LETTRE CCXXXVIII
NOTE PRÉLIMINAIRE
Dès la campagne précédente, le roi avait décidé qu'avant la fin de l'hiver il chercherait à s'emparer de Mons et qu'il irait lui-même faire le siège de cette ville. C'était une entreprise capitale, depuis longtemps méditée, et par laquelle il voulait compléter son système de frontières : Mons est la place qui tient la trouée de l'Oise, c'est-à-dire la route la plus courte et la plus facile pour pénétrer sur Paris. (Voir les Frontières de la France^ p. 78.) Louvois fit les apprêts du siège pendant l'hiver, avec le plus grand secret, et dès le 26 février il envoya à Boufflers les instructions les plus détaillées pour que la place fût inopinément investie. Le 43 mars, le roi déclara qu'il prendrait le commandement de son armée, ayant sous lui le Dauphin et six lieutenants généraux.
Madame de Maintenon qui, depuis la grande opération, s'alarmait aisément sur la santé du roi, fut affligée de celte résolution et se retira à Sainl-Cyr, où elle demeura pendant tout le temps du siège. Quelques jours avant son départ, le roi vint lui dire adieu et la recommanda aux Dames de
A MADAME IIE MAINTËBON (1694). 277
Saint-Cyr en leur disant ; « Je vous laisse ce que j'ai de plus clier'. s II partit le 17 mars.
Madame de Haintenon reçut, pendant cette absence, de nombreuses lettres du roi, qui lui faisait part de tous les détails du siège; elle les garda jusqu'en J713, oii elle les brûla. C'est ce que nous apprend madame de Glapion dans une note autographe que nous avons déjà citée : ■ Madame de Maintenon a brûlé toutes les lettres qu'elle avoit du roi, surtout en grand nombre pendant la campagne de Hons : ce fut une perte irréparable que tout ce qu'elle mit au feu en l'année 1713; mais elle ne vouloit pas le laisser après elle. »
Le 16 mars, veille du départ du roi pour le siège de Mons, madame de Montespan mit fin elle-même au triste personnage qu'elle avait depuis douze ans.
Voici comment le marquis de Sourches raconte cet évë- Dément :
« La marquise de Montespan, voyant que le roi menoit avec lui son fils, le comte de Toulouse, et qu'il retiroit de ses mains mademoiselle de Blois, sa fille, pour la confier aux soins do la marquisc.de Montcbevreuil, elle en conçut un si terrible chagrin qu'il lui fit oublier toutes les sages résolutiens qu'elle avoit prises de ne donner au roi aucun préiesle de se défaire d'elle, et dans le premier mouvement elle envoya chercher l'évêque de Meaux et le pria d'aller dire au roi de sa part que, puisqu'il lui ôlait ses enfants, elle voyoit bien qu'il n'avoit plus aucunn considération pour elle et qu'elle le prioit de trouver bon qu'elle se retirât à sa maison de Saint-Josepli à Paris. Le prélat auroit peut-dire bien voulu n'être point chargé d'une semblable commission ; mais il ne put s'en défendre, et aussitôt qu'il s'en fut acquitté, le roi lui répondit avec joie qu'il donnoît à la mar- «juise de Monliispau la permission qu'elle demande ît, et surle-champ disposa de son iipparlement dans le château de
1 , :l/u'/(ime de Maiiilenoii ci In maUoii rnijult ih Saint-Cyr,
278 CORRESPONDANGB GÉNÉRALi::.
Ywsailles en'favear du duc du Maine, et donna celui du duc du Maine à mademoiselle de Blois. »
Dangeau confirme ces dëtate : « Le 15 mars, dii->il, madame de Monteapaa, qui depuis quelques jeun est à Saintrioseph, a fait dire au roi> par M. de Meaux^ que la résolution cpi'elle prenoit étoit un parli de retraite pour tou— jours. Elle demeurera la mwtié de Tannée à Fontevrault et l'autre moitié à Saint-Joseph^. »
À roccaskm du siège de Mons^ oiadame de Maintenon reçut de nombreuses lettres de plusieurs personnes, de l'évoque de Chartres, de Tabbé Gobelin, etc. En voici une d'un personnage qn'elle a constamment protégé, et qui aujourd'hui n'est guère connu que par une anecdote de niadame de Gayltts que nous avons déjà citée (voir 1. 1, p. S7).