‹ Correspondance générale (volume 2)Chapitre 24 sur 149 · M™« de Chateaubriand · texte numérisé non relu

M™« de Chateaubriand

4. Souvenirs. . . Récamier, t. I, p. 398-9. — Ilerriot, II, 112.

€99 1'^ mai 1822.

A la duchesse de Duras.

Je vous assure que j'en suis venu au point de trembler à l'arrivée de chaque courrier. Je ne reçois pas une lettre de Paris, qui ne soit des lamentations. Votre dernière lettre comble la mesure. Vous reprenez votre ragot, et pourquoi? Que vous ai-je fait? Rien de plus cruel et de plus odieux. Vous devriez sentir au moins que de pareilles injustices en me bouleversant tous les jours m'empêchent de faire ce que je devrais pour me maintenir ici, que vous me faites perdre en un instant le fruit de tous mes efforts. J'étais en très bon train, je réussissais au delà de mes espérances, et par ce succès je me voyais plus près de vous. Bien que mon crédit augmente, la nécessité de me rappeler devenait plus grande. Enfin vous ne voulez pas, soit ! Ecrivez comme il vous plaira. Quant à moi je n^écrirai plus si vous continuez à être aussi rude et aussi injuste. Je vous ai répondu sur l'Abbave aux Bois. Je n'ai rien à vous dire. Cela fait pitié.

limai 1822.1

700 17 mai 1822.

Au vicomte de Montmorency.

1'^ Division Londres, ce 17 mai 1822.

Politique N« 23

Le courrier d'hier m'a apporté votre dépêche politique N** 9, votre dépêche Cabinet N** 13, votre lettre sur les déprédations des pêcheurs anglais et celle sur l'affaire du navire Elisa-Ann.

J'aurai l'honneur de répondre en détail par le courrier prochain

1. D'après roriginal autographe. — Archives du château de Maucreux.

à ces dépêches et à ces lettres. Je dois vous faire observer ici que le courrier qui part le lundi soir de Paris, arrivant à Londres le jeudi matin, et étant réexpédié le vendredi soir, ne me laisse que vingt-quatre heures de libre ; quand les dépêches exigent que je m'adresse au gouvernement, je n'ai pas le temps de joindre les ministres dans l'intervalle qui s'écoule entre l'arrivée et le départ du courrier, surtout à présent qu'ils sont entièrement occupés par des discussions parlementaires.

Lord Londonderry a remporté hier une victoire relativement au traitement des ambassadeurs. Il avait fait entendre qu'il se retirerait s'il était battu sur ce point. Je n'en croyais rien, et c'est pourquoi je ne vous avais point parlé de ces propos qui n'avaient d'autre but que d'effrayer le parti des country-gentlemen.

Nos élections font grande sensation ici. Le triomphe de notre ministère paraît certain, et vous sentez. Monsieur le Vicomte, que je ne laisse pas de faire remarquer ce qu'il y a d'avantageux dans telle ou telle nomination .

Nous vivons au milieu des bals et des fêtes. Ce soir, je vais à Govent-Garden dans la loge du duc d'York, et j'espère offrir mon respect à S. M. Britannique. Le 26, le duc d'York a daigné accepter un dîner chez moi ; le Roi serait fort tenté de me faire le même honneur, mais il craint les jalousies diplomatiques.

M. le Duc de Broglie et M. de Staël sont venus me voir en arrivant à Londres, et je les ai invités à dîner pour mercredi prochain. M. d'Argenson n'a pas laissé son nom à l'ambassade, M. d'Haussonville est ici.

M. le Duc de Goigny part aujourd'hui pour la France ; il y sera suivi par Sir & Lady Dalrymple Hamilton dont il épouse la fille. Je n'ai eu qu'à me louer de son bon esprit et de sa politesse.

J'ai l'honneur d'être avec une haute considération. Monsieur le Vicomte,

Votre très humble et très obéissant serviteur, Ghateaubria>d. ^

i. La signature et les paraphes sont seuls autographes. .

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