La sij^nature seule est autographe
2. Airaii-es étrangères, Angleterre, 615, f° 034. — Comte d'Antioche Cha" ieaubrianrj ambassadeur à Londres, p. 415-0.
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Londonderry, dont la tête était égarée, se trouvant seul, se leva, j>'^ssa dans un cabinet voisin, saisit un rasoir, et du premier coup se coupa la jugulaire ; il tomba baigné dans son sang, aux pieds d'un médecin qui venait à son secours.
On cache autant qu'on le peut cet accident déplorable, mais il est parvenu délîguré à la connaissance du public et a donné naissance à des bruits de toute espèce. Pourquoi lord Londonderry aurait-il <ittenté à ses jours ? Il n'avait ni passions, ni malheurs. 11 était plus que jamais atTermi dans sa place. Il se préparait à partir jeuili prochain, et se faisait une partie de plaisir d'un voyage d'affaires. Il devait être de retour le i5 octobre pour des chasses arrangées d'avance, et auxquelles il m'avait invité. La Providence en a ordonné autrement, et lord Londonderry a suivi le <luc de Richelieu.
On a envoyé des courriers de toutes parts, aux eaux, aux bains de mer, dans les châteaux, pour chercher les ministres absents : au moment où l'accident est arrivé, aucun d'eux n'était à Londres ; on les attend aujourd'hui et demain ; ils tiendront un ■conseil, mais ils ne pourront rien décider ; en dernier résultat, ■c'est le Roi qui leur nommera un collègue, et le Roi est à Edimbourg. Il est probable que Sa Majesté Britannique ne se pressera pas de faire un choix ; Elle voudra entendre tous ses amis. La marquise de Gonyngham sera vraisemblablement consultée, et elle n'est pas du voyage d'Ecosse. L'opposition a de l'influence sur les habitudes et l'esprit du Roi : les intrigues s'en mêleront, les ambitions se combattront ; dans le Conseil il y ^\ura deux partis, le parti Grenville et le parti purement ministériel ; on sera peut-être deux ou trois mois à attendre le successeur de lord Londonderry. Si le monarque anglais peut vaincre des répugnances, la personne qui a le plus de chances, dans ce «loment, c'est M. Canning : il a déjà eu le portefeuille des Affaires Etrangères, et il est membre, et membre éloquent, de la Chambre des Communes, où le ministère n'a plus de défenseur que M. Peel ; lord Grenville, dont il pourrait être ({uestion s'il Correspondance de Chateauhriitnd. T . III. 14
n'avait pas renoncé aux affaires, appartient à la Chambre des Pairs. Reste la supposition d'un chang-ement total dans le ministère. Gela est possible, mais peu probable, surtout le Parlement n'étant pas assemblé.
Lord Liverpool, qui jouit de la plus grande considération et que le Roi écoute, influera puissamment sur le choix du nouveau ministre ; quelques journaux disent déjà qu'il pense à sir Charles Stuart (l'Ambassadeur à Paris) . Mais sir Charles Stuart n'a ni existence, ni éducation parlementaire. Quand une élection le placerait dans la Chambre des Communes, il est à croire qu'il n'y jouerait aucun rôle comme orateur ; il est, de plus, entièrement inconnu aux partis et à Topinion de ce pays ; ces obstacles pour lui me paraissent insurmontables, à moins que l'on ne trouve un moyen de l'associer à M. Canning.
La mort du marquis de Londonderry doit être considérée,. Monsieur le vicomte, par rapport à TAngleterre et par rapport à l'Europe.
