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grande affaire. Jusqu'à présent, il a donc été impossible au gouvernement du Roi de se tracer d'une manière positive un plan de conduite et de désigner le but vers lequel il voulait se diriger. Les motifs en sont faciles à comprendre.
Dans les premières années des insurrections des Grecs la France n'avait aucun intérêt à soutenir leur cause. Elle devait ménager la puissance ottomane avec laquelle ses relations sont encore importantes. D'ailleurs les différends qui s'étaient élevés entre la Porte et le cabinet de Saint-Pétersbourg occupaient toute TEurope. Les trois cours de Londres, de Vienne et de Berlin s'efforçaient de prévenir une rupture entre ces deux puissances ; l'empereur Alexandre restait indécis ; il ne convenait pas à la France de précipiter une guerre que tous les autres pays redoutaient ; elle a donc dû se borner à se joindre à ses alliés pour assurer la continuation de la paix . Dans cette négociation pacifique elle n'a pas cependant joué un premier rôle, et elle a pris une bien petite part à ce qui est arrivé. Cette conduite était d'autant plus prudente qu'il était fort douteux que dans le cas où la guerre eût amené un partage elle eût obtenu une part capable de compenser l'agrandissement des autres Etats. Gomme les Grecs se soutenaient avec succès, tandis que les Turcs ne faisaient pas des efforts suffisants pour les réduire, on pouvait sans danger laisser les événements se développer librement et amener des circonstances et des combinaisons nouvelles.
Telle était encore la position des choses au moment où l'on apprit le projet d'entrevue à Gzernowitz. Nous pûmes craindre alors qu'il n'existât entre les trois cours de Londres^ de Pétersbourg et de Vienne un concert qui aurait tendu à nous exclure de la décision de cette importante question, et par conséquent (les partages qui pouvaient en être la suite; mais, à présent nous sommes à peu près rassurés sur ce point. En effet, rien de ce qui s'est passé à Gzernowitz ne paraît pouvoir blesser notre intérêt, et nous avons tout lieu d'être satisfaits des dispositions de l'empereur Alexandre à l'égard de la France. Si c'est lui qui a eu
ridée des Conférences de Pétersbourg, son but a ou être de rassurer l'opinion publique sur l'abandon des Grecs, de faire preuve de modération, et enfin, ce qu'il a toujours paru vivement désirer, de se faire reconnaître par Talliance le droit d'entrer à main armée en Turquie. Nous croyons savoir qu'il est mécontent de M. deMetternich et que celui-ci cherchera à faire traîner en longueur les Conférences et à les empêcher d'avoir aucun résultat. 11 n'a fait aucune difficulté d'envoyer à M. de Lebzeltern des pouvoirs pour y prendre part. D'après ce que je viens de vous dire, le Roi n'avait aucun motif de différer d'en donner aussi à M. de La Ferronnays. Il est en effet de notre intérêt que la discussion de cette affaire ait lieu en commun entre les plénipotentiaires de toute l'alliance. C'est la manière qui peut le mieux prévenir l'influence exclusive d'une seule puissance, et nous donner quelque chance d'en obtenir un peu nous-mêmes, ce que nous pourrions difficilement faire dans l'état actuel des choses, car dans différentes occasions le gouvernement anglais, comme vous-même l'avez remarqué, a laissé voir que son opinion était que le protectorat de la Grèce devait être donné à une ou deux puissances au nombre desquelles il ne nous comptait certainement pas. D'un autre côté, malgré l'aigreur qui règne dans les dispositions mutuelles des deux cours de Pétersbourg et de Londres, nous croyons que ni l'une ni l'autre de ces cours n'est portée à chercher une occasion de rupture. L'Angleterre peut penser que quelques agrandissements vers le Danube ne changeront pas les rapports de forces entre la Russie et elle, surtout si l'Autriche obtient un équivalent, tandis que l'empereur Alexandre croit devoir se résigner à laisser la marine anglaise dominer dans la Méditerranée. Les dispositions des deux puissances pourraient amener des arrangements dans lesquels nous n'entrerions pour rien et qui seraient tout à fait contraires à nos intérêts.
