Chédieu de Robethon op. cit., p
circonstances présentes, aura de grands inconvénients, et qu'il entravera la marche des affaires au lieu de la favoriser.
La clôture de la session parlementaire paraît fixée au mardi 6 août. Le Roi la fera en personne ; deux ou trois jours après, il s'embarquera à Woolich pour l'Ecosse. Quand Sa Majesté Britannique sera partie pour Edimbourg et lord Londonderry pour Vienne, notre correspondance, Monsieur le vicomte, finira tout naturellement, car j'aurai peu de chose à communiquer à un sous-secrétaire d'Etat, et presque rien à apprendre de lui ; il est même probable que les deux sous-secrétaires d'Etat s'en iront à la campagne pour plusieurs mois, selon l'usage anglais. Si, de votre coté, vous allez au Congrès, nos relations diplomatiques se trouveront interrompues, à Paris comme à Londres.
V^ous avez très bien défendu le budget des Affaires Etrangères ; les journaux anglais ont cité votre discours, et le Times le commente ce matin, mais avec mesure.
J'ai l'honneur d'être avec une haute considération. Monsieur le Vicomte,
Votre très humble et très obéissant serviteur
Chateaubriand. ^ A Son Exe. Monsieur le Vicomte de Montmorency. -
773 30 juillet 1822.
A la duchesse de Duras.
Mardi 30 juillet 1822.
Votre lettre ou plutôt votre billet du 2o est d'une légèreté charmante. M. de Rauzan ira au Congrès, sans moi. Vous tirerez
2. Affaires étrangères, Angleterre, 615, fo 346. — Publiée incomplèteinent par le comte d'Antioche Chateaubriand ambassadeur à Londres, p. 333.
une lettre de change sur moi etc., etc. J'aime mieux après tout ce ton que vos grandes accusations : tout ce qui me prouve que vous prenez la vie en bien, me fait plus de plaisir que si j'étais heureux. Je vous ai mandé tout ce qu'il y avait à faire pour le Congrès, et j'aurai sans doute votre réponse par le courrier prochain. Il y a longtemps que je pense que cela finira par le voyage de Mathieu lui-même, ce sera une faute, mais elle sera faite et c'est dans Tordre. Mathieu me prendra-t-il pour son second ? Sa vanité s'y opposera, dans la crainte qu'on ne dise que c'est moi qui ai tout fait au Congrès. Aurai-je l'intérim? Les ministres y prétendront sans doute et s'y opposeront, Villèle voudra-t-il l'emporter contre tous les obstacles ? Non, il est trop cauteleux pour cela. Vous voyez que je juge froidement la question. Je ne prendrai mon parti sur ce que j'ai à faire cet automne que lorsque cette question préalable sera jugée.
Vous vous plaignez et me supposez des secrets, je n'en ai point. Je n'ai écrit qu'une seule fois au sujet de l'ami de cœur dont on m'avait recommandé les intérêts. On ne m'a point répondu, je m'en suis tenu là. Je n'ai pu quitter Londres dans le moment des affaires et conséquemment aller à Hartwell. J'irai dans une quinzaine de jours. J'écrirai alors une seconde lettre qui restera vraisemblablement sans réponse comme la première.
Je ne vais pas en Ecosse, je vous l'ai déjà mandé, aucun ambassadeur n'y va. J'aurais été d'ailleurs désolé de ce voyage. J'ai eu assez pendant trois mois des fashionahles, des dîners et des bals. Je vais me plonger avec délices dans une solitude de six mois. Tout le monde part, grâce à Dieu. Astolphe m'est arrivé hier, laissant à Paris sa femme et son nouveau-né. Il va en Ecosse. Bon voyage. Avez-vous trouvé la robe jolie ? je ne sais qu'en dire. — Vous êtes bien heureuse d'en être aux Romans : Ce temps est passé pour moi, j'en suis à la triste vérité.
Il y avait cependant une raison pour Mathieu de m'emmener avec lui. C'est qu'il paraît que chaque puissance aura deux plénipotentiaires au Congrès : le Prince de Hardenberg et le Comte
de BenistorlV, pour la Prusse, M. de Ncsselrode et TatischelF, pour la Russie. *
774 30 juillet 1822.
A Berlin aîné.
Londres, 30 juillet 1822.
