‹ Correspondance générale de Madame de Maintenon; publiée pour la première fois sur les autographes et les manuscrits authentiquesChapitre 164 sur 418 · Mémoires de Languet de Gergy, p · texte numérisé non relu

Mémoires de Languet de Gergy, p

2. Manuscrits des Dames de l^itft-Cyr, — Ce mémoire témoigne que la révocation de TÉdit de Nantes n'était pas regardée par le gouvernement de Louis X[V comme une affaire de religion, mais comme une affaire d'Ëtat ; qu'il s'agissait non de forcer les dissidents à croire, mais d'anéantir un parti et des ennemis politiques. « Les rois, dit Bossuet, qui ont été les plus contraires aux

rotestants n'eussent pas songé à les troubler, si des esprits si remuants avoient pu se résoudre à rester en repos... On les voyoit prêts à s'échapper à fous moments ; en sorte qu'on n'osoit rien entreprendre contre l'étranger, quoi qu'il fît, tant qu'on avoit au dedans un parti si inquiet et si menaçant. Voilà dans la vérité, et tous les Français le savent, ce qui a fait nos guerres civiles. » (Œuvres, t. XIV, p. 261.) Et l'on peut ajouter : ee qui a causé, ce qui explique la révocation de l'édit de Nantes I — a La France, dit M. Michelet, sentait une Hollande dans son sein qui ee réjouisr sait des succès de l'autre. »

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d0 U religion réformée, et penser à réunir i^eu i peu les sujets du royaume dans la même religion, en excluant dans, ie9 occasions qui se présenteroient les huguenots de^ charges et emplois, et s*appliquant a¥6P patience et avec douceur à les convertir en les persuadant de la vérité.

Mais, dans h situation où Ton sa trouve aujourd'hui, il faut, ce me semble, changer d*idée.

Il est vrai que, par rapport à la conscience, il me paroUroit qu'on pourroit aller jusqu'à rétablir dans le royaume la liberté d'ôtre de la religion prétendue réformée sans ei^ercice public, si cela procuroit à rÉtat des avantages considérables ou le garantissoit de quelque grand péril, et que Ton n'eût que ce seul moyen dont on pût se servir.

Mais, bien loin de croire que Ton en dût attendre des effets semblables, je suis persuadée qu'un changement de telle nature en produiroit beaucoup de mauvais et point de bons. Yoici les raisons sur les^ quelles je fonde mon avis :

1^ Dans la conjoncture présente, cette démarche seroit regardée dans les pays étrangers, dans le royaume même , et surtout par les huguenots fugitifs et par les nouveaux convertis, comme Teffet d'une appréhension causée par la situation des affaires. Ces gens-là en deviendroient plus insolents, et fortifiés par les impressions et les espérances que leurs ministres leur donneroient, le moindre mauvais succès qu'auroient les armes du roi seroit capable de les porter à tout entreprendre.

â"" Je crois qu'une partie de ceux qui ont passé

âOO CORRBSPONDANGB GÉNÉRALE.

dans les pays étrangers affaibliroient TÉtat plutdt que de le fortifier par leur retour. Ce sont les plus entêtés et les pins opiniâtres du parti qu'on a vus capables de renoncer à leurs biens, à leur patrie, aux devoirs les plus essentiels, et même à leur légitime souverain, plutôt que de plier à ce qu'on exigeoit d'eux. Des gens de ce caractère seroient prêts à tout hasarder et à donner du mouvement à ceux dont les intentions sont les moins mauvaises, et je crois qu'on ne se tromperoit pas en les regardant non-seulement comme ennemis , mais comme capables de nous en susciter d'autres. Enorgueillis par le bon succès de leur opiniâtreté, ils confpndroient par leurs reproches et par leurs railleries les nouveaux convertis ; c'en seroit assez pour faire retomber le petit nombre de ceux qui ont connu la vérité, mais dont la foi n'est pas encore bien affermie. Ceux qui sont incertains et qui avec le temps auroient pu suivre le bon parti seroient fixés à demeurer dans le mauvais, et pour ceux qui sont huguenots dans le cœur, il y auroit moins d'espérance que jamais de leur conversion.

