Ou Jadraque^ sur le Henarez
d'une montagne qui domine la ville qui avôit été bâtie du temps des Maures. La ville est de Tévêché de Séquenza et de la province de la Nouvelle-Gastille. Le 16, le roi partit à huit heures, après avoir été à la messe aux Capucins ; il vint diner dans un couvent de Bénédictins, à trois lieues de Guadraqué, qu'on appelle Sabétran, où il y a une Notre-Dame miraculeuse ; il arriva à quatre heures à Guadalaxara, d'où sortirent beaucoup de gentilshommes, montés sur de très-beaux chevaux, pour venir au-devant du roi. U n'y avoit pas encore eu de ville sur la route d'Espagne où le peuple montrât tant de joie que dans celle-là ; toutes les rues étoient tapissées jusqu'au palais du duc de l'Infantado où a logé le roi, qui fut complimenté de la part de toute la ville. Son premier aumônier, qui est patriarche des Indes, vint de Madrid au-devant de lui. Le roi alla se promener dans les jardins où il tira sur des oiseaux, après il se renferma pendant quelque tempspour travailler avecM. le duc d'Harcourt ; il soupa ensuite en public. Après le souper, des cavalcades de masques firent sous ses fenêtres mille jeux ; on tira après un feu d'artifice qui étoit vis-à-vis le palais, dans la place, lequel feu étoit très-magnifique et plus beau qu'aucun qu'on eût encore vu depuis que le roi est entré en Espagne. Le palais étoit tout illuminé et aussi toutes les rues. Guadalaxara est une ville bien située, qui est assez grande ; elle est au roi ; il y a une justice souveraine; le duc de Pastrano ou duc de l'Infantado en est seigneur. Il y a un fort beau et un fort grand château ou palais où le roi a logé; la ville est de Tarchevê-
ché de Tolède, quoique dans la Nouvelle-Gastille ; elle est dans une petite province particulière qu'on appelle Âlgaria ; il y a une petite rivière qui va se jeter dans le Tage, qui se nomme Hénarès ; Téglise paroissiale se nomme Sainte -Marie. Il y a des chanoines que M. le duc de llnfantado nomme. Il y a sept paroisses, sept couvent de moines, et sept de religieuses. Il y a un lieu dans les Gordeliers qu'on appelle le Panthéon, qui est la sépulture des ducs de Pastrano. Il y a un autre lieu qu*on appelle la salle d'armes, où il y en a une quantité de toutes sortes, c*est-à-dire des armures tout entières, à la mauresque, à rindienne, à la persane, et enfin comme on les portoit anciennement en Espagne. Il y avoit un ancien château ou forteresse contre les Maures qui est à présent tout ruiné. Il y a deux places. Ils avoient fait un jardin artificiel dans celle qui est devant la maison de ville, et devant celle du palais du roi un feu d'artifice très-magnifique, qui fut trèsbien exécuté.
Le 17, à huit heures, le roi' alla à la messe. Après il vint danser sous ses fenêtres des honunes sur des échasses, et d'autres à pied au son d'un tambour et d'un fifre qui tous dansèrent fort adroitement. Le roi dtna et partit à dix heures de Guadalaxara, pour aller à AJcala, où il arriva à deux heures ; toutes les rues étoîent magnifiquement tapissées. Le roi alla descendre au palais du cardinal Portocarrero, qui est très-magnifique ; il alla tirer et se promener dans les jardins ; ensuite il donna audience au nonce du pape, à l'ambassadeur de Venise et à celui de Savoie ; après
408 GORHESPONDANGE GÉNÉRALE.
quoi il joua quelque temps et se renferma avec M. le duc d'Harcourt, pour travailler, jusqu'à Theure de son soupe, où tous les ambassadeurs et seigneurs espagnols qui éloient arrivés de Madrid y étoient. Dès que le roi eut soupe, ils raccompagnèrent à un balcon pour voir tirer un feu d'artifice qui fut encore plus beau que celui de Guadalaxara. La place étoit très -grande et étoit environnée d'artifices. A Alcala, il y a université; la ville est assez jolie et assez grande. Après le feu tiré, le roi se coucha.
