Archives de la famille de Polignac
iS'27 8 décembre 1823.
Au prince de Polignac.
Paris, le 8 décembre 1823.
Prince, j'ai quelque raison de penser que les bruits doat vous me parlez sur une souscription destinée à reconquérir les colonies Espagnoles ne sont pas entièrement dénués de fondement. La première idée paraît en avoir été donnée par M. Ouvrard ; M. Parish aurait continué à s'en occuper. Quoi qu'il en soit, ce projet a assez de réalité pour que vous cherchiez à acquérir à son sujet tous les renseignements que vous pourrez. Il sera curieux de voir à cette occasion la conduite que tiendra le gouvernement anglais ; s'il ne s'j oppose pas par les moyens dont il dispose, on pourrait supposer qu'il n'y serait pas entièrement étranger, et que, ne trouvant pas dans la reconnaissance de l'indépendance, malgré les puissances du continent, des avantages suffisants pour en risquer les inconvénients, il ne serait pas fâché d'ouvrir cette nouvelle voie aux spéculations des capitalistes anglais. Vous jugerez avec raison que ce projet est d'une haute importance pour nous. Quoi que peut-être il ne pût pas avoir de bien grands résultats, et qu'il annonçât dans la politique du cabinet anglais en ce moment du vague et de l'incertitude, il n'en mérite pas moins toute notre attention ; et je ne peux que vous remercier du soin que vous avez mis à me transmettre ce que vous en aviez appris.
Je vois avec plaisir M. Ganning dans des dispositions moins aigres à notre égard. Nous avons assez fait, désormais, pour lever toutes ses craintes et pour le mettre à même de ramener l'opinion. Il ne faut pas pour le moment dépasser ces bornes-là. Déjà on cherche à profiter du mémorandum pour faire croire à l'Espagne que nous sommes d'accord avec l'Angleterre pour la forcer à renoncer à ses colonies. Attendons quelque temps l'effet de la réflexion et des représentations des autres cours. M. de Lie-
ven * a mandé ici qu'il avait trouvé M. Ganning beaucoup plus sage sur TafTaire des colonies. Cet ambassadeur a envoyé dernièrement un courrier à Pétersbourg, qui a passé hier ici, et était fort pressé ; avez-vous eu occasion d'en savoir le motif?
Agréez, Prince, la nouvelle assurance de ma haute considération.
Chateaubriand. -
iS'JS 8 décembre 1823.
Au prince de Polignac.
Paris, le 8 décembre 1823.
Noble Prince, mes dépêches aujourd'hui sont très importantes. Vous verrez quelle sottise on a faite, ou l'on est sur le point de faire à Madrid. Il faut mettre tous vos soins à en empêcher le contre-coup à Londres. Le parti que nous prendrons de décliner la médiation, arrêtera d'abord, j'espère, M. Canning. Mais ensuite, il faudra tâcher de l'amener à accepter cette médiation, ou du moins à consentir que Sir Charles Stuart assiste ici aux Conférences, si le gouvernement espagnol retire sa première note, et nous en serve une seconde dans le sens que j'ai indiqué à Talaru. Tout cela est fort délicat et doit être en partie laissé à votre jugement. Peut-être même sera-t-il mieux d'attendre les ouvertures de M. Canning que de commencer l'affaire nousmêmes. On s'engage moins en voyant venir qu'en prévenant ; mais il est bon que vous soyez complètement informé et sur vos gardes.
Le Baron Vincent m'a lu les instructions du Prince Metternich sur la manière dont l'Autriche envisage la question des colonies.