‹ Correspondance générale (volume 2)Chapitre 146 sur 149 · Bruel op. cit., p · texte numérisé non relu

Bruel op. cit., p

^W^ [l"- septembre I822.j

Au roi Louis XVIII.

Sire,

J'arrive de mon second pélerina^i^e à la Terre Sainte. Parti de Londres, jeudi 2Î) août à 10 h. du matin, je suis arrivé à Hart- 'vv'^ell à deux heures. Après avoir traversé le parc, ma voiture s'est arrêtée à la porte du Château, du côté de la façade du Nord. J'ai mis pied à terre ; j'ai sonné ; une femme très Ap^ée est venue m'ouvrir : je lui ai expliqué le but de mon voyage ; elle est allée consulter son maître qui a donné l'ordre de me laisser entrer.

J'ai parcouru avec mon guide les divers appartemens. On y voyait à peine, car le tems était sombre et les volets étaient à moitié fermés ; on n'entendait aucun bruit. Le propriétaire de la maison. Sir John Lee, souffrant et peut-être importuné de ma visite, s'était caché. Votre chambre, Sire, s'est changée en un cabinet d'études, orné du portrait de Votre Majesté. La chambre de S. A. R. Madame et celle de M^'"" le Duc d'Angoulême, sont abandonnées. Celle où la Reine rendit le dernier soupir est devenue une espèce de salon dhiver. Je me souvins des paroles que cette auguste Princesse adressa à Votre Majesté et que j'ai lues dans une lettre de Madame de Damas: Je ne cesserai de demander à Dieu que les malheurs du Roi finissent et quil le comble de gloire et de bonheur. Elle dit aussi à M^*" le Duc de Berrv : // ny a que Dieu; il n'y a que la Religion ; il ny a que le Ciel. Cette Reine de France, mourant sur la terre étrangère, ne sembla-t-elle pas. Sire, prédire par ses deuils et ses leçons la double destinée qui fait aujourd'hui notre joie et notre douleur?

Des enfansque je n'ai point vus et qui avaient sans doute fui, comme Sir John, ont leurs petits lits dressés dans les divers appartemens qu'occupaient les nobles et fidèles serviteurs de Votre Majesté. Les meubles du Château ont été renouvelés : quelques vieux fauteuils, des portraits de famille de différents

siècles et ces statues de bois, qui décorent si bizarrement l'escalier du vestibule, sont tout ce qui reste du tems de l'exil du Roi.

Longa tibi exsilia, et vastum maris sequor arandum, Et terram hesperiam venies !

Le nom de Votre Majesté n'est g-ravé nulle part ; mais j'ai remarqué une fleur de lys sculptée sur la porte extérieure du château : cette inscription dit tout, et elle est magnifique.

Le parc est aussi négligé que le manoir : l'herbe croît dans les sentiers, les fabriques tombent ; la petite église d'un très bon goût demi-gothique, qui servait autrefois de paroisse au village, est presque cachée par les vieux mélèzes qui Tombragent. H n'y a que les arbres que le tems ait embellis à Hartwell : c'est sous ces arbres, Sire, que vos sujets opprimés sont venus vous chercher, pour retrouver le juge du bois de Vincennes.

Sire, vous êtes assis sur un des premiers trônes du monde ; vous avez rendu la paix à l'Europe, le bonheur à la France ; votre règne se lie aux plus grands événemens des tems modernes ; vous possédez tout ce qui fait vivre un Prince dans l'avenir, grandeur de la race, lumière de l'esprit, générosité du cœur, modération dans la prospérité, dignité dans l'infortune: eh bien! Sire, tout cela est à peu près ignoré à Hartw^ell : les témoins de vos adversités ont disparu ; une vieille femme, étrangère aux lieux immortalisés par votre présence, répète seulement aux voyageurs quelques traditions défigurées. Elle ne vous a jamais vu, elle ne vous connoit que sous le nom du Roi ; et tandis que vous gouvernez avec éclat trente millions d'hommes, elle parle de vous comme d'un Monarque des temps passés auquel elle attache une idée confuse de gloire, de vertu et de malheur.

