‹ Correspondance générale (volume 2)Chapitre 31 sur 149 · Affaires étrangères. — Angleterre, 615, f · texte numérisé non relu

Affaires étrangères. — Angleterre, 615, f

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gauche est modéré, il fera sans doute du mal ; mais pour qu'il se tienne, il faut que le ministère ne fasse rien pour la droite, et alors il en résulte un double mal, modération du centre «gauche et exaspération fondée de la droite. Le plus sûr est de marcher avec ses amis. Je n'approuve nullement le choix de Frayssinous et je l'ai écrit sans ménagement à Mathieu. La France n'en est pas encore là pour l'opinion, et on mécontente Delalot, or Delalot est une puissance dans la Chambre, et une division dans la droite perdrait tout, mais soyez sûre que Villèlc est heureux, il triomphera de tout par son étoile, ce sera lent, car il a de petites jambes ; la seule chose à craindre c'est qu'il n'arrive 2i heures trop tard, mais il arrivera.

Je ne sais pas comment vous ne vous êtes pas aperçue que je suis très superstitieux en politique. Je ne vous avais pas parlé du congrès, parce que je m'étais mis dans la tête que si j'en parlais l'affaire manquerait. Je n'avais donc confié mon plan qu'à deux personnes, à Villèle et à Hermann. Villèle m'a promis^ et Hermann me seconde de tous ses vœux. Une circonstance favorable, c'est que le Prince Esterhazy, ambassadeur d'Autriche à Londres, va au congrès. Je puis faire valoir le précédent. Mais j'aurai contre moi Mathieu, à cause d'Adrien, qui aura sans doute la prétention d'aller bégayer aux souverains ce qu'il ne sait pas. J'aurai ensuite Garaman, LaBourdonnaye, Blacas qui se trouveront sur mon chemin, enfin comme il plaira à Dieu ! Apparemment que je ne vois pas de très haut la mort de Richelieu, car je persiste à croire qu'elle n'a fait aucun mal : m'offrir pour ancre de salut M. de Richelieu en cas d'événement, en vérité j'aime autant le naufrage. J'ai tous vos paquets pour Léontine : je serai pour le duc de Mouchy comme pour tous les Français, ils ne se plaignent pas de moi.

J'ai encore vu le Roi la nuit dernière, au bal, il a été à merveille pour moi, il m'a pris par la main et comme il disait par le collet pour me mener dans sa loge. Vos journaux n'ont point encore répété ce que M. Canning a dit de moi dans un discours

public ; cela pourtant m'aurait été fort utile ; mais peut êtrerontils fait à présent. Voilà pourtant une longue lettre ; et je n^ai pas dormi deux heures cette nuit. Allons, ne grondez plus, consentez à être la meilleure et la plus aimée de mes amies. ^

7W 3 juin 1822.2

Au marquis de Londonderry.

C'est avec beaucoup de regret que le soussigné, Ambassadeur de Sa Majesté Très Chrétienne près Sa Majesté Britannique, se voit forcé d'appeller de nouveau l'attention du marquis de Londonderry sur les déprédations commises par les pêcheurs de Jersey, sur les bancs d'huîtres de Granville. De nouveaux faits dont il vient d'acquérir les preuves authentiques, le mettent aujourd'hui dans le cas de solliciter avec instance les mesures les plus propres à prévenir la violation d'un droit dont la possession immémoriale n'admit jamais aucune incertitude.

Le soussigné croit inutile de reproduire, à l'appui de sa demande, des arguments dont le Gouvernement anglais a toujours implicitement reconnu lui-même la justesse et la force ; il lui est également impossible de ne pas croire l'Angleterre aussi vivement intéressée que la France à prévenir par des mesures rigoureuses des contestations qui s'enveniment chaque jour davantage et pourraient finir par amener les résultats les plus graves.

Le Gouvernement français ne peut être responsable des accidents que doit entraîner une lutte de tous les jours entre des hommes qui ruinent une population nombreuse, et cette même population que le Gouvernement français est chargé de protéger

1. D'après rorigiiial autogTaphe. — Archives du château de Maucreux.

2. La date indiquée en anglais sur le document du Foreign-Office est le 4 juin ; mais aux AlTaires étrangères, la date de la copie officielle est le 3»

et de défendre. Le Gouvernement anglais est trop juste pour refuser d'intervenir dans une question où il ne s'agit que d'assurer l'exercice d'un droit qu'il ne conteste pas.

Le soussigné sollicite du marquis de Londonderry la réponse la plus prompte à la note qu'il a l'honneur i\c lui adresser, et plein de confiance dans le résultat d'un examen approfondi de cette affaire, il lui renouvelle l'assurance de sa haute considération.

Chatf:al'13kia>d.

Son Excellence le manfuis de Londonderrij . ^

7'2i 4 juin 1822.

1'"^ Division Londres, le 4 juin 1822.

Politique

Monsieur le Vicomte,

Le dernier courrier ne m'a point apporté de dépêche de vous, mais une lettre du 28 mai avec une note de M. d'Avaray, et une lettre du 29 renfermant la commission de M. de la Roche S*^ André. J'aurai l'honneur de vous rendre compte de ces deux affaires.

Le Roi est allé à Windsor-Lodge ; il y restera quelques jours. Le Parlement continue à examiner les différentes branches de l'administration ; on croit que la session finira dans les premiers jours du mois prochain. On est toujours dans l'attente des nouvelles de rOrient: on n'a pas cru à la pièce donnée par le Consf'itutionnel. M. Rothschild est au moment de partir pour Paris d'où il se rendra à Pétersbourg, afin de régler l'affaire de l'emprunt

1. Foreign-Office, France, 281. — Affaires étrang-ères. Angleterre, 615, f" 240. — Comte d'Antioche Chateaubriand anihn^sadcur à Londres, p. 405-0.

russe. Une rumeur de guerre avait fait tomber avant-hier cet emprunt de trois pour cent. Nos élections inspirent une grande confiance, et l'article du Moniteur du 30, a produit un très bon etfet.

Toutes les affaires que j'ai commencées avec lord Londonderry ne s'achèvent que difficilement. 11 faut vingt démarches pour obtenir une réponse insignifiante. Pourtant, à force de patience, j'en viendrai à bout. Le ton soumis que l'on avait pris ici avec les bureaux les a malheureusement accoutumés à nous compter pour trop peu de chose : cela changera.

J'ai l'honneur d'être avec une haute considération,

Votre très humble et très obéissant serviteur.

Chateaubriand *

A S. Ex. Monsieur le Vicomte de Montmorency .'^

l'2'2 4 juin 1822.

A Villèle.

4 juin 1822.

Mon cher ami, il est plus que probable que le Congrès va avoir lieu. 11 faut que vous sachiez que dans un mois, c'est-à-dire au moment où le Parlement entre en vacance, il n'y aura plus rien H faire ici. Les ambassadeurs étrangers s'en vont en congé ; les ministres anglais eux-mêmes vont à la campagne, et l'on est près de huit mois sans se voir. Je serai donc parfaitement inutile ici. Voilà d'abord ce que vous pourrez dire, quand vous plaiderez ma cause au Conseil. Ensuite le prince Esterhazy, comme je vous l'ai déjà mandé, ambassadeur d'Autriche à Londres, part à la fin du

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