‹ Correspondance générale (volume 2)Chapitre 18 sur 149 · Sirejean · texte numérisé non relu

Sirejean

2. Souvenirs. . . Récamier, t. I, p. 395-6. — Herriot, II, 112.

Correspondance de Chateaubriand. T. III.

689 3 mai 1822.

A la duchesse de Duras.

3 mai 1822.

Je vous écris sur votre papier, mais je l'étremie mal car je suis très souffrant aujourd'hui. Les veillées et le travail qui est considérable m'ont successivement fatigué, et il faut bien d'ailleurs payer le tribut au climat. Mes dernières lettres sont si longues que je me console un peu de la brièveté de celle-ci. Votre lettre d'hier n'est pas bonne. Je ne tracasse point jVillèle, mais j'ai dû au moment des élections faire un effort pour les Royalistes et ne pas laisser périr Villèle sans au moins l'avertir du danger. Quant au Congrès, qui est la chose principale pour moi, Villèle ne peut y avoir des répugnances. Il ne pourrait s'inquiéter que de mon envie d'entrer au ministère, et en vérité je suis bien loin d'avoir cette envie, j'aime mille fois mieux rester ambassadeur à Londres, avec des congés tous les ans à l'époque où l'on ne fait plus rien dans le pays, c'est-à-dire entre les sessions du Parlement.

Dans ce moment je ne suis occupé que de ce qui vous trouble. J'espère encore que cette publication n'aura pas lieu, et je suis encore certain qu'à prix d'argent on peut du moins obtenir le retranchement de la lettre ou du paragraphe qui vous regarde. Je doute que Saigner soit l'éditeur de l'ouvrage. Je soupçonnais plutôt Saint Victor, O'Mahoni et quelques ultras de cette force, mais encore plus Dentu tout seul, et dans ce cas le succès du retranchement de la lettre est certain pour de l'argent. J'ai écrit cela à Bertin. Je vous quitte, j'ai mal à la tête horriblement. Garaman est parti ce matin pour Paris, il vous parlera de moi, je l'ai traité le mieux que j'ai pu, je désire qu'il soit content.

Ne dites à personne que je souffre. M^ de Chateaubriand accourrait comme une folle. Demain je serai guéri. *

1. D'après l'original autographe. — Archives du château de Maucreux.

0)90 G mai 1822.

Au marquis de Londonderry.

Portland Place, le G mai 1822.

Milord,

J'ai l'honneur de transmettre ci-joint à Votre Excellence une requête que j'ai reçue de M. le Chevalier de Ladébat qui réclame, <iu nom de son frère, des sommes qui lui sont encore dues par le Gouvernement de Sa Majesté Britannique.

Vous devez vous rappeler, Milord, que, dans l'année 1818, la Trésorerie liquida une partie de la dette dont M. de Ladébat réclame aujourd'hui le payement entier. Des difficultés pécuniaires l'obligèrent alors à donner une quittance qu'on exigea de lui ; il paraîtra donc peut-être au premier coup d'œil que cette nouvelle réclamation n'est pas fondée en droit, mais c'est à l'équité et à la loyauté bien connues du Gouvernement anglais •que s'adresse aujourd'hui M. de Ladébat. C'est aussi sous ce point de vue que j'ai l'honneur de vous recommander sa requête -et de vous prier de vouloir bien l'examiner avec tout l'intérêt •qu'elle mérite.

J'ai l'honneur d'être avec la plus haute considération, Milord, -de Votre Excellence, le très humble et très dévoué serviteur.

Chateaubriand.

A S. E. M. le marquis de Londonderry . ^

1. Foreign-Office, France, 281. — Comte d'Antioche Chateaubriand ■ambassadeur à Londres, p. 400.

69i 7 mai 1822.

Au vicomte de Montmorency.

\'^ Division Londres, le 7 Mai 1822..

Politique N«21

Monsieur le Vicomte, Votre dépêche N^ 6, du 2 de ce mois, m'a donné sur l'état des négociations à Vienne des détails dont je vous remercie infiniment ; j'en connaissais déjà une partie par le prince Esterhazy, mais il y a toujours dans les différentes versions des nuances^ qu'il est utile de rapprocher.

J'ai à vous rendre compte maintenant d'une conversation très importante que j'ai eue avec le marquis de Londonderry. Nous nous étions rencontrés samedi 4, à l'Académie Royale où j'avais dîné entre le duc de Wellington et lord Liverpool qui me parla? du roi mon maître et de la famille royale de France dans le langage de l'admiration. Lord Londonderry me dit quelques mots de politique, et finit par me donner rendez-vous chez lui Dimanches, à midi.