Si la Providence me réserve encore quelques années et que je puisse achever des travaux depuis longtemps commencés, ce Pèlerinage à Hartw^ellne sera pas perdu pour moi, lorsque j'écrirai le Règne de Louis le Désiré. L'esprit philosophique a trop retranché aujourd'hui de ces détails qui font le charme des vies

de Plutarque et qu'il n'est pas impossible, avec un peu d'art, de faire entrer dans l'ensemble du tableau. Vous savez. Sire, l'histoire de France comme on sait celle de sa famille. Mon ouvrage serait plus digne de Votre Majesté, si elle permettait quelquefois de l'entretenir de mes recherches et de m'éclairer de ses lumières. Je suis avec le plus profond respect, Sire

De Votre Majesté Le très humble, très obéissant, très dévoué et très fidèle serviteur et sujet

ClIATEAUimiAND. ^

835^ [\'' octobre 1822.|

A la duchesse de Duras.

7 heures, mardi.

J'allais vous écrire. J'ai trouvé en rentrant chez moi un billet de Villèle qui me disait de passer chez lui. Il m'a appris que les Rois seraient le 15 à Vérone, que Mathieu écrivait qu'il fallait me faire partir et qu'enfin je devais me préparer. Je pars donc samedi. Je porte les instructions et les pleins pouvoirs. Le duc de Wellington va à Vérone, et par conséquent Mathieu y va aussi. Il n'y passera que huit à dix jours et m'y laissera. Ainsi tout est pour le mieux. Villèle était fort gai ; je l'ai conduit dans ma voiture chez le garde des sceaux. A demain. ^

1. D'après la copie conservée par M™* de Duras. — Archives d'Ussé.

2. Pailhès La duchesse dé Duras, p. 217. — Collalionné sur l'original autographe. — Archives de Chastellux.

839^ 7 octobre [1822].

A la duchesse de Duras.

Dijon, lundi matin, 7 octobre.

Me voilà passant à Dijon, demain à Genève, jeudi soir ou vendredi matin à Milan. Je vais vite et reviendrai encore plus vite. Le ciel y est trop beau et les souvenirs trop comme Olivier pour la politique. Je vous écrirai de Genève. ^

SSO'^ 8 octobre [1822].

A la duchesse de Duras.

Genève, mardi soir, 8 octobre.

Je suis venu ici sans m'arrêter. Je tombe de sommeil et de fatigue. Je vais me coucher pour partir demain à quatre heures. Je ne sais ce que je vous dis. Je tiens ma parole et voilà tout ce que je puis. Je serai dimanche à Milan et je vous écrirai. A vous 1^

84i^ 12 octobre 1822.

A la duchesse de Duras.

Milan, samedi matin, 12 octobre 1822.

J'ai vu le Simplon, les îles Borromées, l'enfer et le ciel, et tout cela m'a été à peu près indifférent. Pourtant les arbres

1. Pailhès La duchesse de Duras, p. 217. — Colla tionné sur roriginal autographe. — Archives de Chastellux.

2. Pailhès La duchesse de Duras, p. 217, — Collationné sur roriginal autographe. — Archives de Chastellux.

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qui ont toutes leurs iVuilles, cette belle lumière, ce heuu soleil, m'ont fait souvenir du temps où l'Italie était quelque chose pour moi. Je vous en apporterai la preuve.' On dit ici que le (Congrès sera de courte durée; tant mieux : mais en attendant, toute la terre sera à \'érone.et nous y serons suivis. Hoissy, mon attaché, m'a. arrêté la moitié d'un palais- à très bon marché, pour moi, votre «cendre et un autre secrétaire, et ce bon marché est i.OOO francs par mois. 11 y a des palais loués iri.OOO î Dieu sait quelle besog^ne nous ferons pour notre arj^^ent ! Je couche ici et pars demain pour Vérone. J'y arriverai tout juste avec les ministres, et ving^t-(juatre heures iivant les Empereurs. Je vous écrirai de Vérone. J'ai trouvé ici la comtesse Tolstoy et llumboldt. J'ai voyaj^é entre le roi de Prusse qui me précédait, et ses fils qui me suivaient. -^

^/t> 1") octobre 1822.

A la duchesse de Duras.

Vérone, ce mardi, l^î octobre 1822.

Je suis arrivé hier; j'ai trouvé ma maison toute montée et votre gendre établi chez moi : j'ai été dans la joie. Nous avons dîné ensemble et causé politique toute la soirée, au coin du feu, dans notre palais. On ne peut être plus raisonnable et mieux voir que lui. La plupart des ministres sont arrivés ; les Rois et les Empereurs arrivent aujourd'hui. Le Congrès, à ce (ju'il paraît, sera fort court, et j'espère vous revoir dans six semaines. Hyacinthe se porte tout à fait bien. Il n'a été soulfrant qu'un ou deux jours, et aucune rechute n'est à craindre. Mathieu n'est pas

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