Bardoux La duchesse de Duras, p
Correspondance de Chateaubriand. T. III. 10
peut pas manquer, Milord, de faire sur vous une impression
favorable aux détenus.
J'ai l'honneur d'être avec la plus haute considération, Milord, de Votre Excellence, le très humble et très obéissant
serviteur.
GlIATEAl BRIAND.
à s. E. le marquis de Londonclerrij , etc., etc., etc. ^
746 l«r juillet 1822.
Au marquis de Londonderry.
Le soussigné, Ambassadeur de Sa Majesté Très Chrétienne, n'ayant encore reçu aucune communication au sujet des réclamations des colons de Saint-Domingue, dont ses prédécesseurs ont entretenu plusieurs fois le Ministère de Sa Majesté Britannique, a reçu l'ordre de son Gouvernement d'appeler de nouveau l'attention de M. le marquis de Londonderry sur cette affaire.
Le soussigné ne rappellera ici des diverses notes qui ont été adressées par ses prédécesseurs que celle du 3 août 1820, qui contient un résumé de l'affaire et répond suffisamment à toutes les objections qui ont été faites par MM. les lords de la Trésorerie. En la transmettant de nouveau à lord Londonderry, il ajoutera cependant quelques observations, à l'appui de celles qui s'y trouvent déjà consignées, relativement aux loyers des maisons occupées pour le service du Roi.
MM. les lords de la Trésorerie ont pensé, d'après ce que lord Londonderry a fait connaître h M. le duc Decazes, que « d'après « les usages ordinaires de la guerre, les réclamations pour loyers « de maisons à Saint-Domingue, occupées par les bureaux civils « et militaires, sont par leur nature tout à fait inadmissibles. »
1. Foreign-Ofïïce, France, 281. — Comte d'Antioche Chateaubriand ambassadeur à Londres, p. 406-7.
11 est évident qu'en rendant cette décision Leurs Seigneuries n'avaient pas sous les yeux l'ordonnance du 26 septembre 179;) dont elles ne font aucune mention. Quel que soit en effet le principe général sur cette question, et en admettant qu'il soit tel que Leurs Seigneuries l'établissent, il est impossible de ne pas reconnaître qu'il y aurait eu dérogation et exception à ce principe par l'ordonnance du représentant de S. M. B. (Ghap. 4, Art. iO, Sections 3 et 4), ci-dessus citée. Ses expressions n'ont rien d'équivoque. Soit qu'on les considère comme l'application d'un principe d'équité, soit qu'on les regarde comme une faveur, les colons ont également le droit d'en demander l'exécution. Intervenue à la suite do l'occupation de Saint-Domingue et d'un commun accord avec les habitants, l'ordonnance du 25 septembre 1795 ne peut être considérée que comme le serait la stipulation d'une convention réciproque, obligatoire pour les deux parties, quelque lésion que puissent en souffrir leurs intérêts. La chose doit être d'autant plus considérée sous ce point de vue, que ces stipulations, dont copie est ci-jointe, ont été exécutées pendant plusieurs années et qu'elles n'ont jamais été rapportées. Gela est si vrai que les prix des loyers ont été ordonnancés et versés dans la caisse de l'agent général, ainsi que le voulait l'ordonnance.
Dans un tel état de choses, et lors même qu'il serait vrai qu'en principe le représentant de S. M. B. à Saint-Domingue eût pu se dispenser de consentir les obligations dont les habitants réclament l'exécution, comment son Gouvernement pourrait-il se croire le droit de méconnaître des obligations aussi consommées ? Mais le soussigné ne pense pas que le principe soit en opposition avec le fait et le droit, avec les conventions faites et exécutées. Il ne s'agit pas en effet de simples logemens de gens de guerre répartis également parmi tous les habitants comme une charge commune, mais de l'occupation complète de toute une maison, tantôt pour un état-major, tantôt pour des bureaux.
Si l'article 10 de l'ordonnance du représentant de S. M. B.
n'avait pas garanti aux propriétaires de ces maisons la juste indemnité à laquelle ils avaient droit, ils auraient réclamé auprès de la commune pour que les charges qui pesaient sur eux fussent réparties ég'alement sur tous les habitants. Il n'aurait pas été possible de ne pas admettre ces réclamations, si elles avaient été faites. Si elles ne Font pas été, c'est par le fait du représentant de S. M. B., et par suite de la confiance qu'inspiraient la justice et la générosité anglaises. Le Gouvernement de S. M. B. ne voudra pas que cette confiance soit trompée, et lorsqu'il considérera de quelle faible somme il s'agit et combien les personnes qui réclament sont dignes par leurs malheurs de son intérêt, le soussigné se flatte qu'il ne leur refusera pas la justice qu'elles ont droit d'attendre.
