Archives de Gombourg
y trouver. J'aime la solitude à la folie et très certainement si je n'avais pas de liens je ne sortirais plus de la vallée que pour aller à Ussé. Si vous saviez ce que c'est que Paris ! Ce qu'il est devenu depuis votre départ î ( )uel progrès ! C'est bien véritablement un désert pour vous et pour moi.
Je n'ai encore vu personne. J'apprendrai beaucoup de choses à en juger par les journaux. Je ferai le vendredi saint le voyage. Je le ferai en pensant à vous. Aujourd'hui ce n'est pas Moïse qui me force à vous quitter. C'est un rhumatisme si violent qui me traverse le dos et la poitrine, que je puis à peine me tenir autrement que courbé en deux comme Démodocus. Écrivez-moi, chère sœur bien aimée. Je vous écrirai, et croyez que personne au monde ne vous aime plus tendrement que votre frère.
Paris, jeudi soir 18 mars. *
^i7^ 9 [juin 1813].
A la duchesse de Duras.
Je reste à La Vallée, chère sœur, je comptais sur quelque argent que je n'ai pas reçu et le voyage est devenu impossible . Cela est fâcheux pour mes intérêts, car j'aurais fait une très bonne affaire, mais la fortune ne veut pas de moi, ni moi de la fortune ; ainsi je suis tout consolé. Je ne sais ce que je vais faire ici ; je ne suis guère en train de travailler, pas plus de voir personne ; je vais avaler de l'ennui comme depuis trois mois, il paraît qu'on n'en meurt pas. Je ne sais ce qui m'est arrivé depuis quelque temps, mais je suis las de tout et surtout de moimême plus que je ne puis dire ; peut-être que cela passera et certainement au moins je passerai ; de sorte qu'il ne faut pas trop s'inquiéter. Vous, chère sœur, vous êtes triomphante, heu-
1. D'après l'original autographe. — Archives du château de Maucreux. Correspondance de Chateaubriand . T. III. 22
reuse dans votre beavi château ! Les petits chagrins que je vous ai donnés bien innocemment, ne peuvent être durables, puisque je n'ai jamais cessé un instant de vous aimer. La part que je prends à votre bonheur est la seule douce chose qui me reste et que je sente à tous les moments de ma vie, et sur laquelle l'ennui ne puisse rien. J'espère que vous reconnaitrez un jour la sincérité et la solidité de mon attachement et que vous vous en voudrez d'avoir contribué à augmenter mes peines par vos injustices. Bonjour, chère sœur. Ecrivez moi à la Vallée.
Mercredi 9. *
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A M. de Bergier.
Le 13 juin 1814.
Je vous réponds un mot, mon cher ami, par la main de notre bon géant. Si l'on songe k moi, vous pouvez compter que je penserai à vous, et même sans cela ; mais tandis que je serai oublié, mes démarches seraient infructueuses. On dit qu'il faut que j'attende jusqu'à la S^ Louis. Patience donc, n'avons-nous pas déjà attendu durant vingt-cinq ans ! Vous savez que tout me plaît du Roi, même la constitution. Bonjour, mon cher ami, courage et patience : pour mon amitié, elle ne vous manquera pas.
Je vous embrasse DE Chateaubriand. ^
Monsieur Monsieur du Bergier à Vhotel de la recette générale à Rouen Seine inférieure. ^
1. D'après l'original autographe. — Archives du château de Maucreux^
2. Les dernières lignes et la signature sont seules de la main de Chateaubriand.