Affaires étrangères. — Angleterre, 615, f
bli dans deux mois que tous mes prédécesseurs on sept ans. Me -voici donc fort content, mais enfin je sens que mon intérêt •s'alfaiblit, et maintenant il faudra que je fasse beaucoup d'eiforts ^u moins pour aller jusqu'au bout ; j irai pourtant.
Nous touchons à un ^rand moment, la décision de la guerre «t de la paix et l'ouverture de nos chambres. 11 y a quelques heures de paix ; et malgré toute menace, je crois que là session :sera courte et la majorité ministérielle assurée et forte.
Si vous m'aviez écrit je vous aurais conté une soirée d'artistes <[ue j'ai donnée hier et où se trouvaient Horace et Carie Vernet, M'**' Gatalani, M""* Leverd, Lafont et sa femme, Machelez ; c'était une soirée de garçons, je n'avais que les ambassadeurs d'Autriche, •de Prusse et de Naples. Jamais il ne s'est trouvé tant de talens •divers réunis, M"^ Leverd a déclamé des scènes du Misanthrope et •de TartulTe, M^^ Gatalani a chanté, Lafont et Machelez ont joué •du violon et du piano, si nous avions eu des crayons nous aurions fait dessiner les Vernet. Vous savez comme ceux-ci sont mau- A^ais d'opinions. J'avais toujours peur qu'ils ne se prissent de -querelle avec M"^ Leverd, qui est une enragée royaliste. Tout •s'est passé à merveille, et les Vernet qui partent samedi iront •compter lés louanges de TAmbassadeur ultra aux libéraux. Les journaux anglais sont bien mauvais, quoique trop « justes » pour le pauvre M. de Richelieu. J'espère une lettre de vous demain. Si ■elle est bonne, je vous écrirai bien. ^
7/5 30 mai 1822.
Au marquis -de Londonderry.
Le soussigné, Ambassadeur de Sa Majesté Très Chrétienne, :s'empresse de faire connaitre à Monsieur le marquis de London- 'derry un fait récent dont sa Cour vient de l'instruire, en lui
1. D'après Toriginal auto>,^raplie. — Archives du château de Maucreux.
prescrivant d'en faire l'objet de représentations pressantes visà-vis du Gouvernement anglais :
Suivant un rapport adressé au Gouvernement de Sa Majesté Très Chrétienne, il paraitrait que, le 22 du mois dernier, le cutter Louis, attaché au port de Dieppe et monté par des préposés de la Douane, aurait été arrêté par une corvette portant pavillon anglais, dont il aurait été contraint de subir la visite. Le fait serait d'autant plus grave que, s'étant passé à une demi-lieue des côtes de France, il constituerait une violation de territoire.
Le soussigné espère que Lord Londonderry voudra bien faireprendre auprès de l'Amirauté des informations sur ces faits, sur le nom de la corvette, et sur celui de l'officier qui se serait permis cet acte arbitraire. Il prie en même temps Son Excellence de vouloir bien donner des ordres, et prendre des mesurescontre des infractions qui blesseraient également l'esprit de justice dont les deux Gouvernemens sont animés.
Le soussigné saisit cette occasion pour renouveler à Monsieur le marquis de Londonderry les assurances de sa haute considération.
Chateaubriand.
m Portland Place, 30 mai 1822.
A Son Excellence, Monsieur le marquis de Londonderry, etcj
716 31 mai 1822.
Au marquis de Londonderry.
Londres, le 31 mai 1822.
Milord, J'ai reçu de M. le vicomte de Montmorency, et j'ai l'honneur de transmettre ci-joint à Votre Excellence, copie d'une pétition
1. Foreign-Office, France, 281. — Comte d'Antioche Chateaubriand ambassadeur à Londres, p. 402-3.
adressée au ministre de la Marine par M. \'ictor Dupuis, de Saint- Valery-en-Caux.
Cet armateur réclame contre la saisie par les douanes anglaises du bateau le Saint- Jacques, destiné à faire la pèche de la raie •dans la baie de Torbay. La circonstance qui, d'après son exposé, aurait donné lieu à cette mesure, paraît être le sauvetage opéré par le Saint-Jacques de quelques barils d'eau-de-vie et de genièvre, trouvés à bord au moment de son arrestation. La réclamation de M. Dupuis a été appuyée auprès du Gouvernement français par plusieurs membres de la Chambre des députés qui connaissent la probité du réclamant.