Notre conversation, qui a duré deux heures, a roulé d'abordî sur les affaires d'Orient. Lord Londonderry m'a paru croire à la paix. 11 prétend que les négociations sont reprises à Constantinople ; que d'un autre côté, l'Empereur de Russie n'ayant pas rompu brusquement sur la nouvelle du rejet de Vultimatum, on peut espérer d'heureux résultats pour l'Europe. 11 croit encore qu'Alexandre a calculé les chances de la guerre et qu'il sait qu'il n'est pas si aisé de rejeter en Asie 4 millions de musulmans^ Lord Londonderry instruit par moi qu'en cas de guerre nous retirerions notre ambassadeur de Constantinople, sous certaines clauses et réserves, m'a dit que nous faisions bien, puisque notre ministère pouvait toujours se mettre à l'abri derrière la prérogative royale ; mais, qu'en Angleterre, les ministres étant obligés.

de rendre compte de tout au Parlement, ils ne pourraient jamais défendre par de bonnes raisons une mesure aussi hasardée que celle du rappel d'un ambassadeur.

Cette matière épuisée je suis revenu, Monsieur le Vicomte, sur quelques affaires et spécialement sur la querelle des pécheurs de Granville et de Jersey : je vous rends compte par ce courriei-, dans une lettre particulière, de ce que lord Londonderry m'a dit à ce sujet.

Enfin nous avons parlé des colonies espagnoles, et c'est ici la partie essentielle de notre entretien, puisque Lord Londonderry m'a chargé d'ouvrir avec vous, sur cet objet d'un si haut intérêt, une espèce de négociation. Voici l'enchaînement de ses raisons •et la suite de ses idées :

« Deux choses sont à distinguer dans la position des colonies « espagnoles relativement à l'Angleterre et à la France : ces deux « choses sont ce qui touche aux intérêts commerciaux et ce qui <( touche aux intérêts politiques.

-J(( Quant aux intérêts commerciaux, la France et l'Angleterre •n ne peuvent pas raisonnablement fermer à des populations indus- « trieuses de nouvelles sources de richesses, parce qu'il plaît aux •« Cortès d'Espagne de déclarer qu'elles retiennent ce qu'elles ne « peuvent pas retenir. Ainsi les souverains de la France et de « l'Angleterre doivent permettre le commerce entre leurs sujets « et les habitants des colonies espagnoles. Ils doivent même éta- 'X blir, dans ces colonies, pour la sûreté des négociants français et •« anglais, des agents qui seront, non des délégués du gouverne- « ment, mais des espèces d'envoyés du commerce.

« Quant à l'intérêt politique, lord Londonderry suppose que ■n les personnes qui dirigent aujourd'hui les affaires de France, « n'ont aucune envie de voir se multiplier les gouvernements révo- « lutionnaires. Le Ministère de S[a] Mfajesté] B[ritannique] n'aime •« pas davantage ces gouvernements et ne les reconnaîtra que le (( plus tard possible ; mais pourtant il arrivera un moment où l'on « ne pourra plus reculer, et c'est ce moment qu'il faut prévoir.

« Lord Londonderrj prétend qu'il a refusé tout ce que FEspag-ne « d'un côté et les colonies espagnoles de l'autre, ont proposé « d'avantageux au commerce anglais, afin de déterminer le cabinet « de Saint- James à prendre en main la cause de la métropole « contre les colonies, ou des colonies contre la métropole : il (( demande que la France veuille bien agir de concert avec l'An- « gleterre en tout ce qui regarde la question commerciale et poliu tique des colonies espagnoles. Enfin, il propose d'ouvrir, entre « les deux gouvernements français et anglais, une négociation. « franche et loyale sur les mesures à suivre dans la circonstance (( présente. Sir Charles Stuart a fait à M. Zea une réponse évasive « en le renvoyant à la cour de Londres. M. Zea demande mainte- « nant à venir traiter en Angleterre. Lord Londonderry ne lui « répondra que lorsque vous aurez répondu vous-même. Monsieur « le vicomte, aux propositions que je vous transmets aujourd'hui. ».

