‹ Correspondance générale de Madame de Maintenon: publiée pour la première fois sur lesChapitre 232 sur 359 · A M. DE PONTCHARTRAIN · texte numérisé non relu

A M. DE PONTCHARTRAIN

J*ai oublié, monsieur, de vous parler du beaufrère de mon mattre d*hôtel '; je vous demande en cette occasion tout ce qui peut être accordé sans in« justice, car je youdrois pouvoir faire plaisir à un homme qui a plus de mérite que les domestiques ordinaires, et qui me sert avec une affection que je ne puis assez récompenser. J'espère de la force de la vérité que vous verrez tout ce que je pense pour vous, monsieur, sans que je vous le dise souvent^ et que les compliments n'entreront point dans notre commerce.

t . Manuscrits des Dames de Saint-Cyr,

2. Contrôledi* général des finances. « G'étoit un petit hotnme maigre, dit Saint-Simon, avec une ptiysionomie d'où sortoient sans cesse des étincelles de feu et d'esprit... Jamais tant de promptitude h comprendre, tant de légèreté et d'agréments dans la conversation, en même temps tant de facilité et de solidité danâ le travail, tant d'expédition, tant de subtile connoissanee des iiotnknes, ni plus de tour à les prendre. Avec ces qualités, une simplicité éclairée et une sage gaieté qui surnageoient à tout et le rendoierit charmant en riens et en affaires; rempli de piété, de bonté, et J^ajouferat d'équité avant et après les finances, et dans cette gestion même autant qu'elle en pouvoit compter... M. et madame de Pontchhrtrain furent tous deux particulièrement bien avee madame de Maintenon, qui les estimolt ci les ainlôit beaucoup. »

3. Ce mattre d'hôtel était Deltsle, fils de la gouvernante qui avait élevé madame de Mainlenon, chez madame de Villettc.

A MADAME DE MAINTETION [1690],

LETTRE GCXXXVI

Voici la plus curieuse des instructions données par Fénelon d madame de Maiatenon. Elle (Vit probablement écrite à l'époque où l'abbé, voyant cette dame hésiter dans le choit d'un directeur, voulut forcer sa conBance paf un mélange

liabile d'éloges et de vérités. Elle renferme des parties trës' vraies oii son caractère et ses dérauls sont nettement fouillés, mis à nu, touchés au vif, mais aussi des parties étranges, un sentiitieiit d'npposilinii '.i I.oui> XIV quo nom vrrrons (■rlater dans les années Buivanles, te conseil ii madame de ^laintenon de s'occuper peu des affaires, avec àei insinuarions anibitieuscs sur sa capacité, enfin des idées de dévouun pri*ciouse, où l'on sent déjà le défenseur du quiélisme et de madame Giiyon. 11 est probable que celte lettre acheva de déterminer madame de Maintenon à prendre pour directeur le sévère et ennuyeux abbé des Marais.

Lu Beaumelle a publié celle lettre exaclement; il y met cette noie :

« Ces avis sont tirés d'une copie écrite de la main de madame de Maintenon, et intitulée : Sur mes défauts. M. le maréchal de Villeroi, les ayant lus, écrivit h madame de Glapion i Je vous renvoie le pttit livre que «ous m'avez confié : ttvùuex qu'il y a un petit mouvtmcnt de vanité à fuite parler de ses défauts. «

Jf ne puis, madame, vous parler sur vos défauts que douteusenicnl et presque au hasard : vous n'avez jamais agi de aiiile H^ec moi, et je compte pour peu ce que les autres m'ont dit de vohb. Mais n'imporle,

je vous dirai ce que je pense, et Dieu vous en fera faire l'usage qu'il vous plaira.

Vous êtes ingénue et naturelle; de là vient que vous faites irès-bien, sans avoir besoin d'y penser, à l'égard de ceux pour qui vous avez du goût et de l'estime, mais trop froidement, dès que ce goût vous manque. Quand vous êtes sèche, votre sécheresse va assez loin. Je m'imagine qu'il y a dans votre fonds de la promptitude et de la lenteur. Ce qui vous blesse vous blesse vivement.

Vous êtes née avec beaucoup de gloire, c'est-àdire de cette gloire qu'on nomme bonne et bien entendue, mais qui est d'autant plus mauvaise qu'on n'a point de honle de la trouver bonne : on se corrigeroit plus aisément d'une vanité sotte. Il vous reste encore beaucoup de cette gloire sans que vous laperceviez. La sensibilité sur les choses qui lapourroient piquer jusqu'au vif marque combien il s'en faut qu'elle ne soit éteinte. Vous tenez encore à l'estime des honnêtes gens, à l'approbation des gens de bien, au plaisir de soutenir votre prospérité avec modération, enfin à celui de paroître par votre cœur audessus de votre place.

