‹ Correspondance générale de Madame de Maintenon; publiée pour la première fois sur les autographes et les manuscrits authentiquesChapitre 65 sur 418 · Œuvres de Fénelon, t. XXX, p · texte numérisé non relu

Œuvres de Fénelon, t. XXX, p

explication très-précise et très-claire de toute sa doctrine pour la réduire aux justes bornes el pour détester tout ce qui va plus loin.... Peut-être croirezvous, madame, que je ne fais cette offre que pour la faire mettre en liberté? Non, je m'engage à lui faire faire cette explication précise et cette réfutation de toutes ses erreurs condamnées^ sans songer à la tirer de prison. Je ne la verrai point, je ne lui écrirai que des lettres que vous verrez et qui seront examinées par les évoques : ses réponses passeront toutes par le même canal ; on fera de ces explications Tusage que l'on voudra. Après tout cela, laissez-la mourir en prison. Je suis content qu'elle y meure, que nous ne la voyions jamais, et que nous n'entendions jamais jamais parler d'elle. Il me paraît que vous ne me croyez ni fripon, ni menteur, ni traître, ni hypocrite, ni rebelle à l'Église. Je vous jure devant Dieu, qui me jugera, que voilà les dispositions du fond démon cœur. Si c'est là un entêtement, du moins c'est un entêtement sans malice, un entêtement pardonnable, un entêtement qui ne peut nuire à personne ni causer aucun scandale ; un entêtement qui ne donnera jamais aucune autorité aux erreurs de madame Gu\on ni à sa personne. Pourquoi donc vous resserrez-vous le cœur à notre égard, madame, comme si nous étions d'une autre religion que vous? Pourquoi craindre de parler de Dieu avec moi, comme si vous étiez obligée en conscience à fuir la séduction? Pourquoi croire que vous ne pouvez avoir le cœur en repos et en union avec nous? Pourquoi défaire ce que Dieu avoit fait si visiblement? Je pars avec l'espérance que Dieu

qui voit nos cœurs les réunira, mais avec une douleur inconsolable d'être votre croix.

J'oubliois à vous dire, madame, que je suis plus content que je ne Tai jamais été de M. Tévêque de Chartres. Je Tai cru trop alarmé, mais je n'ai jamais cru qu'il agît que par un pur zèle de religion et une tendre amitié pour moi. Nous eûmes ces jours passés une conversation très-cordiale, et je suis assuré qu'il sera bientôt très-content de moi. Je m'expliquerai si fortement vers le public*, que tous les gens de bien seront satisfaits, et que les critiques n'auront rien à dire. Ne craignez pas que je contredise M. de Meaux, je n'en parlerai jamais que comme de mon maître, et de ses propositions^ comme de la règle de la foi. Je consens qu'il soit victorieux et qu'il m'ait ramené de toute sorte d'égarements ; il n'est pas question de moi, mais de la doctrine qui est à couvert; il n'est pas question de termes que je ne veux employer qu'à son choix, pour ne le point scandaliser, mais seulement du fond des choses où je suis content de ce qu'il me donne. Il paroîtra en toutes choses que je ne parle que son langage et que je n'agis que de concert et par son esprit : sincèrement, je ne veux avoir que déférence et docilité pour lui.

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