‹ Correspondance générale de madame de MaintenonChapitre 74 sur 337 · Faites-vous instruire, sans doute · texte numérisé non relu

Faites-vous instruire, sans doute

A M. DE MOMCllEVREriL M 080). iOl

souvenir de lui parler en tout et partout cumuie s'il avait vingt ans.

Ne craignez point de vous familiariser avec lui et de le caresser autant que le respect et la bienséance le peuvent permettre; il vous craindra assez dès que vous prendrez un visage sérieux.

Désaccoutumez-le, je vous prie, dubadinage qu'il a avec ses valets de chambre en s'habillant ; et pour lui insinuer plus agréablement, proposez-lui de commencer par le soir ou par le matin et lui en donnez le choix.

Je crois qu'on vous demandera qu'il ne joue plus aux cartes; tous êtes peu versé dans les jeux d'esprit; en attendant que vous les appreniez, je voudrois tourner ses divertissements avec vous sur la guerre, où vous pourriez lui apprendre mille choses qui sont nécessaires.

Faites-lui prendre l'air le plus souvent que vous pourrez.

^ Je n'ai rien à vous dire sur les maximes do bunlé. d'humanité, de libéralité, car là-dessus vous en savez plus que moi; mais soyez appliqué à lui donner toujours le roi pour modèle: vous ferez votre cour, et vous lui inspirerez un respect, une estime et une tendresse qu'il doit à son père, à son roi et à son maître.

Gardez-vous des longs prônes avec lui: il faut lui dire les choses en quatre paroles, et à mesure qu'elles arrivent, sans qu'il paroisse aux étrangers qu'on le siffle, car le goût des gens à qui vous avez affaire est que tout p.n-oisse natuivl.

i02 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE.

Je n'ai rien à vous dire sur ce qui me regarde ; nous en avons déjà parlé; mais laissez-le agir par luimême dans mon absence ; ne Tempéchez ni ne le conviez de m'écrire ; faites seulement tenir nos lettres à mesure qu elles viendront; laissez-lui les cacher oU les montrer comme il voudra ; s'il vous vient des ordres, vous les suivrez. Ignorez, en attendant, la moitié de Taigreur qui est entre madame de Montespan et moi.

Que je sache la disposition de sa journée dès que vous le saurez.

Gardez-vous des longs discours et des compliments : vous avez affaire à des gens difficiles, toujours pressés et alertes pour trouver à redire à tout. Je connois leur goût mieux que vous, et c'est par là que je prends la liberté de vous parler comme je fais. Adieu, mon cher marquis, vous avez entre vos mains l'objet de ma tendresse; baisez les siennes pour moi, et me mandez souvent de ses nouvelles.

Lutin et Marcine peuvent vous être de quelque secours dans les commencements; ils ont vu naître leur maître, et savent comment je Tai gouverné, mais quand vous leur parlerez, que ce soit en particulier.

Adieu.

J'ai rouvert ma lettre, parce que j'avoisune feuille, et je m'en vais en faire un paquet; n'en soyez point en peine et relisez ce bel ouvrage de temps en temps.

On trouve, en effet, à la suite ce billet sur une feuille à part.

Soyez toujours sur vos gardes devant lui, il est

A M. d'aubigné (1680). 103

plein de discernement qu'il tient du roi, et de dénigrement qu'il tient des Mortemart*. J'aurois plus craint de dire ou de l'aire une sottise devant lui que devant qui que ce soit. Comptez sur un domestique, tant homme que femme, fort dangereux, curieux, bavard, insolent, ennemi de toute subordination, avec lequel il ne faut point se familiariser; en un mot, il est bon d'agir avec beaucoup de circonspection et garder un assez grand silence. Je pense qu'il n'est pas nécessaire de vous dire que je ne vous commettrai pas sur ce que vous me manderez.

LETTRE CGYII

A M. DAUBIGNÉ, A PARIS 2.

A Lunéville, ce 10 février 1680 3.

J'ai été si accablé de visites à Nancy que je n'ai pu vous écrire, cjuelque envie que j'eusse de vous remercier de vos soins, et de vous mander de mes nouvelles. Je me porte fort bien, grâces à Dieu, et je ne puis me trouver mal logée, quand j'ai mon lit ; il

1. On disait proverbialement à la cour : l'esprit des Mortemart. C'était un mélange de raillerie, de finesse, de dédain et surtout d'orgueil. On peut voir dans les 5o?U'p«2rs de madame de Caylus ce qu'elle dit des sœurs de madame de Montespan, et surtout de l'aînée : «Elle épousa, dit-elle, le marquis de Thianges, et elle lui apporta en dot le dénigrement qu'elle avoit pour tout ce qui n'étoit pas de son sang ni dans son alliance. »

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