‹ Correspondance générale de Madame de Maintenon; publiée pour la première fois sur les autographes et les manuscrits authentiquesChapitre 404 sur 418 · LETTRE CLIII · texte numérisé non relu

LETTRE CLIII

NOTE PRÉLIMINAIRE

Nous avons vu que le roi Jacques II était mort le 16 septembre. On lit à ce sujet dans le Journal de Dangeau, à la date du 13 : « Le roi alla à Saint-Germain à deux heures. 11 vit d*abord le roi d'Angleterre, qui ouvrit les yeux un moment quand on lui annonça que le roi étoit là, et il les referma dans l'instant. Le roi lui dit qu'il étoit venu le voir pour l'assurer qu'il pou voit mourir en repos sur le prince de Galles, et qu'il le reconnoîtroit roi d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande. Le roi alla ensuite chez la reine, à qui il déclara la même chose, et lui proposa de faire venir le prinee de Galles pour le mettre dans la confidence d'un secret qui lui était si important ; on le fit venir, et le roi lui parla avec des bontés dont il parut bien pénétré... Quand le roi déclara au roi d'Angleterre qu'il reconnoîtroit le prince de Galles roi, tous les Anglais qui étoient dans la chambre se jetèrent à ses genoux et crièrent Vive le roi! La reine est si touchée de cette grande action, qu'elle ne peut parler que de sa reconnoissance; mais la douleur qu'elle a de voir le roi son mari en l'état où il est, l'empêche de goûter cette joie-là bien purement. Au retour de Saint-Germain, le roi apprit à tous les courtisans ce qu'il venoit de faire pour le prince de Galles... Dès que le roi Jacques fut mort, le nonce reconnut de la part du pape le prince de Gall* pour roi d'Angleterre. »

Saint-Simon raconte ces événements dans les mêmes termes, car il copie presque partout le Journal de Dangeau, et il attribue la guerre de la grande alliance à cette reconnaissance maladroite du prince de Galles comme roi d'Angleterre.

« C'étoit, dit-il, offenser sa personne (Guillaume III) par l'endroit le plus sensible, et toute l'Angleterre avec lui et la Hollande à sa suite ; c'étoit montrer le peu de fond qu'ils

avoient à faire sur le traité de Ryswick, leur donner beau jeu à rassembler avec eux tous les princes qui y avoient contracté sous leur alliance, et de rompre ouvertement sur leur propre fait, indépendamment de celui de la maison d'Autriche. »

Presque tous les historiens ont répété les accusations de Saint-Simon, mais la vérité est que le traité de la grande alliance, nous l'avons déjà dit, était signé dès le 7 septembre, c'est-à-dire dix jours avant la mort de Jacques H, de sorte que la déclaration de Louis XIV à Saint-Germain ne changea rien à sa situation, et n'augmenta nullement les dangers de la France; elle eut seulement pour effet de les irriter davantage.

Quelques jours après la mort de Jacques II, le pape envoya à Louis XIV le bref suivant.

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