S"" On ne peut s'attendre que la liberté tacite de conscience sans exercice public satisfit ceux qui rentreroient dans le royaume ni les nouveaux convertis qui y sont demeurés. Ils compteroient pour rien le changement que Ton feroit en leur faveur, s'il n'étoit suivi d'un accord qui les remit au même état où ils étoient avant la révocation de l'édil de Nantes. Comme ils attribueroient à la crainte ce qui leur auroit été accordé, ils souhaiteroient des événements

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qtti, en Taugmeotant, leur feroient espérer d'obtenir le reste, et n*attendroient que des occasions pour y contribuer.

4^ Si Ton accordoit la liberté de conscience, pourroit'On ôter aux pères et aux mères Téducation de leurs enfants? Si on le faisoit, ils seroient plus irrités qu'ils ne sont aujourd'hui; si, comme je crois qu'il seroit impossible de l'éviter, on les en laissoit maîtres, ce seroit perpétuer dans le royaume un corps puissant que la religion tiendroit toujours dans des intérêts contraires au bien de l'État, et qui, s'ils se Yoyoient privés d'espérances prochaines, en concevroient d'éloignées et envisageroient dans l'avenir une guerre civile , un règne foible , une minorité , comme une ressource pour sortir de ce qu'ils appelleroient oppression.

5® Enfin, dans la situation où sont les esprits, pourroit-on espérer de les guérir de leur défiance? Ils croiroient que l'on céderoit pour un temps à la nécessité, qu'aussitôt que la paix seroit faite le roi reprendroit la suite d'un dessein qui lui a tenu si fort au cœur, et ils ne compteroient pas plus sur l'exécution d'une nouvelle déclaration accordée en leur faveur que sur l'édit qui , en révoquant celui de Nantes, conservoit la liberté de conscience, la sûreté de leurs personnes et de leurs biens, et qui cependant a été suivi de tout ce qui s'est fait contre eux dans les derniers temps.

De plus, par rapport au roi , j'ai répugnance à un changement tel que seroit celui qu'on propose. Quitter ainsi une entreprise qu'il a poussée si hau-

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tement, sur laqqelle il a permis qu'on ini ait donné tant de louanges, et dans laquelle ses ennemis ont toujours publié qu'il succoraberoit, il me semble que cela intéresseroit sa réputation et seroit contraire à la sagesse et à la fermeté ordinaire de ses résolutions.

De toutes ces raisons il me paroitroit résulter que le meilleur parti qu'il y auroit à prendre, ce seroit, sans donner une nouvelle déclaration et sans révoquer aussi aucune de celles qui ont été données, de continuer comme on a déjà commencé, à adoucir insensiblement la conduite envers les nouveaux convertis.

Surtout ne les point forcer à commettre des sa-» criléges en s'approchant des sacrements sans foi et sans dispositions ; ne point faire traîner sur la claie l^s corps do ceux qui auroient refusé les sacrements à la mort , et ne point faire recherche des effets vemi$ dans le commerce par ceux qui sont hors du royaume.

Pour les attroupements, 0e sont des révoltes et des désobéissances nécessaires à punir, et j'approuverois les abàtiments les plus rigoureux, pourvu, comme il ost juste , qu'ils tombent sur les seuls coupables, et que les innocents ne soient pas con^ fondus ayec euxt

Veiller pendant la guerre, autant qu'il se pourra, à l'éducation des enfants ; mais au retour de la paix considérer cette affaire comme une des principales de l'État, prendre des mesures suivies et uniformes pour éloigner les jeunes gens de leur» familles, n'é«-

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pargner ni soins ni argent pour leur trouyer hofs de chez eux la subsistance nécessaire : cela, dans tous les temps, demanderoit un grand examen pour former un plan général dont il ne fandroit plus se départir. Par cette conduite, on parviendroit à anéantir en France la religion prétendue réformée, et on pourroit la délivrer d'un mal dont elle souffre depuis longtemps.

