‹ Correspondance générale (volume 2)Chapitre 39 sur 149 · Catalogue Charavay, 26 nov · texte numérisé non relu

Catalogue Charavay, 26 nov

7SS li juin 1822.

1''*' Division Londres, le l i juin 1822.

Politique No 31

Monsieur le Vicomte, J'ai reçu par le courrier arrivé hier les deux lettres que vous m'avez fait l'honneur de m 'écrire le 8 et le 10 juin ; la première renfermant copie de la convention passée entre le gouvernement de Pondichéry et celui de Madras ; la seconde accusant réception de mes dépêches N*'* 28 et 29, et annonçant les nouvelles de Vienne du i^'' juin.

J'ai eu le bonheur de pouvoir communiquer le premier ces bonnes nouvelles aux Ministres, et à Sa Majesté Britannique Elle-même, hier, 13, au drawing-room. J'avais aussi reçu le 12 au soir, avant tout le monde, la réponse de Sa Majesté Très Chrétienne à l'adresse de la Chambre des Pairs, et je m'étais empressé d'en faire part à mes collègues ; de sorte que le prince Esterhazy, qui n'avait point de courrier de sa Cour, disait, dans sa joie, à tout le monde : « C'est le Roi de France qui a bien voulu m'annoncer la paix. » — Lord Londonderry a reçu des lettres de Pétersbourg du 26 mai ; elles disent à peu près ce que disent vos lettres de Vienne, mais moins explicitement.

Le succès de notre ministère dans les deux Chambres fait grand bruit ; et, comme rien ne porte plus à la bienveillance que le succès, le nombre de nos amis augmente sensiblement. Les plus tièdes et les plus timides vous demandent aujourd'hui de la vigueur, et désirent que vous n'employiez désormais que des hommes attachés à la légitimité. Cette paix d'Orient consterne les révolutionnaires, ici comme en France, et le Moiviing Chronicle a, ce matin même, un article contre les chefs de la Sainte- Alliance, où il fait entendre r/u'il faut se défaire des Rois, et surtout de V Empereur de Russie, à quelque prix que ce soit.

Le ministère anglais continue de son côté à triompher dans la Chambre des Communes ; il a obtenu le rejet d'une motion pour le rétablissement d une partie du papier-monnaie. M. Wilberforce doit faire ces jours-ci une proposition concernant la traite des Noirs. Il demandera que certains papiers relatifs à cette traite soient déposés sur le bureau. La France sera fortement attaquée par l'honorable membre de la Chambre des Communes ; il vient de publier en français une lettre à l'Empereur de Russie, dans laquelle il conjure le Prince d'interposer sa puissance pour faire exécuter les traités : il m'a envoyé cette lettre avec un billet très amical. Si j'avais eu le temps, je lui aurais envoyé une lettre qui aurait pu devenir publique. Je crois que j'aurais battu mon respectable adversaire, et justifié pleinement le g"ouvernement français.

Voilà, Monsieur le Vicomte, tout ce qu'il y a de nouveau en politique aujourd'hui. La conférence qui aurait dû avoir lieu hier iS entre lord Londonderry et moi, au sujet des pêcheries de Granville, a été remise au dimanche, 16 du courant.

M. d'Oliveira est venu me faire part officiellement de sa nomination en qualité de chargé d'affaires près la cour de France. Il a pris congé le 42 du Roi d'Angleterre ; et il doit partir dans un mois pour Paris. '

M. Politica, Ministre de Russie aux Etats-Unis, est arrivé à Londres. Il m'a apporté une lettre de M. Hyde de Neuville dans laquelle celui-ci m'annonce qu'il est près de terminer toutes les discussions relatives à notre commerce.

Au lever qui a eu lieu le 12, j'ai eu l'honneur de présenter au Roi MM. le comte d'Haussonville, le duc de Guiche, le comte d'Orsay et le baron de Staël. MM. le comte de Boissy et le chevalier Desmousseaux de Givré ont été également présentés par moi, en qualité d'attachés à l'ambassade.

La marquise de Londonderry a présenté M""^ la duchesse de

1. Le comté d'Antioche [Chateaubriand ambassadeur à Londres, p. 280-2) a publié, dans le plus grand désordre, une partie de cette dépêche.

Guiche au Roi dans le Drawing-room qui a eu lieu hier 13. — Ce soir il y a grand bal à la cour, l'Ambassade y est invitée tout entière, faveur marquée, car elle n'a pas été accordée à toutes les autres légations.

J'ai l'honneur d'être avec une haute considération,

Votre très humble et

GriAlEAUimiAND. *

A S. Ex. Monsieur le Vicomte de Montmorency.'^

734 14 [juin 1822]. 3

A Madame Récamier.

Londres, le 14.

J'ai adressé par le dernier courrier une lettre pour vous à M. Le Moine. Je vous envoyais dans cette lettre la copie d'une autre longue lettre que j'écrivais à M. de Montmorency relativement au Congrès, et je vous priais d'appuyer ma demande. Je crois savoir aujourd'hui que M. Lemoine est allé faire un voyage en Champagne. J'ai grand peur que mon paquet arrivant pendant son absence, ce qui était pour vous ne vous soit pas parvenu. Je vous répondais aussi sur l'article Chantilly. Je n'ai oublié que la maison près de la Vallée. J'éprouve sur ce point un mélange de sentiments que vous devinerez. Faites ce qu'il vous plaira. Comme je ne vous écris que par mon intermédiaire habituel, je me borne aujourd'hui à ce peu de mots. Je meurs d'envie d'apprendre que vous avez reçu la lettre et la copie dont je vous

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