Casa Lorenzi
3. Pailhès La duchesse de Duras, p. 218. — Collatioiiné sur l'original autographe. — Archives de Chastellux.
Correspondance de Chateaubriand. T . III. 24
ici; il arrive aujourd'hui. Il m'a écrit quatre lettres fort amicales. Je n'ai encore vu personne que le comte de BernstorlT et mes bons amis les Prussiens. J'irai faire ma visite ce matin au prince Metternich. Ecrivez-moi.
L'empereur Alexandre, si on en croit le bruit public, paraît avoir renoncé à son voyage d'Italie. ^
843^ 18 octobre 1822.
A la duchesse de Duras.
Vérone, le 18 octobre 1822.
Je vous ai écrit en arrivant ici. Je n'ai rien à vous dire de nouveau. J'ai dîné hier chez le prince Metternich. Je dois voir demain les Empereurs et les Rois, On dit toujours que dans un mois tout sera fini. Chacun est pressé de s'en aller. Mathieu parle de nous quitter dans huit ou dix jours, mais je pense qu'il restera jusqu'à la fin du Congrès. On s'ennuie beaucoup ici. Votre gendre est ma seule consolation, et vous ne sauriez croire combien je suis heureux de l'avoir chez moi. Il court, il m'apporte des nouvelles, il voit tout le monde et est parfaitement estimé et accueilli. Ce qui m'afflige, c'est que l'Italie ne me fait rien. Je ne suis plus qu'un vieux voyageur qui ai besoin de mon gîte et puis de ma fosse. Quand on a âge de Congrès, tout est fini. C'est un courrier anglais qui part ce matin, qui vous porte ce petit mot. Je ne sais rien de Paris : jugez si j'ai envie de recevoir de vos nouvelles. -
1. Faillies La duchesffe de Duras, p. 218. — Collationné sur l'orig'inal autographe. — Archives de Chastellux.
2. Pailhès La duchesse de Duras, p. 218-9. — Collationné sur roriginal autographe. — Archives de Chastellux.
— 37i — 843^ 20 octobre 1822.
A la duchesse de Duras.
Vérone, 20 octobre 1822.
J'pi reçu vos deux lettres, l'une du douze et l'autre du quinze. Comme j'écris par la poste, je ne puis vous dire qu'un mot, réservant les détails pour le courrier que nous enverrons ces jours-ci. Vous aurez la lettre à mon beau-frère. Je vous ai mandé mille éloges de votre gendre, et je vous les répète. Ne grognez pas de ces quatre lignes, c'est tout ce que je puis faire aujourd'hui.
Hyacinthe, qui allait à merveille, a tant fait d'imprudences qu'il a pris un rhume ; mais c'est peu de chose, pourvu qu'il se ménage. '
844'^ 23 octobre 1822.
A la duchesse de Duras.
Vérone, ce 25 octobre 1822.
J'ai reçu toutes vos lettres en y comprenant celle du 18, qui m'est arrivée hier. Nous savions la défaite des Royalistes, mais nous n'y croyions pas, du moins pour le moment, car du reste nous comptons peu sur le succès. J'ai vu tous les Rois, princes et princesses. L'empereur d'Autriche est excellent, et l'empereur de Russie, comme de coutume, généreux, noble et admirable pour nous. Il m'a parlé hier de la France avec une élévation de sentiments, une délicatesse qui me mettaient les larmes aux yeux. Tout ce que je puis vous dire, c'est que notre position est bonne, que nous n'avons rien à craindre de qui que ce soit au monde, et que tout me fait espérer que nous sortirons de ce Congrès avec honneur pour nous, et sûreté pour notre pays.
