PREFACE
Les lecteurs de ce volume verront combien nous cherchons à améliorer une publication qui ne pouvait être parfaite du premier coup. Ils verront aussi, d'après les lettres publiées et les notes qui les accompagnent, les modifications que nous avons dû faire subir au texte de certaines lettres données par le comte d'Antioche ou jadis par le comte de Marcellus.
Il est à présumer que nous sommes encore loin de posséder le texte définitif, c'est-à-dire le vrai texte, des lettres de Chateaubriand. Peu à peu les corrections se feront ; nous n'avons, pour l'instant, qu^à nous contenter du provisoire. Le plus important est de continuer à faire appel à la bienveillance des amis de la littérature pour qu'ils tâchent de rendre aussi complète que possible la collection des lettres du grand écrivain.
L'intérêt exceptionnel du supplément de ce troisième volume est la publication des lettres adressées par Chateaubriand à sa sœur la comtesse de Marigny ; elles sont inédites et importantes pour l'histoire intime du grand écrivain. M. le comte de Durfort-Chateaubriand, propriétaire du château
de Gomboiirg, avait toujours refusé communication de ces documents. Mon éditeur, M. Honoré Champion, aidé par M. Desjoyaux et par le comte de Laborde, a pu prendre lui-même copie, dans un séjour à Combourg, de ces inestimables billets ; ils comprennent tous combien je leur suis reconnaissant. M. le comte de Villèle a bien voulu mettre à notre disposition ses archives de famille. M. le marquis de La Ferronays nous a communiqué les lettres écrites à son aïeul, qui fut ambassadeur à Saint-Pétersbourg pendant le ministère de Chateaubriand. Les châtelains de Maucreux nous ont continué leur bienveillance, c'est grâce à eux que se classe peu à peu la véritable correspondance avec la duchesse de Duras. M. Egger nous donne toujours ses précieux avis. Je remercie également MM. Eugène Ritter, Baldensperger, d'Estournelles de Constant, Rudler, Guilhiermo et Henry Dartigue pour leurs communications.
On verra de quelle utilité m'ont été les documents conservés aux Archives de notre Ministère des Affaires étrangères. Je remercie Monsieur le Ministre et le Comité de surveillance de l'autorisation qu'ils m'ont donnée d'y travailler, et MM. les Conservateurs de leur sollicitude constante.
Combien de travaux encore pour que cette correspondance comprenne la majeure partie des lettres écrites par notre auteur! M. Frédéric Masson, dans un article très sévère pour Chateaubriand, a émis une idée curieuse et qui mérite que l'on s'y arrête : M. Masson pense que, dans les archives notariales, doit se trouver la trace des innombrables affaires d'argent auxquelles l'illustre écrivain fut mêlé. Il y a, en effet, de ce côté beaucoup de points obscurs, comme
la faillite du libraire Nicole Poiitis, où Chateaubriand perdit pas mal d'argent ; on serait peut-être moins sëvère pour ce grand bourreau d'argent si l'on savait tout sur cette matière ; et je souhaite que des ërudits veuillent bien essayer de compléter par des recherches minutieuses les détails d'une vie si vaste, et en somme si mal connue.
L'iconographie de Chateaubriand aura aussi gagné à cette publication de sa Correspondance. Nous avons obtenu de ^£me dg Durfort-Chateaubriand, que nous ne saurions trop remercier, communication d'une curieuse miniature inédite représentant M'^^^ de Marigny, sœur de Chateaubriand, et qu'on trouvera en tête de ce volume. Des mêmes archives de Combourg, nous tirerons pour un prochain volume un portrait de l'auteur d'Atala^ que nous reproduirons pour la première fois.
J'achevais l'impression de ce volume, lorsque mon éditeur, M. Honoré Champion, est mort brusquement, en plein travail. La veille encore, il m'écrivait pour me signaler une piste sur laquelle il venait de se lancer pour compléter cet ouvrage auquel il s'intéressait tant. Personne autant que moi ne sait ce que je perds avec ce collaborateur précieux, à la mémoire duquel je tiens à rendre ici un dernier hommage.
6SS \'' avril 1822.
Au vicomte de Montmorency.
Paris, le i'^' avril 1822.
Monsieur le Vicomte, J'ai reçu avec les instructions signées du Roi les lettres de S. M. qui m'accréditent en qualité d'Ambassadeur près de S. M. Britannique et la copie de ces lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser. Les lettres de rappel de M. le Duc de Gazes n'étant point jointes au paquet, je les attendrai à Londres. J'ai l'honneur d'être avec une haute considération. Monsieur le Vicomte,
votre très humble et très obéissant serviteur.
Chateaubriand.
Je reçois à l'instant. Monsieur le Vicomte, les lettres de rappel de M*" le Duc de Gazes, et je vous en remercie. ^
A M. le Vicomte de Montmorency ^ Ministre des Affaires Etrangères, etc. -
639 [l^'- avril! 822.]
A Madame Récamier.
Ne vous désolez pas, mon bel ange. Je vous aime, et vous aimerai toujours. Je ne changerai jamais. Je vous écrirai ; je reviendrai vite et quand vous l'ordonnerez. Tout cela sera de courte durée. Et puis, je serai à vous à jamais ! Bonsoir. J'écrirai de Calais après demain. ^