Affaires étrangères. — Angleterre, 615, fo
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mois, et il sera appelé par M. de Metternich au Congrès. Voilà une autorité en ma faveur. Et il est très bon que j e puisse surveiller au Congrès la politique anglaise.
Reste la question des hommes. Mathieu présentera sans doute encore son cousin Adrien. Je n'en veux certes point à ce pauvre duc de Laval ; c'est un loyal chevalier, mais il me paraît difficile de le placer entre des hommes tels que Metternich, d'Hardenberg, Pozzo, Capo d'Istria : cependant si on veut l'envoyer pour arranger Mathieu, qu'on m'adjoigne à lui. Nous avions trois ambassadeurs au Congrès de Laybach. Si le Congrès a lieu à Florence, on ne peut guère ne pas y admettre M. de Blacas. Alors il y aurait lui (Blacas), moi et Adrien, si on le voulait absolument. J'espère qu'on ne songera plus à y envoyer M. de Caraman, qui est détestable pour nous à Vienne^ ni M. de La Ferronnays qu'il faudrait faire venir de Pétersbourg.
La perfection serait de nommer Blacas, moi et Ray ne val, nommé à l'ambassade de Berlin. Rayneval appartient au corps diplomatique de Buonaparte. Il sait tout le matériel ; sa nomination avec la mienne aurait l'air de l'impartialité et ferait taire les libéraux.
Je crois, mon cher ami, par des considérations plus hautes, que si vous voulez un jour vous servir de moi, il faut que vous me placiez sur un grand théâtre, afin qu'ayant négocié avec les rois, il ne reste plus aucune objection ni aucun rival à m'opposer. J'irai passer trois mois en Italie et je reviendrai cent fois plus fort à mon poste de Londres. Je ne vous demande point du tout de rester à Paris; je n'en ai point d'envie, et je crois qu'il est plus utile que je suive quelque temps ma carrière. Je veux marcher avec vous et arriver avec le temps. Je vous suis et vous serai un bon appui. A votre tour appuyez-moi et secondez-moi dans un projet parfaitement raisonnable. Je réussirai si vous le voulez, et le Roi ne peut y voir aucune objection : il ne s'agit pas d'un ministère. Montrez cette lettre, si vous lejugez à propos, à notre ami Corbière et mettez-le dans mon intérêt ; vous pouvez, étant
unis, emporter très facilement mon affaire au Conseil. Enfin, vous m'avez promis le Congrès et je compte sur votre parole. Je vous embrasse. Un mot de réponse. Dites-moi seulement : Comptez sur moi.
Chateaubriand. *
7 '23 4 juin 1822.
A Madame Récamier.
4 juin 1822.
Je ne vous demande plus d'explication, puisque vous ne voulez pas en donner. Je vous ai écrit par le dernier courrier (31 mai) une lettre dont vous aurez dû être contente, si vous m'aimez encore. Nous nous reverrons, et bientôt, quoi que vous en disiez. Ne dites pas que ce que vous appelez de misérables tracasseries d'amitié doivent n'être rien dans ma vie actuelle. Les tracasseries sont tout, et il n'y a de sérieux dans la vie que ce qui la rend heureuse. Pouvez-vous croire que je suis ébloui, occupé même du rôle que le ciel me fait jouer presque malgré moi ? Vous me connaissez alors bien peu. J'aurais été fâché pour mon parti de ne pas réussir ici. J'aime à faire aussi bien que je le puis tout ce que j'entreprends, mais quanta ce qui me regarde, je n'attache aucun prix à tout cela. Etre aimé de vous, vivre en paix dans une petite retraite avec vous et quelques livres, c'est là tout le fond de mes vœux et de mon cœur. Ecrivez-moi donc un peu plus longuement, si vous pouvez. Songez au Congrès : il en sera question bientôt. -