1. Pailhès La duchesse de Duras, p. 219. — Collationné sur l'original autographe. — Archives de Chastellux.
Je ne puis vous dire si je plais à ces Rois et à leurs ministres. On ne sait jamais ce que les autres pensent de vous. Je suis arrivé ici sans soutien. Tout était armé contre moi. J'ai vu des gens qui me souriaient et qui auraient voulu m'étouffer. On avait évidemment travaillé à faire naître contre moi des préventions de toutes les sortes. Je me suis contenté d'être poli, de me promener au soleil, de peu parler, de répondre quand on m'a interrogé, ne recherchant ni ne fuyant personne. J'ai eu des conversations sérieuses avec le prince Metternich, M. Gentz, le comte de Bernstorff, M. de Nesselrode, et même Pozzo.
« Je suis bien aise, m'a dit l'empereur de Russie, que vous,„ « particulièrement, soyiez venu ici. On gagne à se voir mutuelle- « ment. Vous connaîtrez par vous-même ce que c'est que 1'^/- « liance. Bien des gens la calomnient ; et vous pourrez dire (( qu'elle est fondée sur les motifs les plus désintéressés et les (( plus purs. »
Ce Congrès sera pour moi une rude épreuve, et le chef-d'œuvre de ma conduite politique serait d'y avoir détruit tout ce que la haine et l'envie ont amassé contre moi de calomnies depuis huit ans. Je ne m'en flatte pas, mais j'aurai déjà beaucoup gagné si j'ai forcé l'inimitié à l'estime et si les intrigues viennent échouer contre mon peu de savoir-faire et ma droiture naturelle.
M. de Montmorency partira vraisemblablement dans huit ou dix jours, lorsque l'on commencera à parler des affaires d'Italie. Je ne tarderai guère à le suivre, car le Congrès ne peut guère s'étendre au delà du mois de novembre. La bonne comtesse Tolstoï est arrivée hier et elle me sera d'un grand secours : au moins, je ne serai pas seul. Nous avons ici la Vice-Reine d'Italie (la princesse de Carignan) qui est une des plus charmantes et en même temps une des plus belles femmes que j'aie jamais vues.
Je suis toujours charmé de votre gendre. Voilà la lettre pour mon beau-frère. Hyacinthe n'est pas bien ; mais c'est sa faute.*
1. Pailhès La duchesse de Duras, p. 219-20. — Collationné sur l'original autographe. — Archives de Chastellux.
S4o'^ 29 octobre 1822.
A la duchesse de Duras.
Vérone, ce 29 octobre 1822.
J'ai revu votre lettre du 21. Nous aurez reçu ma lettre de Milan le 22 ou le 23, et mes lettres de Vérone successivement. J'ai remis à Humboldt, qui arrive de Vienne avec son Roi, vos deux lettres. Je vous remercie de votre exactitude à m'écrire. Vous devez être contente de la mienne. Je ne puis vous mander ce qui se passe ici, car je n'en sais rien. Il n y a point de conférences générales, et je crois qu'il n y [en] aura point. M. de Montmorency finira à lui tout seul TalTaire d'Espagne, après quoi il s'en ira, et ce qui restera à traiter sera si étranger à la France qu'on aura raison de nous laisser dans le loisir dont nous jouissons. Le jour, on se promène parle plus beau soleil du monde, le soir, on se réunit chez la comtesse Liéven. Le prince Metternich fait les frais de la conversation générale avec beaucoup de grâce : on se couche, on dort, on se lève et on recommence. Je regrette l'argent du Roi que je mange ici bien inutilement pour son service, et M. le Premier, dont au reste je ne me séparerai jamais, ferait bien de m'autoriser à revenir.
Je suis toujours charmé de votre gendre. Nous attendons le jeune Delalot en courrier demain ou après-demain; quand il sera arrivé et qu'il m'aura apporté une lettre de vous, j'irai faire une course à Mantoue, à cause de Virgile. J'ai toujours oublié de vous parler de la mort de Ganova. Le Pape a pensé mourir et n'est pas bien encore. Le roi de Prusse, qui revient de Venise, part pour Rome mardi, 5 novembre. L'empereur de Russie est le plus généreux, le plus chevaleresque prince du monde. La bonne comtesse Tolstoï est ici. Alexandre est venu la voir, seul, à pied, et a passé deux heures avec elle. Elle doit repartir pour Paris dans dix à douze jours. Voilà un bon bulletin, vous devez être satisfaite. Hyacinthe est tantôt bien, tantôt mal ; on ne sait ce qu'il
a ; et les médecins sont si mauvais, qu'il ne faut rien espérer d'eux, mais tout de la nature. ^
846^ 31 octobre 1822.
