‹ Correspondance générale de madame de MaintenonChapitre 81 sur 337 · LETTRE CCXI · texte numérisé non relu

LETTRE CCXI

^•OTE PRÉLIMINAIRE

Le crédit de madame de Maintenon continuait à s'accroître, mais en même temps ses ennemis la dénigraient, et ses amis, jaloux aussi de tant de faveur, la défendaient mal contre les calomnies. « On est enragé contre moi, » dit-elle dans la lettre qu'on va lire. Il y avait surtout une lettre de madame de Coulanges qui courait Paris, et qu'on interprétait malicieusement pour les premiers temps de la vie de madame de Maintenon. « L'amie de mon amie est la machine qui conduit tout, écrivait madame de Sévigné (7 juillet). 3fais cro voit-elle qu'on pût toujours ignorer le premier tome de sa vie? Et à moins de l'avoir conté avec malice, quel mal cela lui a-t-il fait? Vous verrez pourtant cette lettre. Celle de la Troche m'assure que la tiédeur est extrême pour celle qui va quatre pas derrière {madame de Fontanges;, dont elle est inconsolable; la jalousie de celle qui va quatre pas devant (madame de Montespan) est plus vive sur la confiance et l'amitié qu'on a [)Our l'autre (madame de Maintenon) que pour cet éclair de passion qui fait voir un mérite et un esprit fort médiocre : on triompheroit de cela; mais sur l'esprit, la conversation, il faut mourir de cliagrin; on a beaucoup de rudesse pour elle. » (T. VI, p. 510.)

Et le 17 juillet:

« Madame de Coulanges m"écrit au retour de Saint-Germain; elle est toujours surprise de la sorte de faveur de madame de Maintenon. Enfin nul autre ami n'a tant de soin et d'attention qu'il en a pour elle; elle me mande ce que j'ai dit bien des fois : elle lui fait connaître un pays nouveau, qui lui étoit inconnu, qui est le commerce de l'amitié et de

A M. d'aubig.xî; [I680;. 11;j

la conversation sans contrainte et sans chicane : il en i)aroil ciiarmé... Miidame de Fontanges est partie pour Chelles... la belle perdant tout son sang, pâle, changée, accablée de tristesse, méprisant 40.000 écus de rente et un tabouret iprelje a, et voulant la santé et le cœur du roi qu'elle na pas... » (T. VI, p. 534).

A M. D'AIWGNÉ. A PARIS i.

A Fontainebleau, ce 6 juillet 1680.

Vous me fai{t}s un extix-me plaisir de me prêter voire petit carrosse; mais vous ne me mandez point quand vous partez pour Coignac ; nous serons peutêtre revenus pour vous le rendre. Je crois comme vous que par là vous sauvez la vie de mes chevaux. S'il n'y a point de coffre à celte calèche, il faut y en faire faire sans façon, et qui puisse seulement fermer, et porter ma toilette.

M. Colbert est parti ; je le verrai à Saint-Germain.

Je mande à Yiette de vous payer neuf cent quarante-neuf livres; vous n'êtes pas en état d'attendre. Vous seriez trop riche et trop heureux si vous pouviez quitter le jeu et vivre en tout régulièrement; quand les malheurs vous donneroient cette pensée, vous ne feriez que ce que tout le monde fait; nous nous piquons d'un sentiment contraire par vanilé ; mais il n'importe comment nous allions à Dieu.

Je vous défie de recevoir le meuble qui est chez vous d'aussi bon cœur que je vous le donne, mais je suis ravie que vous le receviez avec plaisir.

Je vous remercie de Champagne, et de la complai-

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