. Le pont Rouge ou pont Sainte-Anne avait été Làti en JG42 pour joindre la rue du Bac aux Tuileries. Il était en bois cl souvent impraticable dans les grandes eaux. 11 fut emporté en 1G84 et remplacé par le pont Royal qui existe encore.

chevreuil et M. Vietle, et je leur réponds sur l'affaire de madame de Nogent.

M. Fagon est persuadé que madame d'Aubigné mange des vilainies, et qu'elle n'aura jamais de santé ni d'enfant, si par une longue suile de bonne nourriture, elle ne rétablit son estomac et purifie son sang.

Adieu, je vous embrasse tous deux de tout mon cœur.

Votre M. Legois est très-importun ; il présente une figure triste, et non-seulement il veut que je le serve de mon crédit, mais il veut que je fasse mon application de chercher ce qui lui convient. Je lui ai offert de parler à qui que ce soit et à répondre de lui partout ; véritablement je ne pensois pas que cela s'étendît aux ministres; car il parloit en ce temps-là d'être domestique dans quelque maison. On lui donna avis que le cardinal de Bouillon en cherchoit, et aussitôt je lui fis parler; ce qui ne se trouva pas vrai. On vous offre un emploi pour lui à Blaye, et il le veut à Bordeaux. Tout cela ne me dégoûtera pas de le servir quand je le pourrai, tant pour l'amour de vous que pour M. le maréchal d'Albret^ ; mais il faut qu'il me donne des choses toutes prêtes, et qu'il ne croye pas que je fasse ses affaires^ dans un temps où je ne puis donner un moment aux miennes.

Bonsoir, je vais parler tout à Theure à M. deLouvois.

1 . C'est- à-dire pour le souvenir de M. le maréchal d'Albret, qui éfait mort trois ans auparavant. Ce Legois avait été l'un des serviteurs du maréchal.

A M. l/AliDF GOBELIN (1079). 47

LETTRE GLXXV

A .M. L'ABBÈ (JOUELIN '.

Ce YL'udredi, u dis heures (mars 167'J,.

J'avois si grande peurd'èlre connue ce malin que je ne songeai qu'à sortir vite de l'église; c'est ce qui m'a empêchée de vous remercier de toutes vos bontés que je n'ai point trouvées diminuées par le temps. Voilà les deux pistoles que vous m'avez ordonné de donner; je ne fais jamais d'aumône qu'à Maintenon; ainsi je les aurois peut-être mal appliquées, ne connoissant pas ceux qui en ont un véritable besoin. Vous savez si j'en ai que Ton prie Dieu pour moi : je vous le demande encore et de prier et faire prier pour le roi qui est sur le bord d'un grand précipice.

Je comprends bien, par les persécutions que l'on méfait, le chagrin que vous avez quand on s'adresse à vous pour m'aborder, mais il ne faut pas s'il vous plaît que vous poussiez la discrétion trop loin; et si, dans le nombre de ceux qui vous parlent, il y en a quelqu'un que vous ayez envie que je voie, vous pouvez disposer de moi avec une entière liberté, et je vous assure avec la sincérité que vous me connoissez que rien de tout ce qui me viendra de vous ne me fera de la peine, M. votre neveu sera le bien venu, je ne verrai que lui et je ne sortirai qu'à cinq heures. Je vous renvoie votre étui, et s'il est vrai

Page 1