Je reçois votre billet du 27. J'ai des autorités toutes contraires aux vôtres et qui m'assurent que Mathieu est très tenté et presque décidé à aller au Congrès. Que cela soit fou, je le pense ; mais cela ne fait rien à l'aiTaire ; on fait tous les jours des folies. S'il y va, il ne m'emmènera pas avec lui (quoique chaque puissance doive avoir deux représentants au Congrès). Le cœur humain n'est pas fait ainsi. Peu importe; mon parti est pris. Quant à l'ami sauvage, je n'ai jamais douté de son succès, et n'ai pas eu à son égard un moment d'inquiétude. Il n'y a que la nature ombrageuse de son esprit qui ait pu lui faire voir la chose manquée. Ma force qui ne peut rien pour moi peut tout pour les autres, quand je l'emploie avec persévérance, et je suis patient.
Je vous l'ai dit, venez quand vous voudrez. Le plaisir que vous me ferez est très indépendant de ce que vous pouvez me dire. Nous ne parlerons pas même de nouvelles, mais nous dînerons bien î Vous ne me ferez pas changer de résolution, et dans cette position je suis indifférent à tout.-
1. D'après roriginal autog^raphe. — Archives du château de Maucreux.
2. Victor Giraud Revue latine, 2o avril 1907, et Xoiivelles études..., p. 300.
775 2 août 1822.
Londres, ce vendredi 2 août 1822.
Toutes mes lettres du 23 ont retardé d'un jour, et vous n'avez reçu que le samedi 27 juillet la lettre que vous auriez dû recevoir le vendredi 26 ; mais tout cela est déjà une vieillerie. Votre lettre du 29 ne m'a point surpris, et vous aurez vu par mes deux lettres subséquentes à celle du 23, que j'avais prévu toutes les objections de Mathieu. Il ne me reste qu'une chance, c'est que Villèle et vos amis l'emportent, et ils paraissent très-décidés. Dans tous les cas, je ne prendrai, moi, de parti sur mon avenir que quand je connaîtrai la dernière résolution relative à ce congrès. Je ne suis nullement choqué que Mathieu prétende y aller. C'est son droit ; je pense seulement qu'il ferait une faute et une telle faute qu'elle pourra le renverser : le renverser dans Topinion nationale de la France, le renverser par les intrigues qui vont s'ourdir pendant son absence. Mais quand Mathieu parle de M. de Garaman, je suis choqué, blessé. Il me paraît inconcevable qu'on craigne plus de blesser un ennemi médiocre qu'un ami capable; c'est là une véritable infatuation.
Attendons. Mais souvenez-vous que je veux vous voir bientôt, je vous aime comme aux premiers jours. ^
776 2 août 1822.
Au vicomte de Montmorency.
Londres, ce 2 août 1822.
1^® Division
Politique
N<* 45 Monsieur le Vicomte,
Je vous remercie d'avoir bien voulu m'envoyer dans votre
1 . Souvenirs. . . Récamier, t. I, p. 427-28. — Herriot Récamier, t. p. II, J18, note.
dépêche, N° 28, un extrait de vos lettres à Madrid. Elles font prévoir des nouvelles importantes que vous avez peut-être reçues au moment où j'ai l'honneur de vous écrire.
Je n'ai absolument rien à vous mander aujourd'hui. Tout le monde s'en va; on ne rencontre plus personne ; dans huit jours, après la clôture du Parlement, le départ du Roi et des ministres, Londres sera un vrai désert. Je désirais voir lord Londonderry pour lui parler d'une foule d'affaires qui ne finissent pas ; il m'a renvoyé à mardi prochain, (» du courant.
Les journaux anglais annoncent la reconnaissance de la République de Golumbia par les Gortés de Lisbonne : si cela est, l'Espaf^ne n'a donc, malgré son voisinage, aucune influence sur le Portugal.
Je crois devoir vous transmettre un article du Morning Chronicle^ qui a paru ce matin. Je soupçonne que cette nouvelle fureur vient de quelques nouvelles fâcheuses que les Jacobins auront reçues d'Espagne. Quoi qu'il en soit, l'article est affreux, et il me paraît attaquable devant les tribunaux. C'est à vous. Monsieur le vicomte, et au Conseil à décider. Cependant il ne faut pas perdre de vue que les lois sur la liberté de la Presse sont ici extrêmement vagues, et que l'opinion des jurés est, en général, contre tout gouvernement étranger qui attaque un sujet anglais. Je consulterai des hommes de loi en attendant votre réponse.
J'ai l'honneur d'être avec une haute considération. Monsieur le Vicomte,
Votre très humble et très obéissant serviteur Chateaubriand. *
A Son Excellence, Monsieur le Vicomte de Montmorency.-