‹ Correspondance générale (volume 2)Chapitre 23 sur 149 · mai · texte numérisé non relu

mai

Au vicomte de Montmorency.

l'*" Division Londres, le 14 mai 1822.

Politique

Monsieur le Vicomte,

J'ai l'honneur de répondre aujourd'hui même par deux lettres particulières aux deux principaux articles de votre dépêche du 9, N«8.

Je n'ai appris que par les journaux anglais de ce matin les élections d'arrondissement de Paris. Je vois avec plaisir que les petits collèges ont nommé deux Royalistes, et que M. de la Panouze est au nombre des élus. Gela passera ici pour une victoire, et je ne manquerai pas de le faire valoir.

Les incendies dans tous nos départements ont beaucoup inquiété ; les ministres anglais avec lesquels j'en causais, il y a deux jours, pensent qu'une proclamation du Roi promettant une forte récompense à quiconque aurait dénoncé les coupables, aurait un effet certain; ce moyen réussit toujours en Angleterre.

1. D'après l'original autographe. — Archives du château de Maucreux.

Rien de nouveau de TOrient : on croit à la guerre.

J'ai l'honneur d'être avec une haute considération,

Monsieur le Vicomte,

Votre très humble et très obéissant serviteur, Chateaubriand. ^ .4 Son Excellence, Monsieur le vicomte de Montmorency . ^

698 14 mai [1822].

A Madame Récamier.

14 mai.

Voulez-vous aussi me faire maudire les courriers ? Toutes les lettres que je reçois de Paris sont des plaintes ; tandis que je reçois parmi les étrangers un bon accueil que je n'ai recherché que pour mes amis de France. Ces amis semblent d'accord pour me désoler. Les amis politiques m'écrivent des fureurs, et veulent que je quitte tout pour les sauver. M'"*' de Duras est à moitié folle à cause de vous. M'"*' de Ch.-^ grogne, et voilà que vous vous mettez à gémir. Allons, il ne me reste plus qu'à me noyer.

C'est pourtant dommage. Je commençais à être en pleine fortune. J'ai donné hier mon premier dîner diplomatique avec plein succès. Le 26, le duc de York vient dîner chez moi, et le Roi en meurt d'envie. Les jalousies diplomatiques l'empêchent seules de venir, et peut-être passera-t-il par dessus. Je calcule cette faveur croissante avec plaisir, parce que tout ce qui m'élève me rend nécessaire, et qu'en devenant nécessaire, j'ai une chance plus prochaine de nous revoir. Vous ne méritez pas tous ces calculs, puisque vous grondez aussi. Au nom du ciel, ne vous mettez pas dans la foule. Songez à Chantilly et écrivez-moi de manière à me consoler. ^

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