Le moe, dont je vous ai parlé si souvent, est encore une idole que vous n'avez pas brisée. Vous voulez aller à Dieu de tout votre cœur, mais non par la perte du 7noi; au contraire, vous cherchez le moi en Dieu; le goût sensible de la prière et de la présence de Dieu vous soutient; mais si ce goût venoit à vous manquer, l'attachement que vous avez à vousmême et au témoignage de votre propre vertu vous

jetteroil dans une dangereuse épreuve. J'espère que Dieu fera couler le lait le plus doux, jusqu'à ce qu'il veuille vous sevrer et vous nourrir du pain des forts; mais comptez bien certainement que le moindre attachement aux meilleures choses par rapport à vous vous retardera plus que toutes les imperfections que vous pouvez craindre. J'espère que Dieu vous donnera la lumière, pour entendre ceci mieux que je ne l'ai expliqué.

Vous êtes naturellement bonne et disposée à la confiance, peut-être même un peu trop pour les gens de bien dont vous n'avez pas éprouvé assez à fond la prudence. Mais quand vous commencez à vous défier, je m'imagine que votre cœur se serre trop : les personnes ingénues et confiantes sont d'ordinaire ainsi, lorsqu'elles sont contraintes de se défier. Il y a un milieu entre l'excessive confiance qui se livre, et la défiance qui ne sait plus à quoi s'en tenir, lorsqu'elle sent que ce qu'elle croyoit tenir lui échappe. Votre bon esprit vous fera assez voir, que si les honnêtes gens ont des défauts auxquels il ne faut pas se laisser aller aveuglément, ils ont aussi un certain procédé droit et simple, auquel on reconnolt sûrement ce qu'ils sont.

Le caractère de l'honnête homme n'est point douteux et équivoque à qui le sait bien observer dans toutes les circonstances. L'hypocrisie la plus profonde et la mieux déguisée n'atteint jamais jusqu'à la ressemblance de cette vertu ingénue ; mais il faut se souvenir que la vertu la plus ingénue a de petits retours sur soi-même et certaines recher-

ches' de son propre intérêt qu'elle n'aperçoit pas.

Il faut donc éviter également, et de soupçonner les gens de bien éprouvés jusqu'à un certain poiut, et de se livrer à toute leur conduite.

Je vous dis tout ceci, madame, parce que, en la place où vous êtes, on découvre tant de choses in^ dignes et on en entend si souvent d'imaginées par la calomnie^ qu'on ne sait plus que croire. Plus on a d'inclination à aimer la vertu et à s'y confier, plus on est embarrassé et troublé en ces occasions. Il n^y a que le goût de la vérité e1 un certain discernement de la sincère vertu, qui puisse empêcher de tomber dans l'inconvénient d'une défiance universelle, qui seroit un très-grand mal.

J'ai dit, madame, qu'il ne faut se livrer à personne ; je crois pourtant qu'il faut, par principe de christianisme et par sacrifice de sa raison, se soumettre aux conseils d'une seule personne qu'on a choisie pour la conduite spirituelle ; si j'ajoute une seule personne, c'est qu'il me semble qu'on ne doit pas multiplier les directeurs ni en changer sans de grandes raisons; car ces changements ou mélanges produisent une incer* titude et souvent une contrariété dangereuse ^ Tout au moins, on est retardé, au lieu d^avancer, par tous ces différents secours. Il arrive même d'ordinaire que, quand on a tant de différents conseils, on ne suit que le sien propre par la nécessité où l'on se trouve de choisir entre tous ceux que l'on a reçus d'autrui.

" '^ci est une aUaque directe.

Je conviens néanmoins qoe, outre les conseils d'nn sage directeur, on peut en diverses occasions prendre des avis pour les affaires temporelEes, qu'un autre peut voir de plus près que le directeur. Mais je reviensà dire qu'excepté la conduite spirituelle, pour laquelle on se soumet à un bon directeur, pour tout le reste qui est extérieur, on ne se doit livrer à personne.

On croit dans le monde que vous aimez le hien sincèrement; beaucoup de gens ont cru longtemps qu'une bonne gloire vous faisoit prendre ce parti; mais il me semble que tout le public est désabusé et qu'on rend justice à ta pureté de vos motib. On dit pourtant encore, et selon toute apparence avec vérité, que vous êtes sèche et sévère ; qu'il n'est pas permis d'avoir des défauts avec vous, et qu'étant dure à vous-même, vous l'èles aussi aux antres; que quand vous commencez à trouver quelque foible dans les gens que Tous>ivez espéré de trouver parfaits, vous vous en dégoûtez trop vite et que vous poussez trop loin le dégoût'.

S'il est vrai que voua soyez telle qu'on vous dépeint, ce défaut ne vous sera ûli5 que par une longue et profonde élude de vous-même.

Plus vous mourrez ii vous-même par l'abandon total à l'esprit de Dieu, plus voire cœur s'Élargira pour supporter les défauts d'aulrui et pour y com-

1 . Tout cela est f rai ; et la uoiiduila de iiiailimiË de HituleiiUD en\era madame da Urinori, ïtivers luadamc Gujob, envErs le cardinal de NoBllIci, enien Fénalon Inl-intiiie le déuonlrs complé. lamenl.

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