Manutcriit de» Dames àe SaiM-fisr
respecter le grand prêlre au nom duquel j'agis. Vous cherchez àlui plaire, et si vous ne croyiez pas le trouver par mon moyen, vous m'auriez congédié il y a longtemps. Vous craignez en faisant contre ce que je vous ai prescrit, de faire contre celui qui m'envoie. Nous sommes les ministres de Dieu, dit saint Paul, ses vicaires, ses dispensateurs, et il vous exhorte par notre bouche.
C'est cette autorité du souverain pasteur, c'est le pouvoir de lier et de délier qu'il nous a donné, c'est la puissance qu'il nous a mise en main en nous donnant les clefs du ciel que vous respectez en nous. C'est Jésus-Christ que vous regardez, quand vous vous assujettissez à ce que j'ai réglé avec vous de sa part, et que vous m'en rendez compte.
Il est bon que cela soit ainsi, et ce soflt là les raisons qui m'ont fait faire peu de cas de ces craintes que vous aviez, et que vous m'avez déjà témoignées en pareille rencontre; ou pour mieux dire, voilà pourquoi je me suis réjoui de cette crainte respectueuse que la grâce met dans votre cœur pour un ministre qui n'a rien d'ailleurs de respectable que son caractère.
Continuez, madame, à honorer Jésus-Christ en nous, soumettez-vous aux pasteurs que Dieu vous a donnés, vous qu'il a mise au nombre de ses plus chères brebis, craignez de les affliger par des relâchements. Rendez -leur compte avec humilité, et vous que tout le monde honore, honorez Jésus- Christ dans ses ministres, et découvrez vos imperfections à celui auquel il vous paroîtra qu'il vous aura
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conliée. Les Lrebis entendent la voix du pasteur, elles la suivent. Les enfants craignent et respectent leurs pères; si vous n'étiez devenue un enfant, vous n'auriez jamais pu entrer au royaume de Dieu.
Vous avez lu dans te catéchisme du concile de Trente, que le grand précepte de Dieu d'honorer son pÈre, etc., auquel Dieu a attaché dès celle vie une grande riîcompense, s'étend aux pasteurs, et à ceux qui tiennent leur place, comme étant, au nom de Notre-Seigneur, les véritables pères spirituels de nos âmes. Continuez donc à vous soumettre avec une entière docilité à leur conduite ; comme un enfant de grâce nouvellement né, prenez le lait qu'ils vous présentent. Ne raisonnez point sur leur conduite, tant qu'elle vous paroitra aller h votre sanclifi(;ption. C'est le conseil de saint Pierre, il vent que vous usiez de discernement pour ne pas prendre du poison au lieu de nourriture ; mais il veut un discernement d'enfant qui, à cela près, se contente de ce qu'on lui donne. Comme des enfants nouveau-nés, dit-il, prenez avec ardeur le lait qu'on vous donne. Je sais, madame, combien Dieu a gravé cette docilité dans votre ;œur. Vous vous étiez méconiptée en vous conduisant vous-même, it veut présentement vous sanctifier en vous conduisant par un autre; là est pour vous le chemin de la paix et de la perfection.
Ainsi recevez simplement ce qui vous vient de ce côté-là, leiaîl, le pain des forts; (ont tournera h votre profit comme je l'espère, si vous persévérez dans riiumilité et la docilité de l'enfance chrétienne. Jésus étoit soumis à ses parents, voilà ce que nous
lisons dans TÉvangile, et c'est presque tout ce qui en est marqué jusqu'à trente ans qu'il sortit de chez eux pour annoncer la bonne nouvelle du salut aux hommes.
Pratiquez le reste de vos jours ce que la sagesse môme a bien voulu pratiquer si longtemps pour vous en donner l'exemple. J'ai fait ce que l'on m'a dit : voilà votre décharge au jugement de Dieu.
Je suis ravi de voir croître tous les jours votre bonne volonté : qu'elle se fortifie, qu'elle s'étende de plus en plus. Dieu veijille qu'elle soit bientôt sans bornes et sans aucune mesure I
Au nom de Dieu, madame, ne vous lassez pas de renouveler sans cesse les offres de votre bonne volonté et de votre abandon.
Je vous l'ai déjà dit, vous êtes dans le temps de beaucoup offrir, de désirer beaucoup. Quoiqu'il vous semble que vous ayez peu de chose à faire, celui-là fait beaucoup, qui aime beaucoup, dit l'Imitation, et qui fait bien ce qu'il a à faire. J'espère que Dieu fera pour vous des biens que vous ne connoîtrez que dans Téternilé.
Vous me ferez plaisir de me marquer dans vos redditions ce que vous faites au delà de ce qui vous est prescrit.