Dans de telles circonstances, nous n'avons aucun sujet de montrer de la mauvaise volonté au sujet des Conférences de
Pétersbourg. Nous ignorons encore quand elles commenceront, sur quelles bases elles s'ouvriront, mais elles ne peuvent nous nuire. Si nous jugeons qu'elles doivent produire un bon effet nous chercherons à leur donner une nouvelle activité et à appuyer les efforts du cabinet russe ; si au contraire nous voyons qu'elles tendent à un fâcheux dénouement, nous trouverons facilement les moyens de les faire tirer en longueur et d'empêcher qu'elles n'aient de résultats. C'est, il semble, le seul parti que puisse prendre le gouvernement du Roi. Jouer un rôle plus actif dans les affaires de la Grèce, soutenir les Grecs au prix, ou d'une cession de territoire, ou de privilèges commerciaux, nous procurerait peu d'avantages et nous brouillerait à peu près avec tous nos alliés.
Nos lettres de Constantinople ne nous ont rien dit de l'effet produit par la publication d'un article du journal de Francfort contenant la nouvelle des Conférences de Pétersbourg. Je serais tenté de croire que M. Canning avait quelque raison particulière de paraître mettre une grande importance à la publicité donnée à ce projet et quand il vous a dit qu'il n'avait donné à l'ambassadeur anglais l'autorisation d'assister aux Conférences que parce qu'il comptait que le projet de ces Conférences serait tenu secret, il est évident qu'il n'a pas parlé avec franchise ; au reste, le refus que ferait l'Angleterre d'assister aux Conférences de Pétersbourg, serait une détermination d'une haute importance. Elle pourrait préparer dans la politique de l'Europe de nouvelles combinaisons et je vous engage. Prince, à obtenir le plus de renseignements possible à ce sujet. Sachez si M. Canning a fait part de cette résolution aux ministres de l'alliance, à Londres.
Tout ce que je vous ai dit jusqu'à présent. Prince, est destiné à vous faire connaître la situation politique de la France par rapport à l'Orient. Je passe à la question que vous a faite M. Canning. Vous pouvez lui répondre que nous n'avons eu aucune raison pour refuser de prendre part aux Conférences proposées ; que nous ignorons encore sur quelle base le cabinet de
Saint-Pétersbourg imagine que Ton pourrait traiter la question de l'état futur des Grecs, n'ayant pas encore reçu les communications que ce cabinet a annoncées par les dépêches datées de Lemberg ; que nous pensons que si les différends de la Russie et de la Turquie ne s'aplanissent pas, il devient nécessaire au repos de l'Europe que le sort de la Grèce soit décidé en commun ; qu'aucune puissance ne pourrait, sans exciter la crainte et la jalousie des autres, intervenir seule dans une question pareille, que le gouvernement français sera toujours charmé de prendre part à une détermination qui ferait cesser les malheurs dont la Grèce est menacée. Dans la suite de vos conversations, vous pourrez ajouter, mais comme de vous, qu'il ignore totalement la manière dont l'Angleterre juge le fond de la question, qu'elle ne lui a jamais fait aucune ouverture à cet égard. Vous laisserez entendre qu il vous semble que le seul moyen d'assurer l'existence des Grecs est de les placer sous la garantie de toute l'alliance, garantie qui préviendrait toute discussion entre les grandes puissances de l'Europe. Dans une de vos lettres du 26 décembre vous m'avez dit que vous aviez lieu de croire que l'intention du gouvernement anglais était de faire de la Grèce un état dans le genre des Principautés du Danube. 11 faudrait tâcher de savoir s'il a déjà fait quelques démarches auprès de la Porte et des Grecs qui lui fassent regarder ce projet comme exécutable ; si Ton en croit les rapports que nous recevons du Levant, il aurait travaillé à en préparer l'exécution. L'espèce d'abandon qu'il fait du rôle de médiateur entre la Russie et la Porte mérite notre attention, car nous devons penser qu'en renonçant à cette médiation, il prévoit la possibilité de la guerre entre les deux puissances ainsi que les conséquences possibles de cette guerre, et que son plan est arrêté pour le cas d'une invasion des provinces du Danube. Je ne crois pas que jamais dans cette supposition le ministre anglais ait laissé entendre que si l'on donnait à quelques puissances soit des possessions, soit le protectorat de quelques provinces, il trouvât juste que la France ne fût pas la seule sans partage.
