Affaires étrangères. — Angleterre 015, f
Par votre dépêche, Monsieur le Vicomte, ma position était devenue assez embarrassante ; aller moi-même ce matin à North- Gray eût été une démarche beaucoup trop éclatante ; je n'ai rien d'officiel à communiquer ; je dois même ne rien dire ; or, aller porter à la campagne quelques nouvelles contenues dans une dépêche, est un empressement qui conviendrait peu à la dignité d un ambassadeur de France ; de plus, je n'aurais rien découvert. Aux termes de votre dépêche, vous me dites : « Que vous « comptez sur mes soins pour être instruit le plus tôt possible « de la manière dont on aura reçu à Londres la communication « du Cabinet de Vienne. » Or le M*'' de Londonderry ne prendra pas seul la détermination de rappeler de Constantinople l' ambassadeur d'Angleterre. Lord Londonderry ne revient à Londres que demain mercredi 17, et il ne pourra convoquer le conseil au plutôt que jeudi iS . Je ne puis donc rien savoir avant le iS au soir, ou le iO au matin, jour de ma présentation au Roi.
Si Lord Londonderry s'était trouvé à Londres, beaucoup de difficultés auraient été levées ; je serais allé ce matin causer avec lui, et j'aurais appris dans la conversation quelque chose de ses dispositions particulières. Pour pressentir au moins ^ l'avenir, voici, Monsieur le Vicomte, ce que j'ai fait.
J'ai écrit ce matin un billet au prince Esterhazy que j'avais trouvé hier très cordial, très ouvert, et qui m'avait proposé de me communiquer ses dépêches. En bon collègue je lui ai rendu sa courtoisie ; je lui ai demandé de me recevoir chez lui à midi, il m'a répondu qu'il viendrait chez moi à une heure et demie. 11 est venu, en effet, et je viens de lui montrer un extrait de votre dépêche du 13.
« Vous savez sans doute tout cela, lui ai-je dit, mais comme « quelquefois les dépêches des ambassadeurs diffèrent au moins « dans les mots, j'ai pensé que vous et lord Londonderry seriez « peut-être bien aises de savoir ce que mandent MM. de La Tour-