Quant à l'Angleterre, cette mort est assez funeste. Lord Londonderry n'était pas aimé, mais il était craint ; les radicaux le détestaient, mais ils avaient peur de lui. — Singulièrement brave,, il imposait à l'opposition qui n'osait pas trop l'insulter à la tribune et dans les journaux. Son imperturbable sang-froid, son indifférence profonde pour les hommes et pour les choses, son instinct de despotisme et son mépris pour les libertés constitutionnelles en faisaient un ministre propre à lutter avec succès contre les. penchants du siècle; ses défauts devenaient des qualités, à une époque où l'exagération et la démocratie menacent le monde. La mode aujourd'hui dans ce pays, et notamment parmi la haute société, c'est d'être dans l'opposition : admirer Buonaparte,. crier contre le gouvernement, voilà l'esprit anglais du jour.
Je crois au contraire. Monsieur le vicomte^ que l'Europe (et en particulier la France) gagnera à la mort du premier ministre delà Grande-Bretagne. Je vous ai souvent parlé de son système anti-continental. Lord Londonderry aurait fait beaucoup de mal
à Vienne. Ses liaisons avec M. de Metternich étaient obscures et inquiétantes ; l'Autriche, privée d'un dangereux appui, sera obligée de se rapprocher de nous. D'autant plus que M. Canning ou lord Grenville, s'ils arrivaient au pouvoir, sont beaucoup mieux disposés à l'égard de la France que ne l'était lord Londohderry.
Quant à ce qui me regarde comme ambassadeur du Roi, lord Londonderry s'était aperçu que je le connaissais, et tout indifférent qu'il était, cela le mettait mal à l'aise. M. Ganning et lord Grenville seraient de mes amis. Les anciennes liaisons du marquis de Londonderry avec nos anciens ministres ne le rendaient pas très cordial et très favorable au ministère actuel ; cependant il commençait à être vivement frappé de la marche et de l'amélioration des choses en France, depuis six mois.
On ne sait plus qui ira au Congrès. Peut-être n'y enverra-t-on personne : la décision devrait être prise sur-le-champ, puisque le Congrès va s'assembler, et l'on ne voit pas trop comment les instructions pourraient être promptement données, les mesures arrêtées, l'ambassadeur choisi par un Conseil qui sera d'abord occupé de sa propre existence et qui a perdu précisément le ministre des Affaires Etrangères. D'une autre part, comme le Congrès devait s'ouvrir à Vienne par condescendance pour lord Londonderry qui ne voulait pas mettre le pied en Italie, peutêtre les souverains reviendront-ils à leur premier plan et convoqueront-ils le Congrès à Florence.
Telles sont, Monsieur le vicomte, les seules choses importantes qui se sont offertes à mon esprit dans la présente conjoncture et dont j'ai cru devoir vous entretenir.
L'Angleterre n'étant point en révolution, les conséquences de la mort du marquis de Londonderry ne pourront amener, après tout, que des intrigues de partis et de familles. Il ne s'agira plus que de vous tenir au courant des nouvelles ; même les journaux qui répètent tout, ne vous laisseront presque rien ignorer. Qui sera ministre ? Voilà ce qu'on va se demander pendant un temps
plus ou moins long, et peut-être jusqu'à la rentrée du Parle ment. On ne consultera pas l'opinion étrangère ; et comme la Cour de Londres, en dernier résultat, n'entrera jamais dans le système continental, le choix du ministre nous importe assez peu. Tout ce qui produit un mouvement en politique ail'ecte momentanément le crédit. Les fonds ont baissé ici et, vraisemblablement, il y aura aussi une légère baisse en France.
J'ai l'honneur d'être avec une haute considération, Monsieur le Vicomte,
Votre très humble et très obéissant serviteur
Chateaubriand.
P. -S. — MM. de Bourqueney et de Boissy, que j'avais envoyés ce matin à North-Cray pour exprimer à Madame la marquise de Londonderry la part que je prends à son malheur, viennent de revenir : ils ont vu lord Clanwilliam, qui était dans une profonde affliction et qui ne leur a rien appris. 11 ne me reste, Monsieur le vicomte, qu'à vous accuser réception de votre dernière dépêche n^ 31. ^
79'2 13 août 1822.