Mangez le pain vivant et vivifiant, ne craignez point, il ne se changera pas en poison, il vous changera en lui, et comptez que vous n'avancerez jamais sans ce puissant secours, vous ne deviendrez pas forte sans le pain des forts. C'est l'usage de l'Église de fréquenter le plus souvent cet incomparable sacre-
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ment dans le temps du carême. Mandez-moi simplemeot sur cela vos désirs, ot les jonrs que vous avez libres pour cela; les retours qui viennent en suite de vos communions ne doivent ni vous occuper volontairement, ni vous en détourner. Les subtilités de votre orgueil et les défiyiices i|u'il voua donne do vous-même ne vous troubleront pas, tant que vous vous en tiendrez à la pratique lumible et sûre de l'obéissance; elle vous décidera, rassurera, sancti liera.
Oh! madame, que vous êtes heureuse de praliquer dans votre étal, librement et avec plaisir au milieu du monde, le vœu le plus parfait de la religion!
Aidez, madame, tout simplement tes âmes droites et sincères, sans prendre trop sur vous; ne laissez pas d'écouler celles que votre faveur pourroit peutêtre un peu porter à la piélé, pourvu que vous remarquiez au travers de cette imperfection un vrai dt'sir de salut. L'on ne passe point tout d'un coup aux pratiques pures du renoncement â soi-même. Dieu veut peut-être se servir de votre exemple et de vos conseils à l'égard de celles dont vous m'écrivez, et de beaucoup d'aulres femmes que Dieu veut rendre chrétiennes, et que la bonne odeur de Jésus- Christ altirera par vous. Prêtez-vous à elles quand vous le pourrez, hasardez même quelquefois certaines semences dans des terres ingrates, lorsque l'occasion s'en présentera, pour voir si elle y prendra racine. Un avis, une parole de piêlé, une pratique inspirée à propos, a été souvent le commencement de conversions exemplaires. Vous n'êtes point ii la
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cour pour vous seule; gagnez si vous pouvez madame la princesse de Gonti; puisqu'elle s'avance, i^cevez^lâ : le coup de filet seroit heureux. Vous ne l^vez fournir à tout, et vous devez préférablement au reste souger à vous, au roi et à Saiut-Gyr.
Il me semble, madame, que vous pourriez donner les premiers dimanches du mois à votre paroisse pour la consolation de M. le curé; vous savez cependant mieux que moi si cela est préjudiciable à Saint-Cyr, dont vous êtes chargée.
Vos craintes me rassurent, surtout lorsque je les vois se perdre daas une amoureuse confiance en Notre-Seigneur.
Je comprends tout ce que vous me mandez du danger de Tamour-propre , et de Tascendant que vous avez partout, mais le Seigneur est votre protecteur et votre guide, vous n'en aurez plus d'autre jusqu'à la mort et dans les siècles des siècles.
C'est avec bien de la sincérité et un attachement qui ne finira qu'avec ma vie, que je vous offre, madame, mes trèS"humbles services; vous serez dorénavant un peu plus de mon troupeau qu'au temps passé* Mon zèle ne sauroit augmenter pour votre salut, ^ je prie Dieu qu'il m'en donne toujours autant pour le mien que je m'en sens pour le vôtre. Je vous regarde comme le soutien, non-seulement de Sâint-Gyr, qui est la principale maison du diocèse de Chartres, et qui tient à tout le royaume , mais comme l'appui de Tévéque que vous avez donné à ce diocèse.
Vous serez, comme je l'eq^ère, ma couronne et ma
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joie au jour de l'avènement de Jésus-Christ; je me liens très-fort chargi de TOlre âme, et par là j'espère que Dieu me récompensera si je suis fidèle à vous conduire à lui, et i loi donner en vous la consolation qu'il attend.
3c me servirai de tout, je ne yous écoulerai pas seulement, mais encore le pul)lic, et profilerai de ce qui m'en reviendra pour faire mon devoir auprès de vous, que je prie Dieu de comliler de plus en plus de ses grâces.
Souvenez-vous que vous êtes cendre, es que vous retournerei! dans la poussière dont vous êtes sorlie; portez cesenliment qui convient à la pénitence ; prie^, offrez-vous, attendez les moyens de faire, recevez les morliticjtions de la Providence, pratiquer la charitt?, sauvez les Ames, aimez Dieu sans mesure, abandonnez-vous à lui , ne cessez point de vous humilier intérieurement, communiez avec confiance et épancltemenl; dites tout au grand Pasteur, quoiqu'il sache déjà tout, et qu'il sonde les reins et les cœurs.
Je crois que Saint-Cjr doit entrer par préférence dans vos bonnes oeuvres; Saint-Cyr doit être votre carême, voire mortification, voire mérite, votre sancliâcation, comme j'espère qu'il sera votre couronne dans l'éternité.