Congrès de Vérone : épanjnerail
trouvons, pour peu qu'elle se prolonge ? Pouvons-nous garder éternellement une armée d'observation au pied des Pyrénées ? Pouvons-nous, sans nous exposer aux sifflets et à la déconsidération de tous les partis, renvoyer un matin nos soldats dans leurs garnisons ? Dans les questions que vous m'aviez invité à vous poser pour en faire le fond des instructions, je vous avais déduit une partie de ces avantages de la guerre, qui me frappent ici d'autant plus, que je trouve toute l'Europe continentale prête à nous seconder de tous ses efforts. Vous connaissez ma modération politique, et combien je suis éloigné des partis violents, mais je dois, pour n'avoir rien à me reprocher, vousremettre sous les yeux ce côté de la question, qui n'est pas celui dont vous êtes le plus occupé. C'est à vous à peser les choses, dans votre sagesse, et à moi à suivre la route que vous croirez devoir prendre.
M. de Montmorency parle de nous quitter dans une huitaine de jours. Après son départ les affaires iront vite, car elles ne sont pas compliquées, et les rois s'ennuient ici. Quant à moi, je suis très impatient d'apprendre que vous avez fait pour nos amisce qu'il est si important que vous fassiez. Au nom du ciel et de la justice, placez Berlin et Delalot. Accordez-moi enfin ce que je vous demande pour la millième fois. ^ S'il s'agissait de mes intérêts et non des vôtres, il y aurait longtemps que j'aurais cessé de vous importuner.
Bonjour, mon cher ami. Tout à vous pour la vie.
Chateaubriand.
Il n'est pas possible de s'occuper ici et dans ce moment de l'affaire des colonies. Personne ne veut écouter. Par la suite nous, pourrons y venir. ^
1. Les deux phrases précédentes sont supprimées dans le Congrès de Vérone.
2. Le post-scriptum n'existe que dans les iVf^moiVes Je Villèle. — Congrès lie Vérone, — Villèle Mémoires, III, 168. (Je donne le texte des Mémoires de Villèle, et j'indique en note les variantes du Congrès de Vérone.)
^48 \"' novembre 1822.
A Villèle.
Vérone, ce 1'' novembre 1822.
Vous ne doutez pas, mon cher ami, de toute la part que je prends à la perte que vous venez de faire ; elle vient augmenter les difficultés du moment, en détournant tristement votre attention des affaires. Mais je connais la fermeté de votre esprit. Vous ne vous laisserez point ébranler par le bruit des diverses opinions, soit que vous vous déterminiez à la guerre ou à la paix. Une fois votre parti pris, vous suivrez franchement l'un ou l'autre système, sans en redouter les chances et sans vous en dissimuler les inconvénients. La crise des fonds sera courte. S'il y a guerre, un succès les relèvera ; s'il y a paix, ils remonteront également. Quant à moi, mon cher ami, je ne séparerai point ma destinée politique de la vôtre : laissez venir les revers, et vous verrez si je suis fidèle.
M. de Montmorency part définitivement cette semaine. Je voudrais bien en faire autant, car je suis parfaitement inutile ici : nous tripotons misérablement, et je serai plus utile à Pans.
Je vous embrasse et tout à vous.
Chateaubriand.
Dans la supposition de la guerre, ce que nous avons fait ici vous servira puissamment, sans que vous soyez engagé au delà de ce qui cesserait d'être cas d'absolue nécessité. '
1. Congrès de Vérone. — Comparez à la lettre n" 854 du 19 novembre. Les deux lettres ne sont que la même lettre, et je suppose que celle du l*'"' novembre est un brouillon, antidaté par erreur. Il y a d'ailleurs des variantes.
Correspondance de Chateaubriand. T. III. 18
849 1 [novembre 1822].
A Villèle.
Samedi matin 7 heures.
J^ai eu hier au soir une longue conférence avec les ambassadeurs, à la suite de laquelle il a été convenu que nous établirions deux protocoles, l'un pour la réclamation de Naples, l'autre pour fixer le mode et le départ des agents diplomatiques pour Madrid. J'ai passé la nuit entière à ce travail. Je ne vous envoie pas le Protocole de Naples, qui est d^une longueur démesurée et qui ne va pas à la question du moment, mais je vous envoie celui pour le départ des agents diplomatiques. Il sera signé à midi. Pozzo en avait fourni un modèle que j'ai corrigé comme vous le verrez, faites-y vous-même les changements que vous croirez nécessaires. Enfin voilà l'affaire faite ! Ce Gastelcicala a été abominable. Pozzo et le chargé d'affaires de Prusse ont été très bien. Le bon [?] ' faisait mollement des objections qui lui étaient commandées par Metternich. C'est une grande chose ; mais elle m'a rudement fatigué, car j'étais déjà souffrant, et la réponse à la note de Naples m'a tenu à mon bureau depuis minuit jusqu'à six heures ce matin. Talaru ne pourra d'après cette affaire partir que demain, mais partira avec la certitude d'être suivi. Tout à vous. Renvoyez sur le champ le protocole.
Chateaubriand. ~
1. Caraman ; il ne peut s'agir que du marquis de Caraman, ambassadeur de France à Vienne et admirateur béat du prince de Metternich,