est sur le cachet de la poste
2. D'après l'original autographe. — Archives du château de Mauoreux. '.\. Foreign-Office. France, vol. 281. — (]omte d'Antioclie (Iknloaulyrinnd
ambassadeur à Londres, p. 230.
— G — 650 6, 7 et 9 [avril 1822].
A la duchesse de Duras.
Londres, samedi 6.
Je suis dans tous les embarras d'un aménagement, dans unemaison assez belle, mais empestée par les nouvelles peintures, à demi meublée, et où je meurs de froid et j'étouffe de la fumée de^ charbon. Je ne sais rien encore de ma réception. Il n'y a personneà Londres, pendant cette quinzaine. J'ai au reste été saisi de tristesse depuis que je suis ici, j'ai revu les rues que j'ai habitées,. Kensington, dont les arbres sont devenus énormes. L'épreuveest rude, que de temps écoulé ! Ma maudite mémoire est telleque j'ai reconnu jusqu'à des marques que j'avais vues sur des. l)ornes, tout cela était pour moi comme d'hier, et de toutes les personnes que je connaissais alors, je ne sais s'il en existe encore^ deux ou trois. J'ai parcouru en voiture au milieu de la foule lesallées de Hvde Park où j'arrivai à pied en composant René et Atala. Etais-je plus heureux ? Mais au moins j'avais le temps, d'attendre.
Dimanche 7.
Je reçois votre bonne longue lettre du 2, du 3 et du 4. Que jevous en remercie! J'en avais grand besoin. Je ne puis soulever le poids que Londres a mis sur moi. Il me semble que je suis ait fond d'un désert et que je ne dois plus revoir mes amis. Vous avez bien raison, Berlin était une merveille. Nous étions si près.
Je suis allé ce matin à la messe dans cette écurie devenue chapelle où j'ai assisté au service funèbre de la Reine. J'y ai retrouvé quelques vieux émigrés qui m'ont embrassé malgré moi et en» pleurant. Je voudrais bien leur donner mes cent mille écus, dussiez-vous grogner. Notre ami Vignier que je n'ai pas encore vu, est venu deux fois à l'ambassade. Votre petit Georges se moque-
fort de lui parce qu'il passe sa vie à Kensingtou. J'attends ce pauvre poète pour le consoler et pour le mener à Westminster. Malheureusement la politique et les diners vont commencer, \ei\lez à tous ces congrès. C'est là notre salut.
~' Mardi 9.
Je vais demain diner chez Lord Londonderry à la campagne, je serai présenté le 19 ou le 20 au Roi. Si vous pouvez, écrivezmoi. Je reçois un billet fort aimable de Lord Lansdowne. '
65/ 9 avril 1822.
Au vicomte de Montmorency.
1''' Division Londres, ce 9 avril 1822.
Politique
N" 1 Monsieur le Vicomte,
Je suis arrivé ici vendredi soir, o du courant. Les vacances parlementaires étant commencées, il n'y a personne à Londres. Samedi 6, j'ai écrit au M[arqu]is de Londonderry qui est à la campagne, pour lui demander une audience. Dimanche 7, un des sous-secrétaires d'Etat, M. Planta, a reçu l'ordre de venir me répondre verbalement, et de me proposer de fixer un jour pour aller dîner à North-Gray, campagne de Lord Londonderry. Nous avons choisi mercredi. Je dois arriver deux heures avant dîner, pour avoir une conférence avec le Ministre, et pour lui remettre la copie de mes lettres de créance, et celle des lettres de ré créance de M. le duc de Gazes [sic). Le Roi vient à Londres le 19. Il est probable que ma présentation à S. M. B. aura lieu vers cette époque.
Je ne puis rien vous dire d'important aujourd'hui, Monsieur le Vicomte ; l'opinion publique s'occupe des affaires de la Turquie
1. D'après Toriginal autographe. — Archives du château de Maucreux.
et de la Russie, et, ce qu'il y a d'assez singulier, c'est que les journaux semblent avoir changé de rôle, ceux de Topposition ont Tair d'espérer la paix, ceux du ministère de craindre la guerre. Les fonds ont été à 79. 3/4.
J'ai trouvé des dispositions à s'alarmer sur l'état de la France ; on crojoit à des troubles intérieurs, ma présence et mon air assuré produisent déjà un effet favorable ; mais je ne puis me dissimuler que j'aurai à Londres comme à Berlin, à effacer les impressions fâcheuses que sept années de calomnie ont dû laisser dans les esprits.
A l'avenir, lorsque j'aurai à vous parler de la France et de l'Angleterre, je ferai deux dépêches séparées ; au moyen de cet ordre, je serai plus clair, et vous me lirez plus vite.
M. le G^* de Garaman, dont les fonctions ont cessé, n'attend plus que vos ordres pour quitter l'Angleterre.
J'ai l'honneur d'être avec une haute considération,
Monsieur le Vicomte,
Votre très humble et très obéissant serviteur, Ghateaubriand. 1
P. S. M. de Bouligny, secrétaire de la Légation d'Espagne, part cette nuit en courrier pour Madrid. Il passera par Paris, où il ne doit s'arrêter que quelques heures.
Gh. 2
A Son Excellence^ Monsieur le Vicomte de Montmorency, etc.^
1 et 2. La signature et le paraphe seuls sont autographes, 3. Affaires étrangères, Angleterre 615, f° 143. — Public incomplètement par le comte d'Antioche Chateaubriand ambassadeur à Londres, p. 231 .
do'J î^ avril 1822.
Au vicomte de Montmorency.
i"* Division Londres, le 9 avril 1822.
Politique N" 3 Monsieur le Vicomte,
J'ai reçu la lettre sans numéro que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser sous la date du ^29 mars dernier ; elle est relative aux prises des corsaires insurgés de l'Amérique espagnole ; j en ai communiqué le contenu à M. le B[ar]on Séguier ; et je m'empresserai de vous transmettre les renseignements que ce Consul général pourra me fournir à ce sujet.
J'ai l'honneur d'être avec une haute considération,
Monsieur le vicomte, Votre très humble et très obéissant serviteur Chateaubriand. *
A Son Excellence, Monsieur le Vicomte de Montmorency , etc. -
65S 9 avril 1822.
A Madame Récamier.
Londres, mardi 9 avril 1822.
J'ai grand besoin de recevoir une ligne de vous. Je vous ai écrit de Calais et de Douvres. Me voilà à Londres, où je n'ai que de bien tristes souvenirs, et où je suis bien seul, quoi que vous en pensiez et en disiez. Je ne fais pas un pas ici sans reconnaître quelque chose qui me rappelle mes souffrances et ma jeunesse, les amis que j'ai perdus, le monde qui a passé, les espérances