Affaires étrangères. — Angleterre, f
•suis bien triste. Je n'entends pas parler de vous, je ne sais ce que -deviennent mes amis, ce qu'ils font. Hélas ! il est trop vrai qu'il n'y a de bonheur que dans une vie indépendante, et auprès de ■ceux à qui le cœur est attaché. Ecrivez-moi. Vous êtes bien coupable et vous avez bien à réparer. '
^59 12-14 avril 1822.
A la duchesse de Duras.
Vendredi 12 avril 1822.
Tandis que vous m'envoyiez votre journal, je vous envoyais le mien. Mais vous écrivez des merveilles, et moi je suis si stérile ■et ennuyeux. Vous me grondez encore, je le mérite, je suis une pauvre terre usée, je ne produis plus rien et il faut me laisser en friche pendant quelque temps pour que je puisse encore porter quelque moisson.
Je suis tout à la politique. J'ai diné avant hier à la campagne chez lord Londonderry, j'ai causé cinq heures de suite avec le premier ministre de l'Angleterre, et je rends compte par ce courrier de cette importante conversation à Mathieu. Je ne sais quelle impression j 'ai faite sur Lord L[ondonderry], mais j'ai remarqué •de temps en temps une sorte de surprise, et je crois qu'il n'était pas habitué à entendre parler ainsi mes prédécesseurs. Il ressemble d'esprit et même de figure à Pozzo. Il est spirituel et la franchise n'est pas son vice. J'ai été content de moi ; je crois n'avoir dit que ce que je voulais dire , et j'ai appris ce qu'il voulait peut-être cacher. Je serai présenté au Roi le 19. Ma maison se monte : •elle sera très bien, et sans être magnifique je serai noble : mon -cuisinier a déjà une réputation méritée. Dans quelques jours vont commencer les Routs^ les soirées, et tous les fashionablcs
1. Souvenirs... Récamier, t. I, p. 390. Correspondance de Chateaubriand. T. III. '1
arrivent de la campagne ; ces deux mois vont décider de mom succès dans le pays, et de ce succès dépend mon retour et mon^ avenir. Je ne puis me défendre d'une certaine inquiétude, je compte sur Lord Bristol, cependant j'ai rarement manqué deréussir quand je l'ai voulu. Je le désire beaucoup aujourd'hui pour l'honneur des royalistes. Ecrivez-moi de ces bonnes longues, lettres, ce sont de vrais chefs-d'œuvre.
Parlez-moi de la politique intérieure. Où en sont les élections ?' Seront elles bonnes? Place-t-on les amis que Ton m'a promis déplacer, Bertin. Delalot, Gastelbajac, Donadieu, etc.? Avez-vous. vu Villèle? Pense-t-il à mon congrès? Enfin, chère sœur, mille choses que vous dites si bien, et surtout parlez-moi de vous. Je conserve la petite herbe, priez pour moi comme pour le pauvra^ cousin.
J'ai vu M. de Vignier, il est déjà tout cassé par le climat, maiss toujours poète, j'étais comme cela. Dimanche. ^
660 16 avril 1822.
Au vicomte de Montmorency.
i''^ Division Londres, le 16 avril 1822.
Politique
N*> 8 Monsieur le Vicomte,
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser sous la date du iO de ce mois, au sujet des déprédations queles pécheurs anglois continuent à se permettre sur les bancs, d'huitres de Gran ville. Ainsi que vous le désirez, je ferai usage des renseignements qu'elle contient pour éclairer le Ministère^ anglois sur l'exactitude des faits, et pour maintenir nos droits de propriété. Je trouverai ainsi l'occasion de demander des ordres.
i. D'après Torig^inal autographe. — Archives du château de Maucreux.
répressifs, et je ne manquerai pas de vous rendre compte du résultat de mes efforts à cet égard.
J'ai l'honneur d'être avec une haute considération, - ^ '-''"" Monsieur le Vicomte ,
Votre très humble et très obéissant serviteur.
A Son Excellence^ Monsieur le Vicomte de Montmorency ^ etc. "^
66 i 1G avril 1822.
Au vicomte de Montmorency.
1"^ Division Londres, le 16 avril 1822.
Politique N*> 10 Monsieur le Vicomte,
J'ai reçu cette nuit, ou plutôt à une heure du matin, votre dépêche N^ 1, que m'a apportée M. de Rothschild. Je rentrais de chez le Prince Esterhazy où j'avais dîné avec le jeune comte Golloredo arrivé en courrier de Vienne et porteur de la communication que vous m'annoncez. J'avois causé longtems avec le Prince Esterhazy sur les affaires d'Orient ; il m'avait dit à peu près tout ce que contient votre dépêche ; il m'avait parlé de ce qu'il faudrait faire dans le cas où la guerre vînt à se déclarer entre la Porte et la Russie, et m'avait présenté le rappel des ambassadeurs comme devant être une première détermination à prendre ; mais il avait ajouté : C'est un grand parti.
Ce matin le Prince Esterhazy va à North-Gray pour faire sans doute au M'^ de Londonderry la proposition de la Cour de Vienne ; par ce mot de grand parti, n'avait-il pas l'air d'avoir quelque doute sur le succès ?