A la duchesse de Duras.
Vérone, jeudi soir, 31 octobre 1822.
J'ai reçu votre lettre du 23. Je vous ai écrit le 29 par un courrier anglais. Depuis ma lettre, les choses ont un peu changé. Il y a ce soir même une première séance du Congrès à laquelle j'assisterai. Il j sera question de l'Espagne. Nous avons déjà des notes des hauts alliés très favorables à la France. Le prince Metternich m'a fait dire d'un autre côté qu'il désirait avoir une conversation particulière avec moi. Quand M. de Montmorency sera parti, et il doit partir dans huit jours, il est probable que les affaires se rapprocheront de moi. Je vois des symptômes de changement. On commence à avoir moins peur de ma réputation, et les préventions, si longtemps entretenues par mes amis, peu à peu se dissipent. Au reste, le Congrès très certainement finira dans le mois prochain, à moins de quelque événement du côté de l'Espagne.
Je vous quitte pour écrire une longue lettre à Villèle et j'ai à peine le temps, car il faut que je m'habille ensuite pour la séance du Congrès. Je suis toujours charmé de Henry ; je crains pour Hyacinthe. Le duc de Fitz- James m'a envoyé son fils qui m'est tombé ici hier au soir avec Delalot. Ce sont deux francs étourdis ; ils s'ennuiront ici à mourir. Je vais les envoyer voir Venise. Votre histoire de l'Infirmerie est très amusante. ^
1. Pailhès La duchesse de Duras, p. 220-1. — GoUationiié sur l'original autographe. — Archives de Ghastellux.
2. Pailhès La duchesse de Duras, p. 222. — Collationné sur l'original autographe. — Archives de Ghastellux.
848^ n novembre 1822.
À la duchesse de Duras.
Vérone, ce 5 novembre 1822.
Ah î si vous ne régnez, vous vous plaignez toujours !
Vous régnez pourtant, et cela ne vous empêche pas de vous plaindre : voilà vos jugements : Je n'ai pas reçu un seul 'mot de ,^me B[écaniier] ; quant à cette pauvre femme qui était à l'Infirmerie, vous ignorez que la supérieure est sa cousine : vous devriez mourir de honte. L'aventure de B. ' ne me frappe pas autant que vous : il va s'en aller en Provence, il reviendra, et l'empire de l'habitude est bien puissant. Ce sera du moins une crainte de tous les jours pour Villèle.
Ici nous nous ennuyons à mourir. Nous ne ferons pas grand chose. Je crois que M. de Montmorency pourra partir à la fin de la semaine. La principale affaire sera terminée. Le roi de Prusse et Humboldt sont partis cette nuit pour Rome. Aujourd'hui l'empereur d'Autriche donne un bal pour la fête de l'Impératrice. Cette princesse est très distinguée par son esprit et ses connaissances.
Voulez-vous savoir ma vie ? Je me lève à 7 heures et demie, je déjeune à 8 et demie avec Hyacinthe ; à 10 je m'habille. Mathieu m'envoie chercher, ou je vais chez lui parler des affaires ; à midi je rends ou je fais quelques visites ; à trois heures, je vais me promener seul ; à cinq, je dîne avec mes jeunes gens ; à neuf, je me couche, s'il n'y a pas congrès chez M. de Mettternich. On ne voit ni princes, ni Empereurs. Chacun vit à part de son côté. Le roi de Naples, à qui j'ai eu l'honneur de faire ma