J'ignore s'il y a au fond de ces propositions quelque pensée cachée : le gouvernement anglais, ne se trouvant peut-être pas. en mesure de nous devancer, aurait-il l'intention de retarder notre marche par une proposition incidente ? Se croirait-il plus fort avecnous pour lutter contre l'esprit d'entreprise des Etats-Unis? Plus, je vois le marquis de Londonderry, plus je lui trouve de finesse: c'est un homme plein de ressources, qui ne dit jamais qvie ce qu'il veut dire. On serait quelquefois tenté de le croire bonhomme ; il a dans la voix, le rire, le regard, quelque chose de M. Pozzo di Borgo, et ce n'est pas précisément la confiance qu'il inspire. Je le crois pourtant sincère dans cette occasion ; et nos difficultés à nous-mêmes sont si grandes sur la question des colonies espagnoles,, qu'il me semble que nous avons un grand intérêt à agir de con-^ cert avec l'Angleterre. Une négociation de cette nature nous protège contre les attaques de notre opposition, accroît l'importance et la force de notre ministère, nous meta l'abri des remontrances ou des menaces du gouvernement espagnol, et nous fait gagner du temps.

Je penserais donc, Monsieur le vicomte, sauf meilleur avis^

que votre réponse doit être amicale. Il serait même utile que la dépêche fût conçue de sorte qu'elle pût être mise sous les yeux de lord Londonderry ; mais si le Conseil se détermine à traiter, il faut qu'il se souvienne du point dont on est forcé de partir. L'Angleterre a déjà permis le commerce avec les colonies espagnoles et ouvert ses ports aux vaisseaux de ces colonies. Lord Londonderry ne m'a pas caché, comme vous l'avez su, qu'il enverrait dans ces mêmes colonies des agents commerciaux : cette partie de la question est donc déjà jugée. Si j'avais un conseil à donner, je n'hésiterais pas, Monsieur le vicomte, à vous dire que la France doit se hâter aussi d'admettre la liberté du commerce avec les colonies espagnoles. L'Angleterre vous en a donné l'exemple et les événements vous y forceront. Cette base une fois établie, il deviendra facile d'ouvrir des négociations avec lord Londonderry. Sa prétention est que le commerce de la France et celui de l'Angleterre soient traités, dans les colonies espagnoles, sur le pied de la plus parfaite égalité : point d'objections graves à cet égard, car si quelques marchandises anglaises ont plus de cours que les nôtres dans les colonies espagnoles, quelques-unes des nôtres, à leur tour, ont un plus grand débit que les marchandises anglaises &^.

Quant à la partie politique ou à la reconnaissance des gouvernements de fait^ lord Londonderry prétend (et je le crois) que le gouvernement anglais n'a pas plus d'envie que la France de voir se multiplier les constitutions démocratiques. C'est ici, Monsieur le Vicomte, que nous avons un immense avantage à nous entendre avec l'Angleterre.

Le gouvernement espagnol, en prenant un parti sur ses colonies, aplanirait bien des difficultés. Si l'Europe est obligée de reconnaître les gouvernements de fait en Amérique, toute sa politique doit tendre à faire naître des monarchies dans le Nouveciu- Monde, au lieu de ces républiques qui nous enverront leurs principes avec les produits de leur sol.

En lisant cette dépêche. Monsieur le Vicomte, vous éprouve-

rez sans doute comme moi un mouvement de satisfaction. C'est avoir déjà fait un grand pas en politique que d'avoir forcé l'Ang-leterre à vouloir s'associer avec nous dans des intérêts sur lesquels elle n'eût pas daigné nous consulter il y a six mois. Je me félicite, en bon Français, de tout ce qui tend à replacer notre patrie à ce haut rang qu'elle doit occuper parmi les nations étrangères.

J'ai l'honneur d'être avec une haute considération, Monsieur le Vicomte,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

GHATEAUBR1A^D. ^

p. -S. Lord Londonderry a été obligé dans le dernier Comité du Parlement de retirer la première résolution de son projet pour le soulagement de V agriculture . Il est fâcheux d'accoutumer l'opposition à ces petits triomphes. La misère est à son comble dans les provinces méridionales de l'Irlande.

Ch.2

A Son Excellence, Monsieur le V^^ de Montmorency. ^

692 7 mai 1822.

A Madame Réçamier.

7 mai 1822.

On attend demain, ici, M. de Broglie et M. de Staël. Ils me donneront de vos nouvelles. Je vous en prie, soyez un peu discrète avec Adrien. Vous n'avez pas d'idée des lettres que m'écrit M'"^ de D ^

1 et 2. La sig-natureet le paraphe seuls sont autographes.

3. Le comte d'Antioche Chateaubriand ambassadeur à Londres, p. 263-8, a publié incomplètement cette lettre. — Affaires étrangères, Angleterre, 615, f° 204.

Page 1