Original. — Collection de M. le comte de Matharel
iS46 8 janvier 1824.
Au prince de Polignac.
Paris, le 8 janvier 1824.
Prince, je viens de recevoir de Madrid une pièce qui aura probablement été communiquée au cabinet de Londres, et sur laquelle je crois utile par conséquent de vous donner des explications. C'est une sorte de Mémorandum d'une conversation que M. de Palmella paraît avoir eue avec l'Ambassadeur du Roi. Telle qu'elle est, cette pièce a été transmise par le ministère Portugais à l'Ambassadeur de S. M. T. G. ^ à Madrid. Jusqu'à ce que j'aie reçu les dépêches de M. Hyde, je ne la crois pas très exacte, parce qu'en ce qui regarde la France, le langage de l'Ambassadeur n'est pas précisément conforme aux ordres qui lui ont été donnés. Lorsque le gouvernement du Roi s'est déterminé à faire demander par l'Espagne la médiation des puissances de l'alliance pour ménager un accommodement entre elle et ses colonies, il a pensé qu'il serait utile que le Portugal fît une démarche semblable pour le Brésil. Il espérait même que cette puissance paraissant mieux comprendre les difficultés de réduire les colonies, rendrait la médiation plus facile et balancerait l'opiniâtreté du cabinet de Madrid. L'Ambassadeur du Roi a donc reçu l'ordre d'engager S. M. T. C. à demander aussi la médiation des puissances alliées et à envoyer des pleins pouvoirs à son Ambassadeur à Paris, pour prendre part aux Conférences. Je ne puis que m'étonner, d'après cela, que M. Hyde de Neuville ait cru suivre ses instructions en se bornant, comme il paraîtrait par la pièce ci-jointe, à demander au cabinet de Lisbonne d'envoyer des pleins pouvoirs à l'Ambassadeur Portugais à Paris, car si S. M. T. C. ne réclame pas préalablement la médiation des alliés pour elle-même, à quel titre son ambassadeur serait-il admis dans les Conférences de Paris?
1. Sa Majesté Très Chrétienne, c'est-à-dire le roi de Portugal.
Au demeurant, c'est un point qui sera éclairci par la correspondance de M. Hyde ; j'ai voulu seulement aujourd'hui vous prévenir afin que vous fussiez à même d'opposer aux fausses interprétations que la démarche qui lui est attribuée pourrait faire naître sur les intentions réelles de votre gouvernement. Il est loin de prétendre vouloir faire rentrer le Brésil sous la domination Portugaise ; la seule chose qu'il croit possible et le seul vœu qu'il forme à cet égard, est que le Prince Royal j conserve un gouvernement monarchique et préviennent de nouvelles révolutions qui y troubleraient l'ordre pour un temps indéfini. S'il avait été possible de ménager entre ce pays et le roi du Portugal un accommodement qui aurait plus que tout contribué à l'affermissement de ce Prince, nous nous y serions employés avec plaisir ; mais, si la cour de Lisbonne néglige la médiation dont Tidée a dû lui être suggérée, nous n'avons plus de motif pour nous en occuper.
Agréez, Prince, la nouvelle assurance de ma haute considération.
Chateaubriand.
P. S. Cette lettre est pour vous seul et vous devez attendre, sur ce qui en fait le sujet, les ouvertures de M. Canning. ^
iS47 10 janvier 1824.
A M. de Rayneval.
Paris, ce 10 janvier 1824.
J'ai reçu, Monsieur, la lettre par laquelle vous m'annoncez que S. M. le Roi de Prusse a daigné m'honorer de son ordre de l'Aigle Noir. Je vous prie de mettre d'avance à ses pieds ma profonde et respectueuse reconnaissance. J'aurai Thonneur de le
1. Archives de la famille de Poligna« et Minute aux Affaires étrangères. Corr. politique, Angleterre 618, f° 13.
remercier moi-même aussitôt que j'aurai reçu les insignes de Tordre.
Je vous prie aussi de remercier M. le Comte de BernstorlT à qui je dois sans doute en 'partie les bontés du Roi pour le(iuol je professe un si sincère et si entier dévouement.
Ma petite dépêche d'aujourd'hui vous apprend que le Hoi
notre maître envoie le Gordon bleu au Prince royal. Le courrier
que je ferai partir jeudi lo pour la Prusse et la Russie, vous
portera les détails.
Mille compliments empressés.
Chateaubriand. *
iS48 10 janvier 1821.
A M. de Rayneval.
Paris, ce 10 janvier 1821.
- Voilà ce que je prévoyais arrivé. Du moins T Aigle Noir est pour moi seul, à ce qu'il paraît par votre lettre, et c'est déjà beaucoup qu'on n'ait pas produit une nouvelle irritation en l'envoyant au duc Mathieu, digne d'ailleurs de toutes les distinctions du monde. Reste la question de M. de Villèle. Je ne sais absolument ce que vous en direz, mais je pense que dans tous les cas la Prusse fera bien d'attendre ce que fera la Russie. Je vais sonder aussi les dispositions du Roi pour le comte de Bernstorf.
Chateaubriand. ^