‹ Correspondance générale de madame de MaintenonChapitre 49 sur 337 · Autographe du cabinet de M. Feuillet de Conehes · texte numérisé non relu

Autographe du cabinet de M. Feuillet de Conehes

A M. d'aubigné (1679). 55

blanc et noir ; je ne veii\ pas de la soie plate et des houppes à la campane, il ne la faut que de quatre doigts de haut.

Si vous m'envoyiez un homme de confiance, vous auriez les vingt-cinq pistoles que je vous ai déjà annoncées; mais, quoi que vous en disiez, vous n'êtes sur la route de personne. Essayez à m'écrire par la poste; j'en ferai de même pour voir si par là nous pourrions avoir quelque commerce.

Quand madame d'Auhigné voudra venir, amenezla un peu voir la cour; nous lui trouverons un lit. Gomme elle est fort délicate, il faudroit qu'elle vînt vers le soir-, qu'elle allât tout droit se coucher en arrivant et qu'elle vint le lendemain à la messe du roi et dîner chez madame de Montespan: le soir, souper chez madame de Richelieu; et elle s"en retourneroit le lendemain à Paris.

Je me porte fort bien; et j'ai grande envie d'aller dans Fentre-sol : c'est un lieu charmant et les repas qu'on y fait sont excellents; la solitude en est délicieuse.

Adieu, je vous embrasse tous deux.

Ce samedi matin.

Vous verrez que je vous écrivois hier à peu près dans le même temps que vous le faisiez de votre côté, et à peu près aussi les mêmes choses. Il ne faut point que vous me laissiez madame d'Aubigné; je serois embarrassée de la renvoyer, et encore plus de la garder ici plus longtemps; si elle s'y plaît, il vaudra mieux l'y amener plus souvent. Vous ferez ce que

VOUS voudrez sur Mainlenon; mais ne vous rebutez pas d'elle, quoiqu'elle ait de grands défauts; elle est si jeune qu'il faut espérer et tout essayer. Si j'étois en lieu d'y travailler, je le ferois de tout mon cœur pour l'amour de vous. Si elle est comme vous me la dépeignez, il ne la faut pas gâter et la laisser manquer de tout pour quelque temps, si elle ne sent pas ce qu'on lui donne. Je ne sais ce qui se passe entre vous pour sa dépense, mais pour moi je lui ai donné pour trois mille huit cent soixante-neuf livres de bardes, sans compter les bijoux dont je ne sais pas le prix, et en y joignant son carrosse : c'est bien près de deux mille écus qu'elle me coûte depuis quinze mois; je l'ai écrit pour pouvoir vous le dire en pareille occasion, et pour savoir ce que je fais de mon argenté

Il faudroit remettre une glace à mon miroir argenté, et en coupant celle qui y est dans l'endroit où elle est rompue, en faire refaire un miroir avec une bordure comme celle du vôtre pour mettre dans ma chambre de chez vous.

Il faut bien que madame d'Aubigné ait une fille pour rhabiller. Pontas ou madame Richina vous donneront un lit ; vous choisirez; et je compte qu'elle ne couchera ici que deux nuits.

Adieu.

1. t En tout j'aime à savoir mon compte, » dit-elle dans une lettre aux Dames de Saint-Cyr.

A M. d'aibigné (1679). 57

Mémoire de ce que f ai donné à inadame d\\iibigné\

Une robe de chambre de peluche couleur

de feu 322 I.

Une jupe de salin violet en broderie. . . . 330

Une jupe de moire couleur de rose 94

Un habit à fond blanc 211

Une jupe de' satin jaune 227

Un corps couleur de feu 38

Quatre paires de souliers et deux paires de

mules 40

Un carreau et un sac de velours cramoisi. . 330

Pour deux paires de draps de Hollande. . loO

Pour le festin de la noce oOO

Une garniture de point de France composée d'un peignoir, d'un tablier, une gar- ■ niture de chemise, une cornette et deux bonnets 630

Somme totale ^ . . 2661 1.

Ce n'est ni pour vous le reprocher, ni pour vous le faire payer que je vous envoie un mémoire de ce que j'ai donné à madame d'Aubigné, mais pour lui faire voir que l'argent va vite, et que joignant cette somme-là à ce qui vous en coûte, vous verrez que la somme est forte pour des gens comme vous et qu'elle

1. C'est une suite de la lettre, mais écrite sur un papier à part.

2. Celle addUion n'est pas exacte : le total est de 2902. Ce total ne concorde pas avec celui que madame de Mainlenon donne plus haut : 3869.

doit conserver ce qu'elle a, et se contenter de ce que je vous ai mandé de lui donner. On lui a fait des chemises comme pour la reine, et homme vivant n'en a de si helles que vous ; je passe ma vie à la cour faisant trois fois plus de dépense que je n'en ferois si je n'y étois pas, et je n'ai pourtant jamais rien eu de pareil ni n'en aurai. Pardonnez-moi les importunitês que je vous fais là-dessus; mais assurément vous devez tous deux vous mettre sur un pied convenable à votre revenu.

Si ma belle-sœur a des commissions à donner, Nanon les fera, pourvu qu'elle reçoive avec plaisir ce que je voudrai lui donner, et qu'elle me paye régulièrement ce que je ne lui donnerai pas, et qu'elle croie que nous avons ici aussi bon goût que madame de la Barre.

Adieu ; je vous embrasse tous deux. Je fais de mon mieux pour les parents dans leur affaire, et j'espère qu'elle ira bien.

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