‹ Correspondance générale de Madame de Maintenon; publiée pour la première fois sur les autographes et les manuscrits authentiquesChapitre 325 sur 418 · Autographe du cabinet de M. de Cambacérès · texte numérisé non relu

Autographe du cabinet de M. de Cambacérès

2. C'es(.)-dire jusqu'au lendemain. On lit dans le Journal de Btmgeau : « Le roi , qui se plaît fort ici , s'est aisément laissé aller à la prière que Monseigneur et madame la duchesse de Bourgogne lui ont faite d'allonger ce Yoyage ici de deux jours. »

gogne se trouve un peu mal depuis quelques jours. Elle a vomi et sans indigestion , car on pourroit quelquefois l'en soupçonner sans avoir même mauvaise opinion de son estomac. Elle a très-mauvais visage. La comtesse d'Estrées meurt de peur que ce soit une grossesse et en a les yeux plus égarés que jamais. A cela près , c*est la plus jolie femme du monde. Elle joua hier à ce qui s'appelle à la ma^ dame avec Monsieur, qui languissoit dans ma chambre de ce que le roi le faisoit dîner un peu tard. Elle fut admirable et madame la comtesse de Guiche aussi.

Je ne vous fais pas le détail de nos occupations. Je crois que vous recevez autant de relations d^ ce qui se passe à notre cour que nous en recevons des aventures de la vôtre. Il faut qu'il y ait à Orléans de mauvais harangueurs de père en fils, car il y a vingtcinq ans que j'en ai entendu de pareilles à celle qui a déconcerté la gravité du roi d'Espagne ^ C'est un plaisir très-innocent de dessiner, mais je voudrois que nos princes écrivissent un peu ^. Il me semble qu'il ne leur est pas indifférent, ou, pour mieux dire, qu'il n'est pas indifférent pour eux d'écrire bien et facilement. M. le duc de Bourgogne écrit bien, le roi d'Espagne de fort bon sens, et le duc de

1. En 1675, quand elle alla aux Pyrénées avec le duc du Maine.

:?. La Beaumelle transforme ceUe phrase ainsi : « Dessiner est un joli plaisir, mais écrire est un plaisir ulîle : je voudrois que nos princes ne regardassent Tun que comme un délassement de l'autre. »

A M. LE COMTE D'AYEN (4700). 357

Berry fort mal. Ils devroient agacer les dames du palais qui n'auront pas le dernier. Je tous prie, mon cher comte, de faire les plus humbles et les plus respectueux compliments de ma part au roi d'Espagne. Je me suis toujours intéressée à lui ; mais ses visites dans mon cabinet m'ont donné une tendresse dont je me serois bien passée.

A propos de tendresse , ne vous dirai-je rien de la scène de Sceaux \ où nos princes en ont tant fait voir les uns pour les autres. Quoi qu'il leur en ait coûté, je vous avoue que j'en ai été ravie; car il faut pour être aimable être capable d'amitié^. Adieu. Nous trouverons, je crois, la duchesse de Noailles et la comtesse d' Ayen à Versailles , car on doit y demeurer jusqu'à la veille des Rois.

Je n'écris point à M. le maréchal ; mon projet est de n'écrire qu'une lettre à la fois dans votre cour ambulante, excepté les princes à qui il faut bien des exceptions. Je vous prie de faire mille amitiés pour moi à M. Moreau^; j'étois fâché qu'il n'ait pas pensé à me dire adieu, mais on m'a assurée qu'il m'avoit cherchée. Je ne vous dis rien pour vous, étant persuadée que vous voyez combien je vous estime, combien je vous aime et combien je vous goûte.

Je ne vois point de sablon d'Étampes. Vos projets sont-ils déjà renversés? Nous sommes bien contents du maître espagnol. Le roi trouve qu'il parle bien

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