‹ Correspondance générale de Madame de Maintenon; publiée pour la première fois sur les autographes et les manuscrits authentiquesChapitre 173 sur 418 · LETTRE IV · texte numérisé non relu

LETTRE IV

la fôTrier 169 1.

Madame^ j'arois pris le parti de vous écrire au sujet de la taxe qui a si fort dérangé mes petites affaires^; tuais n'étant pas content de ma lettre, j'avois simplement dressé an mémoire dans le dessein de TOUS faire supplier de le présenter à Sa Majesté. M. le maréchal de Noailles s'offrit généreusement de vous le remettre entre les mains, et n'ayant pu trou^ ver Toccasion de vous parler^ le donna à M. Tarchevéque, qui peut vous dire si je lui en avois ouvert la bouche et si, depuis deux mois^ j'avois eu même Thonneur de le voir •.

Yoilà^ madame, tout naturellement comment je me suis conduit dans cette affaire, mais j'apprends que j'en ai une autre bien plus terrible sur les bras.

Je vous avoue que, lorsque je faisois tant chanter dans Esther : Bois, chassez la calomnie, je ne m*attendois guère que je serois moi-même un jour attaqué par la calomnie. On veut me faire passer pour un homme de cabale et rebelle à l'Église.

Ayez la^bonté de vous souvenir, madame, combien

i. Œuvres de Racine, t. V,

2. Après la paix de Hyswick, le rot, pour rétablir ses finances, mit des taxes considérables sur tous les Utalaires de charges de finances. Racine avait celle de trésorier de France à Moulina, et fut taxé à 10,000 liv.

3. Raetne ae disculpe d'atoir tu rarchevèque à cause des opinions Jauénlslea qu'on attribuait à lui-mènie, ainsi qu'à 00 préial.

ai 6 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE.

de fois vous avez dit que la meilleure qualité que vous trouviez en moi, c^étoit une soumission d'enfant pour tout ce que TÉglise croit et ordonne même dans les plus petites choses. J'ai fait par votre ordre plus de trois mille vers sur des sujets de piété; j'y ai parlé assurément de toute l'abondance de mon cœur et j'y ai mis tous les sentiments dont j'étois le plus rempli. Vous est-il jamais revenu qu*on y eut trouvé un seul endroit qui approchât de l'erreur?

Pour la cabale qui est-ce qui n'en peut être accusé, si on accuse un homme aussi dévoué au roi que je le suis, un homme qui passe sa vie à penser au roi, à sMnformer des grandes actions du roi, et à inspirer aux autres les sentiments d'amour et d'admiration qu'il a pour le roi ? J'ose dire que les plus grands seigneurs m'ont bien plus recherché que je ne les recherchois moi-même; mais dans quelque compagnie que je me suis trouvé, Dieu m'a fait la grâce de ne rougir jamais ni du roi ni de l'Evangile. Il y a des témoins encore vivants qui pourroient vous dire avec quel zèle on m'a vu souvent combattre de petits chagrins qui naissent dans l'esprit de gens que le roi a le plus comblés de ses grâces. Eh quoi ! madame, avec quelle conscience pourrai-je déposer à la postérité que ce grand prince n'admeltoit point les faux rapports contre les personnes qui lui étoient le plus inconnues, s'il faut que je fasse moi-même une si triste expérience du contraire ?

Mais je sais ce qui a pu donner lieu à une accusa-* tion si injuste. J'ai une tante qui est supérieure de Port-Royal, et à laquelle je crois avoir des obligations

A MADAME DE MAINfËNON (4698). âl7

infinies; c'est elle qui m'apprit à connoître Dieu dès mon enfance; et c'est elle aussi dont Dieu s'est servi pour me tirer des égarements et des misères où j'ai été engagé pendant quinze années de ma vie. Elle a eu recours à moi... Pouvois-je, sans être le dernier des hommes, lui refuser mes petits secours dans cette nécessité? Mais à qui est-ce, madame, que je m'adressai pour la secourir? J'allai trouver le père de La Chaise et je lui représentai tout ce que je connoissois de Télat de cette maison. Je n'ose pas croire que je l'aie persuadé; mais il me parut très-content de ma franchise, et m'assura, en m'embrassarit, qu'il seroit toute sa vie mon serviteur et mon ami.

Je vous puis protester devant Dieu que je ne connois ni ne fréquente aucun homme qui soit suspect de la moindre nouveauté. Je passe ma vie le plus retiré que je puis dans ma famille; et ne suis, pour ainsi dire, dans le monde que lorsque je suis à Marly. Je vous assure, madame, que l'état où je me trouve est très-digne de la compassion que je vous ai toujours vue pour les malheureux. Je suis privé de l'honneur de vous voir; je n'ose presque plus compter sur votre protection, qui est pourtant la seule que j'aie tâché de mériter. Je cherchois du moins ma consolation dansmon travail ; mais jugez quelle amertume doit jeter sur le travail la pensée que ce môme grand prince dont je suis continuellement occupé me regarde peut-être comme un homme plus digne de sa colère que de ses bontés. Je suis, etc.

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