Le lendemain 18, il se leva à sept heures, entendit la messe, dîna à dix heures, et monta en carrosse aussitôt, pour se rendre sur la route de Madrid. Il y avoit pendant trois lieues de chemin, des deux côtés, double rang de carrosses et une grande populace qui faisoit des acclamations et des cris de joie que Ton ne peut exprimer. Le roi descendit au Retiro, qui est un palais, près de la porte de la ville; il y trouva le cardinal Portocarrero', qui voulut à plusieurs reprises se jeter à ses pieds; le roi Ten empêcha et Tembrassa autant de fois. Il traversa ensuite un petit parc, et fut conduit à la cliapelle du château, au pied de Tescalier de la tribune qu'on lui avoit destinée; il trouva le marquis de Léganès, qui lui présenta les clefs du Retiro, dont il étoit gouverneur. Le roi les lui rendit, c'est-àdire le confirma dans sa charge. On chanta le Te Deum en musique. Le roi repassa une allée de son jardin et entra dans son palais : il est carré, d'une
1 . C'était le chef du conseil d'Espagne, et il avait eu la principale part au testament de Charles II.
grandeur immense et orné des plus magnifiques tapisseries en hiver, et d'une quantité d'excellents originaux en été. Il y a un salon peint par Jourdan ^ qui est magnifique. Après que le roi eut passé une longue galerie, il alla s'asseoir dans un fauteuil qu'on lui avoit préparé; là les grands du royaume lui vinrent baiser les mains. Il passa ensuite dans un autre appartement, où les gens titrés et les fils des grands lui en firent autant; mais la foule augmentant considérablement, le cardinal de Portocarrero et M. le duc d'Harcourt, qui étoientàsescôtés, l'enlevèrent à la multitude et le conduisirent dans son appartement. Le lendemain i 9, il donna audience au nonce du pape et aux ambassadeurs de Savoie et de Venise en même temps; le nonce étoit au milieu. Le lendemain 20, il prit l'habit espagnol et la gonille, il n'a paru en aucune façon embarrassé. Il donna la
clef d'or à ; il donna la charge de grand écuyer
qu*avoit l'amirauté de Castille au duc de Médina Gidonia, qui étoit majordome -major. Le lendemain 21, il alla à la chasse au Prado; il tua, dit-on, plus de quatre-vingts lapins et un sanglier de sa main; le 22, il alla encore l'après-dînée à la chasse, dans le Reliro; le 23, il donna une secrète audience au nonce, après laquelle il fit travailler Jourdan, le peintre, devant lui. Il y a eu tous ces jours-là deux conseils par jour. Le 24, il travailla après le conseil à ses dépêches, et alla vers les quatre heures à Notre-Dame-d'Atocha, qui est une église desservie
1 . Luca Giordano. Les palais et les églises de Madrid renferment un très-grand nombre de tableaux de ce maître.
410 GOBRESPONDANGE GÉNÉRALE.
par les Dominicains; la chapelle de la Vierge est magnifique, ornée de quantité de tableaux, de plafonds et d'une balustrade dorée qui règne d'un bout à Tautre. Il y a deux rangs de lampes d'argent trèsbelles. La première balustrade qui enferme l'autel est de cuivre, et la seconde d'argent ; la table du maître-autel et des crédences sont de même métal ; l'autel est d'une sculpture de bois doré, très-magnifique. L'image de la Vierge ^ est en haut : son habit, sa coiffure et celle de l'enfant Jésus et des doubles rayons qui leur environnent la tête sont chargés d'un nombre infini de diamants et de pierreries. On y joua de l'orgue pendant quelque temps, après quoi il se retira chez lui.