C'est la lettre précédente
Maintenant, Prince, il est possible que mes lettres soient arrivées à temps pour faire changer de nouveau ({uelques expressions de la note espagnole et qu'elle ne présente plus l'inconvt'nient qui m'a frappé dans la première rédaction : mais il peut aussi être arrivé que les notes fussent déjà parties pour les cinq Cours. Vous verrez dans ma lettre à M. de Talaru que, dans ce cas, nous avons annoncé la détermination de décliner la demande de médiation : mais cependant comme cette détermination n'est fondée que sur la crainte que l'Angleterre ne s'autorise de la rédaction pour refuser, si cette puissance ne trouvait pas qu'elle lui en fournît le prétexte, nous n'aurions aucun motif d'insister pour une rédaction différente. Si donc la chose se passait ainsi, je vous écrirais sur-le-champ pour vous autoriser à avoir une explication sur cet objet avec M. Canning et je suspendrais quelques jours ma réponse à la Cour d'Espagne. En attendant, c'est pour votre information particulière que je vous adresse les pièces ci-jointes. Cependant, autant que j'ai pu en juger par les conversations de Sir Charles son gouvernement doit avoir connaissance de la note de la Cour d'Espagne. Vous pouvez donc sonder M. Canning sur ses dispositions. Parlez-lui comme de vous. Il ne faut pas que le gouvernement du Roi aille trop au devant du gouvernement Britannique en ce moment. Il vaut mieux le voir venir ; mais vos conversations privées avec le ministre ne compromettront pas votre cour et pourront nous instruire. J'ai tout lieu d'espérer que le ministère anglais n'est pas aussi décidé qu'il a voulu s'en donner l'apparence à se séparer des puissances du continent, et à prendre une attitude menaçante qui serait sans objet comme sans résultat: il en a fait assez pour satisfaire l'opinion publique; le moment d'effervescence et de craintes vraies ou supposées à l'occasion de nos vues ambitieuses est passé.
Agréez, Prince, l'assurance de ma haute considération.
Chateaubriand. *