LETTRE CLII
A M. LE CARDINAL DE NOAILLES K
Fontainebleau, 24 septembre 1701.
Je priai hier le roi de lire votre lettre, monseigneur, pour lui tenir lieu de lecture spirituelle. Il seroit difficile d'en faire une meilleure. Dieu veuille la bénir ! On la lut avec attention et sans réponse, hors sur la foire Saint-Germain, disant que c'est M. de Ghamillart qui s'oppose qu'on la change, et qu'il falloit défendre les boutiques où l'on donne à boire et à manger.
Je vis hier, et je vous le dis en secret, un mémoire de M. le procureur général, spécieux, éloquent, qui conclut à supprimer la plus grande partie des communautés établies sans lettres patentes, et à faire des
1. Il était très-gravement malade depuis le mois d'avril. On fut obligé de lui donner un successeur, M. de Marsin, et il revint en France au mois de novembre.
'2. Autographe du cabinet de M. le duc de Cambacérès.
règlements pour celles qu'on voudra garder, qui établiront la visite et Tautorité des magistrats sur la conduite intérieure et extérieure de ces maisons. Vous serez consulté là-dessus. Je prends la liberté de dire que je ne croyois pas impossible de faire un mémoire contre celui de M. d'Aguesseau, et que je ne pouvois croire qu'il y eut tant à craindre d'établissements que Ton pouvoit séparer d'un moment à l'autre; que je ne croyois pas que cette affaire fût la plus pressée des nôtres. En effet, monseigneur, il me semble que ces réformes seroient plus à propos dans un temps de paix. Je soumets, comme de raison, mes vues aux vôtres.
On parla hier au bon père pour ce que vous savez, et aussi doucement que vous l'avez désiré; il ne m'est point revenu qu'on parle d'un successeur.
Nous avons la triste cour d'Angleterre. Je n'ai vu la reine qu'une fois. Le mauvais temps fait que le roi est toujours chez moi ; ainsi je ne puis en sortir. Il y eut hier une musique dans ma chambre, où je crois que personne ne se divertit.
Je ne sais point de nouvelles, et M. le maréchal ne vous laisse pas ignorer celles qui méritent d'aller jusqu'à vous. Je crois devoir à vos bontés pour moi la confiance de vous dire que je me porte bien.