LETTRE CCCXL
Au camp de Vlgnamont, ce 10 août 1694.
Je ne doute pas que le retardement du courrier Tie vous ait causé de l'inquiétude dans la situation
]« Autographe de la bibliothèque du Louvre. ~ Publié par la Société des Bibliopliiles, en 1822.
2. Le roi écrivait au Daupliin, le 28 juillet 1694 : « J'ai fait vos compliments à madame de Maintenon, qui vous en remercie. Ce que je puis vous dire > c'est qu'elle étoit encore plus inquiète que moi sur les apparences que les armées s'approchoient les unes des autres. » (Lettres historiques et militairesy t. Vlll, p. 448.)
3. Autographe de la bibliothèque du Louvre, — Publié par la Société des Bibliophiles, en 1822.
OÙ étoient les affaires. Sur ce que vous me parlez du prince d'Orange, je vous assure que personne dans cette armée ne le craint; il n'y a pas un soldat ni un cavalier qui ne croie le battre, si l'occasion s'en présente. Ils se ressouviennent de toutes les campagnes passées. Je puis vous assurer que quelque envie que j'aie d'acquérir de la gloire, je ne hasarderai rien mal à propos et sans espérance d'y réussir. Je ne serai pas fâché, quand les affaires de ce pays-ci auront pris un train où l'on verra certainement qu'il n'y aura rien à faire, de me retrouver auprès du roi. Je me flatte que le roi est content de ma conduite, puisque vous ne me mandez rien, car vous savez la parole que vous m'avez donnée sur laquelle je me fie fort, sachant l'intérêt que vous prenez à ce qui me regarde. Je n'ai plus rien à vous mander pour aujourd'hui. Je vous prie seulement d'être bien persuadée que vous n'aurez jamais un meilleur ami que moi.
1. On Ut dans le Jeumal de Dangeau, t. V, p. 55 : « Monseigneur est toujours dans son camp de Vignamont; il n'a plus de fourrages en deçà de la Meuse ; mais au delà de la Meuse, il y a encore de quoi en faire trois. Outre cela on fera Tenir par la rivière trois cent mille rations de Namur, et l'on a douie mille sacs d'avoine; ainsi Ton croit que M. le prince d'Orange sera obligé de décamper le premier, d'autant plus que sa cavalerie est réduite à la pâture. »
LETTRE CCCXLI
LE DAUPfflN A MADAME DE MAIJSTENON K
Au camp de Bossu, le 25 août 1694.
Je suis persuadée que vous ne serez pas fâchée d'apprendre que par les marches diligentes que nous avons faites, nous avons commencé à troubler le dessein des ennemis et leur empêcher le passage de l'Escaut^. Comme vous saurez par la lettre que j'ai écrite au roi tout ce qui s'est passé, il est inutile que je vous le mande. J'espère m'étre mis en état de m'opposer à tout ce qu'ils pourroient faire et sans bataille quérir, quoique j'eusse été bien aise pour mon intérêt propre d'en donner une où j'eusse pu acquérir un peu de gloire. Je suis ravi que cela se soit passé ainsi. Je me flatte que le roi sera content de nous et que le prince d'Orange sera bien décrédité parmi les alliés, car il vint bouquer hier vilai-
1 . Autographe de la bibliothèque du Louvre. — Publié par la Société des bibliophiles, en 1822.
2. Une lettre écrite par Golbert de Saint-Pouanges à M. de Barbezieux, datée du camp de Bossu le 24 août 1694, à neuf heures du soir, contient plus de développements : « Monseigneur est arrivé ce matin à neuf heures, où peu de temps après s'y être rendu, la tête de l'armée des ennemis a paru de l'autre côté de l'Escaut. Monseigneur, qui étoit suivi de la maison du roi et de l'aile gauche..., s'est avancé dans la plaine où Ton a mis toutes les troupes en bataille et suivant l'ordre qu'elles doivent camper. Les ennemis ont été fort surpris de trouver l'armée du roi aussi avancée dans le pays. » {Lettres historiques, t. Vlli, p. 479.) Cette marche célèbre dans notre histoire militaire a fait beaucoup d'honneur au maréchal de Luxembourg. (Voyez les Mémoires de Feuquières, t. II, p. 317.) — Note de Monmerqué,
418 GOBBESrONPANGS GÉNÉBÀifi,
nement, et je suis persuadé qu'il fut bien surpris et bien mortifié en même temps de me trouver en bataille vis-à-vis du lieu où il vouloit faire ses ponts. On ne sauroit assez se louer de la bonne volonté des troupes et des ofSciers; car dans la marche que nous venons de faire, il n'y en a pas eu un qui ait soufiQé et qui n'ait en autant d*envie que moi d'arriver ici. Je vous prie de me croire entièrement à vous.
LETTRE CCCXLII
Aa camp de Gourtrai, ce 2 septembre 1694.
Yous prenez assez de part à ce qui regarde le duc du Maine pour que je vous assure de la joie que j'ai de la charge que le roi vient de lui donner^. Nous sommes toujours ici dans Tinquiétude du parti que les ennemis prendront. Je ne crois pas pourtant qu'ils puissent nous faire grand mal, et que le prince d'Orange puisse faire quelque chose qui réponde au bruit qu'il a répandu, qui étoit déjà dans la Gazette de Hollande, Cela étant, j'espère pouvoir me rendre bientôt à la cour, et je vous assurerai moi-même que personne n'est plus à vous que moi,
1. Autographe de la bibliothèque du Louvre* «- PubUé par la Société des Biblopiiiles, en 1822.
2. Le duc du Maine venait d'être pourvu de la charge dd grand maître de l'artillerie, vacante par la mort du maréchal d'Humicres.
A M. I-'ÉVÊQCE DE CHALONS (1694). 449
LETTRE CCCXLIII
NOTE PRÉLIMINAIRE
Nous avons dit que les évêques et les docteurs que madame de Maintenon avait consultés sur madame Guyon s'étaient unanimement prononcés contre ses doctrines. Alors Farchevêque de Paris s*était emparé avec beaucoup de zèle de cette affaire, et il s'était hâté de condamner la nouvelle spiritualité. Mais madame Guyon restait en correspondance avec Saint-Gyr et y entretenait la division ; les duchesses de Beauvilliers, de Chevreuse et de Mortemart prenaient hautement cette persécutée sous leur protection ; enfin révoque de Châlons trouvait que Bossuet mettait trop d'ardeur contre elle, et madame de Maintenon avait gardé toute son affection pour cette femme séduisante « qui parlait si bien de Dieu. »
Fénelon, blessé du discrédit que la disgrâce de madame Guyon faisait retomber sur lui-môme, demanda que les livres de cette dame fussent soumis à un examen. Bossuet, l'évêque de Châlons, et Tronson, supérieur de Saint-Sulpice, furent nommés à cet effet : ils se réunirent à Issy et y tinrent pendant huit mois des conférences. Fénelon y fut admis.
Madame de Maintenon essaya plusieurs fois d'étouffer cette affaire, dans l'intérêt de madame Guyon, qui n'en pouvait sortir qu'avec une réfutation ou une condamnation de ses doctrines.