Je vous prie, Milord, de vouloir bien vous faire rendre compte lie cette aifaire dont les circonstances, si elles sont telles qu'elles sont rapportées dans le Mémoire ci-joint, doivent garantir au propriétaire la remise de son bateau. Si elle devait éprouver quelque délai, Votre Excellence jugera sans doute convenable d'ordonner, en attendant, la mise en liberté des quatorze marins français qui sont retenus en prison et qui auraient, suivant le pétitionnaire, éprouvé de fort mauvais traitements.
J'ai l'honneur d'être avec une très haute considération, Milord, de Votre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur.
Chateaubriand.
A S. E. M. le marquis de Londonderry, etc.^ etc., etc. ^
1. Foreign-Office, France, 281 — Comte d'Antioche Chateaubriand ambassadeur à Londres, p. 404-5.
7/7 31 mai 1822.
Au vicomte de Montmorency.
V'" Division Londres, le 31 mai 1822.
Politique
J'ai reçu la dépêche N^ 12, que vous m'avez fait l'honneur dem'adresser. Je ne donnerai copie du passage de votre dépêche- N^ 9, que dans le cas où lord Londonderry croirait à propos de me la redemander.
J'ai pris des informations sur M. d'Oliveira; on n'a pu me rient dire de nouveau touchant ce ministre. Il est venu dîner chez moi avec les autres membres du corps diplomatique, et je l'ai rencontré chez lord Londonderry. Il paraît homme fin et adroit ; il est instruit et libéral comme toute la classe des médecins modernes ; il proteste de son dévouement à son Roi, et ce qu'on voit de ce personnage n'a rien de trop exalté en politique.
Nous sommes toujours dans la même stérilité de nouvelles ; nous savons ce que vous savez de Gonstantinople et de Pétersbourg ; rien de plus. Le Morning Chronicle, d'après le Constitutionnel, est à la guerre ; le Times, d'après l'Observateur autrichien, est à la paix. Le Parlement a repris ses travaux. La discussion à la Chambre des Pairs du Bill pour l'admission des Pairs catholiques est remise au 21 de juin. Plusieurs personnes pensent même que le ministère tâchera de faire renvoyer la question à une autre session.
L'on ne s'occupe guère dans ce moment, que des intérêts, commerciaux. Il s'agit d'ouvrir des négociations avec la Columbia, le Mexique et le Pérou pour l'admission des marchandisesespagnoles, avec les Etats-Unis pour les Iles Britanniques des. Indes occidentales, et avec la Chine pour finir la querelle survenue à Lentin : si la guerre éclate en Orient, on en fera une
affaire mercantile. Les démêlés de la Russie et des Américains pour la traite avec les sauvages au nord de la Californie ne font de bruit jusqu'à présent que dans les journaux. Le (Congrès a reconnu l'indépendance des colonies espagnoles, malgré la protestation du ministre d'Espagne.
On parle beaucoup de la détresse des paysans irlandais et on danse pour les soulager; hier, nous avons eu à cet effet, un grand al paré à l'Opéra que le Roi a honoré de sa présence. Il m'a accueilli avec sa bonté accoutumée : m'ayant rencontré en passant dans un corridor, il m'a demandé ce que je faisais là ; il m'a dit qu'il m'avait cherché, qu'il ne m'avait pas vu, et, me prenant par la main, il m'a conduit dans sa loge.
En général, on est un peu fatigué des fêtes ; les ambassadeurs surtout, qui n'attendent que le moment pour s'en aller en congé, sont impatients de la prolongation de la session. Le prince Esterhazy doit partir pour Vienne avec sa femme dans la première quinzaine de juin. Il espère être appelé au Congrès, soit à Florence, soit à Vienne.
M. Rothschild, que j'ai trouvé hier au bal, m'a annoncé qu'ayant terminé avec son frère l'emprunt russe de 23 millions de roubles, il partait demain pour Paris. Si cet emprunt n'était pas si modique, il pourrait faire croire à la guerre.
J'ai l'honneur d'être avec une haute considération, Monsieur le Vicomte,
Votre très humble et très obéissant serviteur Chateaubriand. ^
A Son Excellence Monsieur le Vicomte de Montmorency. -