Ce mardi 13 août 1822.
Vous avez reçu mes deux mots par Hyacinthe. Vous sentez que la longueur des dépêches et le mouvement du moment ne me laissent pas un moment pour vous écrire de longs détails
1. AlTaircs étrangères. Angleterre, 613, f° 306. — Publiée incomplète ment par le comte d'Antioche Chateaubriand amùassadeur à Londres, p . 339-44.
aujourd'hui. Vous les verrez d'ailleurs dans les journaux. Ce pauvre lord Londonderrv s'est coupé la g'orge dans un accès de fièvre. Je vous dirai un jour et je vous ferai lire ce qu'il faut penser de ce ministre. Son successeur n'est pas prêt d'être nommé. On parle de M. Ganning. Ce ne sera pas sir Charles Stuart, comme le Morning Ghronicle le dit. Sir Charles n'est pas un homme parlementaire. Il faudrait lui adjoindre M. (Ganning, et M. Canning ne voudra pas la moitié de la place. Dans tous les cas le nouveau ministre ne peut aller au Congrès. Il faudra qu'il songe à ses affaires. Ainsi cela peut changer les dispositions de Mathieu, et déterminer Villèle à m'envoyer au Congrès. Vos premières lettres, celles que je recevrai dimanche, m'apporteront peut-être ma destinée.
Je suis obligé de finir.
Une objection : « Dans ce moment il est très utile en Angleterre ! »
A rien du tout. Les étrangers n'influent point ici sur le choix des ministres. La gazette et Marcellus diront les nouvelles tout aussi bien que moi. Dans ma dépêche d'aujourd'hui, je dis les seules choses importantes qu'il y avait à dire.^
793 13 août 1822.
A Madame Récamier.
Le mardi 13 août 1822.
Voilà une étonnante nouvelle et un grand changement de fortune î Hyacinthe est plus heureux que moi ; il vous aura vue ! Ce moment, si vous l'employez bien, peut arranger tout. Il est probable que la mort de lord Londonderry aura changé les dispositions de Mathieu pour le congrès : car le nouveau ministre ici
1. D'après l'original autographe. — Archives du cliàleau de Maucreux.
n'est pas près d'être nommé, et, quand il le serait, il est plus que probable qu'il n'ira pas à Vienne. Il ne resterait plus aucune objection contre moi, ni aucun rival, si Mathieu à son tour se désistait. Vous me direz : vous avez donc une terrible fureur de ce congrès ? Pas du tout. Mais c'est le chemin qui me ramène le plus naturellement, sans démission, sans scène, dans la petite cellule. Voilà tout mon secret. Je vais attendre, le cœur bien ému, vos premières nouvelles. Ecrivez ! écrivez !
Prenez garde à l'objection que je suis utile en Angleterre dans ce moment. Je ne suis bon à rien du tout. Les étrangers ici n'influent en rien sur le choix des ministres, et Marcellus et les journaux raconteront les on dit et les nouvelles aussi bien que moi. ^
794 15 août 1822.
A la duchesse de Duras.
Londres, le 15 août 1822.
Je reçois à l'instant votre lettre du 12, et quoique ce ne soit pas le jour du départ de mon courrier, j'ai une occasion de vous écrire. Oui, vous devez être contente de ma lettre. Quand je crois vous avoir fait de la peine, j'ai de tels remords, que je ne dors pas jusqu'à ce que je sache que ma lettre d'expiation soit arrivée .
Nous en avons ici pour longtemps avant qu'un ministre soit nommé, et pendant ce temps il faudra pourtant que le congrès marche. J'attends une lettre de vous dimanche et je vous écrirai demain par mon courrier ordinaire. J'envoie aujourd'hui une dépêche nouvelle à Mathieu; c'était par moi que Villèle savait l'adjonction de lord Glanwilliam. Mais la mort a changé tout C3la. Que ne change-t-elle pas. J'aurais bien des choses à vous