Autographe appartenant à la famille de Mornay
A M. ni- MONTCHEVHEnL (1680). <)9
j'ai la fôte fort clourdieje me sors d'un secrétaire pour la commencer.
Il me seml.le que je laisse le prince en l,onne sanle el je vais vous dire ce que je crois nécessaire pour la conserver; on vous en empêchera quelquefois, mais il arrivera souvent que vous en serez le maître. Ne vous rendez point sur son sommeil et qu il ne soit jamais moins de neuf heures au lit • c est peu pour un enfant d'un tempérament aussi vif et aussi ardent que le sien. Ne le forcez point a manger le malin, quand il n'a pas faim, quoiquil paroisse bizarre de tenir un enfant ft jeun jusqua deux hÈures après-midi; mais il soupe si tard qu .1 est impossible que la digestion soit bien achevée, et il vaut mieux qu'il se réserve pour diner Vous n avez rien à faire ni à dire quand madame de Montespan y est, mais en son absence, je vous conseillero.s d'y assister le plus souvent qu'il vous sera possjbJe.
Vous le trouverez accoutumé à manger plusieurs sortes de potages, et je l'ai toujours souffert, pourvu qu 1 commençât par celui de santé; c'est un »oùt qu ils tiennent tous du roi et qui est encore mdns mauvais que de manger beaucoup de viande sans pain. G est une erreur de la plupart de.s femmes qui sont auprès des enfants de crier contre les confitures : elles ne sont point malsaines après le repas pourvu que Ion en mange peu, et le fruit cru esl beaucoup plus mauvais. Il ne devroit jamais dîner aussi tard qu'il dine, faire la collation qu'après six l'cures : Madame de Montespan veut qu'ils ne man-
iOO CORRESPONDANCE GÉNÉRALE.
gent que du pain sec, mais ils ont tous des dénis si méchantes qu'ils aiment mieux ne point manger, et quand il n'a pas beaucoup dîné, ce qui lui arrive souvent, je vous conseillerois plutôt de le laisser bien manger à collation que de le crever de viande à onze beures du soir. Si vous en êtes le maître, donnezlui du fruit cru, quand son ventre va bien, mais que ce soient des fruits pleins d'eau comme des poires de beurré, de bergamote; des pêcbes et des pommes même ne lui sont pas mauvaises. Je voudrois aulanl qu'il est possible le retenir sur le souper qui est le repas qu'il fait le plus grand.
Je n'ai jamais remarqué que le prince fût délicat pour les injures de l'air quand il est dehors; mais une porte ouverte dans la chambre ou un vent coulis ne manque point de l'enrhumer. Le soleil et le feu au derrière de la tête lui sont fort dangereux.
Il faut juger de la santé par les selles : ses valets de chambre s'y connoissenl bien, et il faut les charger de vous avertir quand il y a quelque désordre. J'oii- Idiele soin qu'il faut avoir d'empêcher qu'on ne lui donne des confitures ou qu'il n'en mette dans ses poches pour manger entre les repas. Faites-vous* de l'état de sa fistule et que l'on vous avertisse quand elle purge plus ou moins, pour en pouvoir rendre compte quand il faudra.
En voilà, ce me semble, assez pour le corps; venons aux mœurs. Je ne lui connois aucune mauvaise inclination; son défaut est la paresse et le découragement; il faut toujours le piquer d'honneur et vous