Autographe du cabinet de M. de Gambacérès
2. La Beaumelle ajoute : « Les bals ne lui sont pas encore indifférenls. » Le roi avait alors soixante-deux ans !
3. La Beaumelle ajoute : « On craint la lumière qui montreroi t trop de choses effrayantes. »
4. Louis XIV était très-dur pour tous les dissidents, huguenots, jansénistes, quiélistes, c'étaient des ennemis politiques. D'an autre côté, madame de Maintenon nous apprend qu'il avait touitê les pratiques extérieures de la religion, mais non pas l'esprit, et Fénelon, avant cette dame, nous avait dit la même chose (Voir dans ce volume, p. 49). Cela semblerait justifier le reproche que lui faisaient les pamphlétaires de Hollande, que la religion n'était pour lui qu'un instrument de règne?
A M. l'archevêque DE PARIS (1700). 309
s'humilier et prendre l'esprit d'une vraie pénitence, et que nous devrions nous couvrir du sac et de la cendre pour demander la paix ^
Je lui parlai hier des conseils provinciaux^ et lui redis toul ce que M. de Meaux m'en avoit dit le matin. Je voulus citer fortement cet évéque, parce qu'il ne passe pas pour être si dévot que ceux qui me parlent quelquefois. Jamais je n'af trouvé le roi plus fermé, plus en garde.
Je lui montrai ensuite une lettre que m'écrit madame de Mondonville qui demande la liberté, ou au moins quelque adoucissement à sa prison ^; je lui dis que tous ces exilés contre les formes lui feroient tôt ou tard de la peine. Il me répondit pour toute chose qu^il en avoit toujours vu user ainsi en pareille occasion.
Je ne devrois pas, monseigneur, vous montrer mes peines, qui ne feront qu'augmenter les vôtres, mais
1. La mort de Charles II était imminente, et l'on prévoyait de grands troubles en Europe : pour les conjurer, Louis XIV tra- ▼aillait alors avec Guillaume 111 à un traité de partage de la monarchie espagnole.
2. Des conciles provinciaux avaient été tenus l'année précédente pour l'acceptation du bref qui condamnait les Maximes des Saints, 11 s'agissait de prolonger ou de continuer ces assemblées.
3. Madame de Mondonville avait fondé, en 16C1, à Toulouse, Tinstitut des Filles de l* enfance de Jésus, dont elle fut nommée supérieure. Cet institut devint un des foyers du jansénisme, et là s'imprimaient et se répandaient dans le royaume les écrits du parti. Les jésuites s'en plaignirent, et l'institut fut supprimé, les religieuses transférées dans d'autres couvents, et madame de Mondonville exilée chez les Hospitalières de Coutances. Elle parvint à faire parvenir ses plaintes à madame de Maintenon.
310 CORR£SPONIIÀNCE GENÉJU.LE.
je ne yeux rien vous cacher*. Je ne me rebuterai pas, s'il plalt à Dieu^ et je lui dirai la vérité tant que je livrai, quoique je sois persuadée que, tant que nous aurons le père de La Chaise, nous ne ferons rien.
Je vis dimanche le père Bourdaloue qui me témoigna la peine de la Compagnie sur ce que je parois ne la pas aimer, par Téloignement qui est entre le père de La Chaise et moi. Je répondis que ce n'étoit pas ma faute , et que j'étois prête à faire toutes les avances avec lui^. Je dois être dans ces sentiments, et j'y suis, grâce à Dieu; mais je n'espère rien de ce côté-là.
Votre mandement pour le jubilé, monseigneur, sera lu certainement : il faut y mettre des vérités fortes et touchantes. Je vous dis tout ce qui me vient dans l'esprit et j'abuse de votre patience. Conservez votre santé pour la gloire de Dieu.
1 . La BeaumeUe ajoute : « Si je l'aimois moins, depuis longtemps je me serois rebutée ; mais Je lui dois la vérité, n
2. La Beaumelle ajoute : « Que je n'étois d'aucun parU, que je ne tenois qu'à l'Église ; qu'il savoit l'estime que J'avois pour n société et pour lui en particulier, et pour tous ceux qui lui res- «embloient; qu'il ne m'appartenoit pas de protéger, ni de cabaler ; que je devois penser seulement au salut du roi, et que mon unique peine contre le père de La Chaise éloit son aversion pour les dévots. » — Toute cette iongue phrase est de Tinventlon de La Beaumelle.
A MADAME DE BTAITrTERON (1700). 311