Je n'entreprendrai point de réfuter en détail le mémoire qui m'a été communiqué ; j'observerai seulement que Tauteury parle de zèle et de fidélité, comme si on avoit oublié tout ce que l'histoire rapporte de la conduite des huguenots depuis leur originCi N'ont-ils pas fait des guerres sanglantes à nos rois? n'ont-ils pas attiré plusieurs fols des armées étrangères? De ce règne ici, n'a-t-on pas découvert la suite de leurs mauvaises intentions par un acte secret de leurs synodes , dans un temps où ils espéroient que Gromwell pourroit les itppuyer? Et ne voit-on pas encore aujourd'hui, par les lettres de ceux qui sont fugitifs, combien ils sont portés pour le prince d'Orange et pour les autres princes de leur religion? L'auteur du mémoire se trompe aussi quand il attribue la ligue des princes protestants aux mauvais traitements que les huguenots ont soufferts. Elle me parottroit plutôt un effet de leur politique, et une suite de la jalousie et de Tanimosité qu'ils ont conçues depuis longtemps contre la France.

L'auteur dit trop aussi quand il attribue la ruine du commerce, la cUsette de l'argent^ la diminution

des manufactures et de la culture de la terre, à la seule retraite de ceux qui sont sortis du royaume. Il est vrai qu'elle a fort augmenté le mal , mais il ayoit une source et une origine plus anciennes que ce qui est arrivé depuis la révocation de Tédit de Nantes.

« Ici cet écrit parait fini ; puis il y a quelques feuillets détachés, aussi de la main da madame de Maintenon, où est écrit ce qui suit : »

On ne croit point qu'il faille par aucune déclaration faire voir aux nouveaux convertis qu'on consent qu'ils demeurent dans leur religion.

Ce seroit leur faire voir que l'on désapprouve et que l'on se repent de ce que l'on a fait par rapport à eux.

Ce seroit les laisser maîtres de l'éducation de leurs enfants, qui non-seulement les rendra de la même religion que leurs pères, mais qui hériteront aussi du ressentiment et de l'aigreur qu'ils ont et contre la personne du roi, et contre le gouvernement.

C'est garder dans le royaume un grand nombre de gens qui ne seront jamais contents que l'exercice de leur religion ne soit rétabli , qui Tespéreront toujours, qui désireront des temps fâcheux, qui entreront dans toutes les révoltes, et qui, après ce qui s'est passé, ne peuvent jamais être des sujets fidèles et affectionnés.

Si on fait revenir ceux qui sont sortis de France, combien reprocheront-ils la foiblesse de ceux qui

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ont abjuré, et combien leur feront-ils voir Favantage qu*ils ont tiré de leur fermeté? puisque, sans avoir renoncé à leur religion, ils se trouvent dans le royaume avec le consentement du roi, jouissant de leurs biens , et pouvant espérer dans de certaines conjonctures le rétablissement de leurs temples.

Il ne faudroit point «hanger de conduite à leur égard d'une manière qui les persuadât que Ton ne se soucie plus de les convertir, mais s'y prendre avec plus de douceur et d'uniformité.

Conserver la même rigueur contre ceux qui s'assembleront ou se distingueront, mais fermer les yeux sur ceux qui ne vont point à la messe, sur ceux qui n'approchent point des sacrements , sur la manière dont ils meurent, et sur tout ce qu'on peut s'empêcher de voir.

Éviter surtout les spectacles qui donnent une idée de martyre, rien n'étant plus dangereux, tant pour les nouveaux convertis que pour les anciens.

Ne perdre jamais de vue le désir et le dessein de les convertir, s'y prendre avec des maximes solides, en faire un projet, le bien examiner, et le suivre doucement.

Gonfler ce que l'on veut aux intendants et aux évoques, afin qu'ils travaillent de concert.

Le plus grand bien seroit d'ôter les enfants; mais il faut accompagner ce dessein de beaucoup de discrélion.

On pourroit dans un temps de paix commencer par les pauvres, faire des hôpitaux dans chaque province , y recevoir les enfants que les parents y

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