‹ Correspondance générale de Madame de Maintenon; publiée pour la première fois sur les autographes et les manuscrits authentiquesChapitre 408 sur 418 · LA REINE D'ANGLETERRE A MADAME DE MAINTENON · texte numérisé non relu

LA REINE D'ANGLETERRE A MADAME DE MAINTENON

A Saint-Germain, ce 22 octobre i701.

Je remercie Dieu de tout mon cœur de la parfaite santé du roi, cela m'a causé un véritable plaisir, ainsi qu'au roi, mon fils, qui vous prie avec moi d'en assurer Sa Majesté de notre part; il n'aura pas de

1 , Autographe Uré des arehîTes de Mouehy.

peine à le croire, sachant combien de raisons nous aYons pour le souhaiter. Nous nous portons tous bien ici, et je suis fort étonnée que les souffrances de mon pauvre cœur n'aient eu aucun effet sur mon corps; elles m*ont ôté le sommeil, et cependant je ne suis pas malade. Cette dernière nuit a été la pre-* mière depuis sept semaines qui n'a pas été mauvaise. Dieu seul connoit mon état, et lui seul peut me soutenir. Je Tespëre de sa miséricorde, et je vous prie de lui demander pour moi. Si je n'avois promis à M. i'évêque d'Autun de le faire le porteur de ce que j'ai mis à part pour vous et le roi, je l'aurois envoyé l'autre jour par le duc de Berwick, car il y a longtemps que j'ai tout prêt; mais M. d'Autun m'ayant dit qu'il partiroit cette semaine, je l'ai attendu ; cependant nous voici à samedi aa soir, et il n'est pas encore parti ; il a mandé qu'il viendra demain prendre congé pour aller à Fontainebleau, et de là à son diocèse. Je vous enverrai une vieille bourse qu'il avoit dans sa poche quand il est tombé malade, un livre qui était son favori, et dont il se servoit tous les jours, un chapelet, du linge teint de son sang, et de ses cheveux; il y en a peu^ mais je n'en ai pas davantage moi-même, car je ne pensois pas à cela pendant sa maladie, et quand je revins d'ici à Ghaillot, tout le monde s'étoit emparé de tout cela, et ils ont bien de la peine à s'en défaire, car on n'appelle partout ce qui lui appartient autrement que des reliques. Je vous prie de vous faire conter par M. d'Autun comment il est guéri de la fistule qu'il avoit à l'oreille; vous y trouverez quelque chose de

fort extraordinaire. J'en sais bien d'autres qui sont trop longues pour une lettre; cela ne surprend pas ceux qui Pont vu mourir et qui le connoissoient à fond. Son confesseur fait une courte relation de ses vertus et de sa mort; cela est très-édifiant, et mérite d'être imprimé; je ne puis le lire sans larmes, mais en même temps je sens bien que ce qui est là-dedans devrait les arrêter. J*ai une vraie impatience de vous entretenir sur cet aimable sujet, et de vous faire voir ses écrits et les instruments de sa pénitence. Je me fais violence pour finir ce discours, car si je me laissois aller, je remplirois bien des pages, mon cœur et mon esprit en sont remplis; mais il faut achever ma lettre en vous assurant de ma parfaite amitié. Je meurs d'envie d'aller à Chaillot pour la Toussaint; je crois pom^oir me donner ce pauvre petit plaisir.

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