DE L'ABBÉ DES MARAIS A MADAME DE MAINTENON
Pourquoi croyez-vous, madame, que vos redditions de compte me donnent une idée de vous bien différente de vous-même? Elles sont, je vous assure, très-bien, je vous y vois suflisamment, vous y marquez sincèrement les difîérenls états de votre âme, et d'ailleurs ne m'avez-vous pas dit assez de choses pour connoltre le fond de votre cœur? Tant que vous continuerez vos redditions, je pourrai de luin comme de près faire, ce me semble, ce que j'ai fait jusqu'ici.
Je comptendsvos ennuis, vos distractions, vos impatiences, mais je les suppose involontaires. N'est-ce pas faire une très- excellente oraison que d'offrir à Dieu l'ennui, l'impatience, le trouble des distractions, et de résister à leur importunité pendant tout le temps prescrit? Celui-là court sans peine, dit l'Imitation, que la douceur de la grâce entraine, il y a bien plus de mérite et de pureté à Dieu sans consolation. Je ne vois pas, dites-vous, la part que je puis avoir à votre exactitude. Quand mon ministère vous sera inutile, et que ce que je vous dirai ne vous fera plus d'impression, je demanderai à Noire-Seigneur qu'il vous en donne un autre.
Que respectez-vous et que craignez-vous dans un prêtre tel que je suis, étant ce que vous êtes? Vous