On ne peut se dissimuler que le chang-emeni survenu dans la détermination du cabinet anglais au sujet des Conférences de Pétersbourg", n'indique quelque tendance remarquable dans les vues du gouvernement britannique. Un autre objet qui paraît s'y rattacher attire en ce moment notre attention. C'est le message du Président des Etats-Unis au Congrès. On v remarque une conformité frappante avec le langage de M. Canning et on serait tenté de supposer qu'il existe une bonne mtelligence toute particulière en ce moment entre les deux pays. Sir Charles Stuart s'efforce, au reste, d'accréditer cette opinion. J'ai même remarqué qu'il a parlé avec affectation des discussions pour affaires particulières qui existent entre les Etats-Unis et la France. A l'entendre, nous serions au moment d'avoir avec eux de graves intérêts à débattre. Sans donner à ces rapports plus de valeur qu'ils ne doivent en avoir, je vous engage à diriger vos observations sur ce point qui peut être important. Tâchez de démêler si en effet le gouvernement anglais est entré dans une intimité nouvelle avec celui des Etats-Unis ou s'il voudrait seulement nous le faire croire pour balancer l'espèce d'appui moral que nous donnent nos alliés du Continent. La Grande-Bretag-ne doit voir avec quelque jalousie l'influence que les Etats-Unis ont l'espoir d'acquérir dans les pays qui adoptent à Tenvi la forme de son gouvernement. En général, les rapports de l'Angleterre et des Américains sont dignes d'attirer votre attention ; ils ne peuvent manquer d'être d'un grand intérêt pour votre gouvernement.
Agréez, Prince, la nouvelle assurance de ma haute considération.
Chateaubriand.
P. S. — Vous m'avez souvent parlé. Prince, d'un traité négocié en 1810 entre l'Angleterre et les Certes ou la Junte Centrale d'Espagne. Nous n'avons aucun renseignement à l'égard de cet
acte diplomatique. Je vous prie de m'en procurer, et, s'il en existe, de m'en envoyer une copie. '
134,*'^ .') janvier 1S2i.
Au prince de Polignac
Paris, le o janvier 1824.
Je sors d'une conférence avec le Duc de San Carlos, le général Pozzo elle Baron Vincent. Le Duc de San Carlos a reçu la note officielle pour la demande en médiation et a l'ordre de la faire connaître à moi, aux ambassadeurs de Russie, d'Autriche et d'Angleterre. Nous sommes convenus qu'il retarderait cette communication de quelques jours pour vous donner le temps de me répondre et de connaître par vous la disposition de M. Canning. Elle sera favorable ou défavorable. Dans le premier cas, nous accepterons immédiatement la demande en médiation aussitôt qu'elle nous aura été faite officiellement. Dans le second cas, nous prendrons la chose ad référendum jusqu'à ce que nous connaissions la détermination des Cours alliées. Par ce moyen, nous gagnerons du temps, nous négocierons pour changer si nous pouvons la résolution de l'Angleterre, et surtout pour ne pas précipiter une rupture sur la question des Colonies entre nous et le cabinet de Saint-James.
Voilà le point où en sont les choses, mais il faut que vous sachiez que l'Autriche suppose et a fait dire à M. Canning que les Conférences pour la médiation pourraient être établies à Londres. Or. vous voyez que l'Espagne demande positivement qu'elles soient établies à Paris, et nous, notre résolution est de tout rejeter plutôt que de transporter à Londres le lieu de la
1. Miaule aux Aiïaires Elran^j^èies. Corr. Politic{ue, Anglclerre 618, f« 9. — Original aux Aiciiivesde Polignac.
médiation. Voyez M. Ganning le plus tôt possible et renvoyezmoi mon courrier.
Tout à vous, noble Prince,
Chateaubriand. ^
iS44 7 janvier 1824.
Paris, 7 janvier 1824.
Relative à la convention conclue entre l'office des postes du pape et l'office des postes de l'Autriche ^.
iS45 8 janvier 1824.
Au comte de Sèze.
Ministère Paris, 8 janvier 1824.
des Affaires étrangères.
Cabinet.
Monsieur le comte,
M. Desmaisons m'a remis avec la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire les insignes du titre de Chevalier Commandeur des ordres du Roi dont Sa Majesté a daigné m'honorer. Je m'empresse de vous en accuser réception et vous prie d'en agréer tous mes remerciements.
J'ai l'honneur d'être avec ime très haute considération,
Monsieur le comte,
Votre très humble et très
obéissant serviteur
Chateaubriand. ^ M. le comte de Sèze. ^
1. Publié par Chateaubriand dans le Congrès de Vérone. Vérifié par nous sur l'original autographe appartenant à la famille de Polignac.