Déjà le Gouvernement anglais a reconnu les droits de quelques-uns des réclamants, en faisant voter, en 1818, une somme de 46.000 H sterling et en faisant liquider une partie des demandes formées ; mais il en reste un grand nombre de différentes natures, qui ne le sont pas encore. C'est au moment où le budget va être présenté au Parlement que le soussigné, d'après les ordres qu'[il] a reçus de son Gouvernement, croit devoir démont[rer] à Lord Londonderrj la nécessité de demander un nouveau crédit pour pouvoir terminer cette affaire [qui] a déjà éprouvé tant de délais.
Le soussigné prie Son Excellence d'avoir la bonté de le fixer le plus promptement possible su[r] les dispositions du Gouvernement anglais à cet égard et profite de cette occasion pour lui renouveler l'assurance de sa très haute considération.
Chateaubriand.
Portland Place, ce l^^' juillet 1822.
à Son Excellence M. le marquis de Londonderry ^ etc.^ eic.^ etc. *
1. Foreign-Office, France, 281. — Comte d'Antioche Chateaubriand p. 409-11.
747 2 juillet 1822.
Au vicomte de Montmorency.
2 juillet 1822.
1':*' Division Politique N« 36
Monsieur le Vicomte,
Le dernier courrier ne m'ayant point apporté de dépêché de vous, et les nouvelles manquant ici presque totalement, je n'ai que peu de chose à vous mander aujourd'hui.
Le prince Esterhazy a reçu de Vienne une copie de la lettre que l'Empereur de Russie a écrite par M. de Tatischeffà l'Empereur d'Autriche : c'est une déclaration générale d'amitié et de paix. Lord Londonderry a été interpellé dans le Parlement au sujet des massacres de Gonstantinople et de Chio. Les papiers de l'opposition triomphent ; ils espèrent que des malheurs qui leur sont au fond très indiilerents, rompront les négociations et pousseront Alexandre à la guerre ; aussi ont-ils repris leur insolence et recommencé leurs menaces. Le Morning-C hronicle d'hier, i^^ juillet, se flatte que les armées du reste de l'Europe embrasseront bientôt la cause des armées de Quiroga, et que le signal leur sera donné par les colonnes prussiennes et par le cordon sanitaire : « C'est de ce côté, dit-il, que les amis de la liberté « doivent tourner les yeux, car c'est là qu'on verra briller le « premier éclair de l'indépendance. »
On a découvert une conspiration en Irlande ; quatorze personnes ont été arrêtées à Armagh par un ordre spécial du marquis de Wellesley.
Le budget a été présenté hier à la Chambre des Communes. Il ne sera pas si long à discuter que le nôtre.
L'ordonnance du Roi de France qui rapporte ce que Sa Majesté Très Chrétienne avait signée le 10 juin en faveur de M. le duc
d'Albuféra et de M. le G^^ Belliard faitgraad bruit et donne une idée favorable de la fermeté de notre ministère.
Au reste, Monsieur le Vicomte, ce qu'on appelle la saison va finir : déjà plusieurs membres des deux chambres sont partis ; la société diminue ; les ambassadeurs ont fermé leurs maisons. Je donnerai encore une soirée lundi prochain, 8 juillet, pour la rentrée du Roi à Paris, après quoi je fermerai aussi ma porte : il est plus que temps. Dans trois semaines, il n'y aura à Londres ni Roi, ni Ministres, ni Parlement, ni société. S. M. Britannique n'ira ni en Ecosse, ni sur le Continent.
M. le commandeur d'Oliveira est venu hier prendre congé de moi ; il s'embarque demain pour la France avec ses deux filles. La princesse Esterhazy a quitté l'Angleterre il y a huit jours ; le prince la suivra la semaine prochaine.
J'ai l'honneur d'être avec une haute considération. Monsieur le Vicomte,
Votre très humble et très obéissant serviteur Chateaubriand. ^
748 2 juillet [1822].
A la duchesse de Duras
Il est dur après la dernière lettre que je vous ai écrite, de recevoir de vous le petit billet d'Andilly. Je sais que vous n'aviez pas reçu cette lettre, mais cette continuelle aigreur d'injustice me décourage et m'ôte sinon le désir du moins la possibilité d'écrire.
2 juillet.2