‹ Correspondance générale (volume 2)Chapitre 47 sur 149 · Chédicu de Robethon op. cit., p · texte numérisé non relu

Chédicu de Robethon op. cit., p

L'ambassadeur de la cour de Vienne a reçu une lettre de M. de Metternich dans laquelle celui-ci lui rend compte d'une conversation qu'il a eue à Vienne avec le chargé d'afïaires d'Espagne : il s'agissait de la proposition de M. Zéa. L'Espagne engageait fortement l'Autriche à ne pas reconnaître l'indépendance des colonies espagnoles. M. de Metternich a trouvé la note du chargé d'affaires d'Espagne très bonne ; mais il a judicieusement répondu qu'il était étrange que l'Espagne professant des principes si sains par rapport à ses colonies, ne fît pas usage par elle-même de ces principes. M. de Metternich a évité de prendre un parti, se doutant que l'Angleterre ne serait pas aussi franche dans cette question.

Chargé de sonder les dispositions de lord Londonderrj, le prince Esterhazy l'a trouvé comme je l'ai trouvé moi-même au sujet de l'Espagne et de ses colonies : voulant, pour les colonies, le commerce libre, sans reconnaître leur indépendance politique, et, pour la métropole, la neutralité la plus absolue. Ne comptez en rien et pour rien. Monsieur le Vicomte, sur l'Angleterre ; accablée de sa dette, embarrassée dans ses revenus, souffrante dans son agriculture et dans une partie de son commerce, elle voudrait sortir de cette position, et ne sait comment : ses dernières opérations de finances sont un pur charlatanisme à l'aide duquel elle a embrouillé exprès son budget de manière à ce que personne ne pût le comprendre. Elle a besoin de changer le système de ses douanes et de ses impôts, et elle a de l'humeur de ce que nous nous refusons à des traités de commerce qui pourraient la faire se décharger sur nous d'une partie de ses embarras.

Cette humeur se manifeste même dans les journaux ministériels. Le Courrier avait hier un article insolent sur nous, il est vrai qu'il l'était aussi pour le ministère britannique. Nous sommes tous des imbéciles ou à peu près, nous n'entendons rien aux affaires du commerce ; notre système de prohibition est misérable, et nous devrions essayer de faire avec nos voisins quelques bons petits traités, ne fût-ce qu'en forme d'épreuve, et seule-

ment pour deux ou trois ans. Lord Londonderry dîne demain chez moi et je lui demanderai compte de cet article. 11 en rira et dira, ce qui sera vrai, que cela luicst ér/al, et que cela ne fait rien. Je soupçonne sir Charles Stuart de n'être pas très cordial pour nous dans ses dépêches.

Le système du Cabinet de Saint-James pour les colonies espagnoles a un inconvénient que Ton aperçoit aujourd'hui. Un bâtiment, muni d'une licence du gouvernement anglais pour faire le commerce avec les ports de la Columbia, a été pris par un corsaire espagnol. Le dilemme est pressant : ou vous reconnaissez, ou vous ne reconnaissez pas l'indépendance des colonies espagnoles ; si vous la reconnaissez, vous êtes en hostilité avec l'Espagne ; si vous ne la reconnaissez pas, vous êtes soumis aux lois commerciales de l'Espagne, et vos bâtiments peuvent et doivent être confisqués, s'ils sont en contravention avec ces lois. Les Certes font de vives représentations, et le Conseil britannique, que cette contention inquiète, sera peut-être moins indifférent aux affaires intérieures delà Péninsule.*

Il n'est plus question des nègres ; mais nous devons pourtant nous attendre à recevoir une note officielle, parce qu'il faut bien que le ministère des affaires étrangères fasse droit à la résolution de la Chambre des communes.

De l'Orient, point de nouvelles : on ne sait si les principautés sont évacuées ; on ne sait s'il y aura Congrès à Florence, à Vérone ou à Vienne. On pense que l'Empereur de Russie pourrait bien ne pas assister en personne à ce Congrès, parce que sa présence est nécessaire dans ses Etats. Le prince Esterhazy ne quittera Londres que quand il aura reçu une dernière dépêche de Vienne. Il espère la recevoir du 20 au 25 de ce mois.

On attend avec impatience la clôture de la session parlementaire. Tout le monde veut partir pour le continent ou pour la campagne. Le Roi vit très retiré, ne voit presque personne et

1. Le comte d'Antioche {Chateaubriand ambassadeur à Londres, p. 311-3) a publié les trois paragraphes précédents de cette dépêche.

désire aussi s'éloigner de la capitale. Je presse, Monsieur le Vicomte, toutes les affaires particulières dont vous m'avez chargé, mais sans succès pour le moment, parce que les ministres passent les nuits au Parlement et les jours au Conseil. Je vais m'occuper des intérêts de M. Holfort^ que vous me recommandez dans votre lettre du l^*' juillet.

J'ai l'honneur d'être avec une haute considération, Monsieur le Vicomte,

Votre très humble et très obéissant serviteur Chateaubriand, i

AS. Ex. Monsieur le Vicomte de Montmorency .-

75/ 3 juillet 1822.

A Villèle.

Londres, 5 juillet 1822.

Encore un mot, mon cher ami, sur le Congrès. Je ne vois pas une objection raisonnable contre moi. Il est impossible que le ministère actuel se fasse représenter au Congrès de Vérone par les représentants du ministère de Pasquier. Ici vous savez tout ce qu'il y a à dire, mais je veux vous ouvrir une idée. Si Mathieu lui-même voulait aller au Congrès (ce qui, je crois, serait une faute en politique), s'il ne voulait pas me mener avec lui, auriezvous une grande objection à me faire donner le portefeuille des Affaires étrangères par intérim ? Vous avez déjà voulu me le faire donner tout-à-fait. Aujourd'hui la position que j'ai prise en Angleterre me rend bien plus mûr pour la place . Observez bien que dans un mois toute affaire cesse en Angleterre et ne recom-

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