LETTRE XLIX
A M. L'ABBÉ GOBELIN K
Ce i7janTier 1686.
Prenez garde, je vous conjure, au choix de vos quatre ou six professes^; et après cela, établissez qu'on ne fasse plus rien sans leur avis^ Faites-leur voir en particulier l'intérêt qu'elles doivent prendre au bien de leur maison, et que ce ne sera pas une excuse devant Dieu de dire qu'elles ont reçu celle-ci ou celle-là par complaisance pourmadame de Brinon ou pour madame de Maintenon. Je ne leur demande rien là-dessus, et elles refuseroient ma sœur que je n'y trouverois rien à dire; mais en leur inspirant la force de ne rien ménager, il faut leur faire voir l'importance du secret; car si on sait tout ce qu'elles auront fait, l'union sera troublée tôt ou tard; il faut
I • Mantucriit des Dames de Saint-Cyr,
2. On avait choisi, parmi les demoiselles de Noisy, douze per- «miles pour se préparer par un noTiciat à fonder la communauté de Sainl-Gyr. Quatre d'entre elles, après neuf mois d'épreuyes, firent profession, et furent regardées comme les mères de rétablissement. (Voir /a Maison royale de Saint-Cyr^ p. 70.)
leur faire connoître l'usage et la liberté des fèves blanches ou noires ^ Quand je vous dis ces choses-là^ vous me répondez toujours qu'il n'est pas encore temps; mais on ne peut instruire trop tôt. Vous ne parlez pas encore assez en particulier à ces filles-là ; il faut qu'elles prennent de la confiance en vous. Je ne crois point qu'il faille recevoir aucune converse à profession qu'au bout de deux ans de noviciat. On ne peut aimer^ ni trop estimer, ni trop considérer madame de Brinon ; mais il faut être en garde contre ses premières vues : elle en revient après, avec la douceur d'un mouton, mais il faut retenir les premières démarches.
Accoutumez-vous^ à ne pas montrer mes lettres, à m'écrire avec liberté et à la donner à vos filles, pour qu'elles parlent librement à madame de Brinon , à vous et à moi; nous avons tes mêmes intentions, et trois personnes voient plus clair qu'une seule.