Souvenirs... Récamier, t. II, p
Correspondance de Chateaubriand. T. V.
i30i 28 octobre [1823].
A Madame Récamier.
Mardi matin, 28 octobre.
Vous voyez bien que vous vous êtes trompée. Ce voyage était très-inutile. Si vous partez, vous reviendrez au moins promptement, et vous me retrouverez à votre retour tel que vous m'aurez laissé, c'est-à-dire le plus tendrement, le plus sincèrement attachéàvous. Je suis bon kTuser ; je ne mêlasse jamais, et sij'avais plus d'années à vivre, mon dernier jour serait encore embelli et rempli de votre image. ^
iSO'J 28 octobre 1823.
Au duc d'Angoulême.
Paris, ce 28 octobre 1823.
Monseigneur,
J'ai l'honneur d'envoyer à Votre Altesse Royale la copie d'un projet d'occupation, que je fais passer à M. de Talaru, ainsi que celle de la lettre que je lui écris pour lui expliquer Fesprit dans lequel ce traité est conçu.
Votre Altesse Royale remarquera que tout est abandonné à son jugement, quant au nombre des troupes qu'il lui plaira de laisser en Espagne et aux différentes places qu'elles doivent occuper. Le roi ne tient d'une manière fixe qu'aux articles.
Ce traité, pour pouvoir être exécuté, doit être accompagné d'une convention militaire qui restera secrète, tandis qu'au contraire le traité sera publié. Ma lettre à M. de Talaru relate une partie des objets sur lesquels doit porter cette convention. Un
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conseil de guerre, formé et présidé par Votre Altesse Royale, peut seul statuer sur cette matière en connaissance de cause : lui seul peut avoir les renseignements nécessaires sur l'état des lieux, les ressources du pays, l'esprit des autorités locales et le caractère des habitants.
Si j'osais avoir une opinion sur un pareil sujet, j'insisterais pour que la convention portât qu'il n'y aura dans les places occupées par les troupes de Votre Altesse Royale ni garnison espagnole ni autorité militaire espagnole, excepté dans les lieux où le roi pourrait faire sa résidence. Je sais que cet article sera difficile à établir; mais s'il choque l'orgueil national, et s'il a quelques inconvénients, il a d'immenses avantages.
Je pense encore que si les places ne sont pas suffisamment armées, elles doivent achever de l'être, partout où besoin sera, aux frais du gouvernement espagnol. Si l'on jugeait nécessaire de les approvisionner au delà de la consommation ordinaire de la garnison, et comme dans l'attente ou la supposition d'un siège, cet approvisionnement extraordinaire doit être également laissé à la charge du gouvernement espagnol. Enfin, si dans le cours de l'occupation nos troupes étaient obligées de faire usage des munitions appartenant au roi d'Espagne pour le bien de son service, il doit être statué qu'au moment de l'évacuation des places nous ne serons pas obligés de tenir compte de ce que nous aurions employé à la défense du souverain légitime.
Je n'ai d'autre excuse à la longueur de ces remarques que mon zèle pour le service du Roi, ma passion pour la gloire de Votre Altesse Royale, et mon attachement pour mes devoirs comme ministre.
Je suis, etc.
GHATEAUimiA>D. ' 1. Congrès de Vérpne.
J30S 29 octobre 1823.
Au prince de Polignac.
Paris, ce 29 octobre 1823.
Eh ! bon Dieu, Prince, comment imaginez-vous que c'est moi qui ai voulu envoyer le bon Maréchal ^ à Vienne ? C'est V ordre du Roi qui voulait que la chute du Maréchal n'eût pas l'air d'une disgrâce et surtout qu'il ne restât pas ici pour faire centre d'opposition ; en désespoir de cause, je lui aurais donné Marcellus pour secrétaire de légation et l'affaire, aurait marché; mais le maréchal refuse et quoique nous n'ayons pas encore son dernier mot je crois qu'il n'acceptera pas. Dans ce cas, j'espère faire passer mon premier choix Blacas, quoique le Roi le repousse pour le poste, mais vous savez par expérience que je suis patient. Au reste, le renvoi du maréchal est une des plus lourdes fautes qui aient jamais été commises. Si Villèle eut mieux senti l'importance de ce changement et qu'il m'eut mieux appuyé, j'aurais sauvé le maréchal, car j'étais parvenu à effrayer le Roi. Le président connaît mal l'opinion royaliste et sa puissance. Il s'aperçoit aujourd'hui de son erreur, mais en politique et devant l'ennemi il faut manœuvrer habilement, ou vous êtes attaqué à l'instant même où vous présentez un côté faible. On aurait pu satisfaire M. le Duc d'Angoulême à un moindre prix, et c'est un exemple funeste dans un gouvernement représentatif qu'un Prince puisse exiger le renvoi d'un ministre porté par l'opinion de la majorité. Le choix du barun de Damas rend la chose moins terrible, mais ne la répare pas.
La dépêche officielle où vous deviez trouver des détails n'en valait pas la peine. C'était une circulaire à tous les ministres sur l'événement, et qui ne disait que des phrases de bureau.
Je voudrais vous donner de l'argent pour votre police, mais je n'ai pas un sou.